La Genèse selon le catho du XXIe siècle : "Et Dieu vit que cela était pas mal"

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Je sais qu’il est un peu tard pour vous donner des conseils de lecture de vacances. En revanche, il n’est jamais trop tôt pour donner des conseils de non-lecture de rentrée.

Une amie m’a prêté ce bouquin (dont je vous ai déjà parlé il y a quelques temps) il y a quelques mois : "Tiens, lis ça, tu me diras ce que tu en penses", m’avait-elle dit. Vus la couverture et le titre, je pensais qu’elle voulait avoir mon avis de royaliste de plus en plus convaincu : en effet, ça parlait d’un roi pour la France. Très vite, j’ai compris que c’était plutôt à l’écriveur qu’elle demandait son avis.

Il n’est pas une page de ce bouquin qui ne comporte soit une énorme faute de grammaire ou de syntaxe, soit une grosse erreur de ponctuation (les dialogues sont particulièrement mal ponctués), soit un énorme cliché aristo-catho.

Parce que oui – et c’est même pour ça que je vous en parle –, ce bouquin est écrit par un catholique, dont l’objectif est de raconter comment la France pourrait, au XXIIe siècle, redevenir une monarchie. L’occasion d’une ribambelle de clichés effrayante, même pour moi qui dans le genre clichés suis déjà pas mal.

Pourquoi vous parler de ce bouquin, s’il est si mauvais ? Justement parce qu’il est mauvais, mais alors vraiment mauvais. C’est d’ailleurs la conclusion qu’avait faite l’amie qui me l’a prêté, ce qui est un signe : autant je suis moi un odieux salopard incapable de se retenir de critiquer tout ce qu’il voit, autant elle est une jeune femme lambda, n’ayant aucune autre ambition artistique autre que celle de réussir ses enfants. Ma femme aussi, qui a lu quelques pages du bouquin en question, a trouvé incompréhensible qu’un éditeur ait osé publier un truc pareil. Et pourtant elle m’engueule souvent, me traitant de gros connard intolérant – par exemple quand j’ai bouillonné pendant toute la messe parce que le type qui jouait de la guitare n’avait pas été capable de l’accorder, et que celui qui chantait semblait avoir oublié ses cordes vocales chez lui.

Pourtant, quand j’ai demandé au tenancier d’un blog catho ayant fait la promotion de ce bouquin ce qu’il en avait pensé, il m’a répondu qu’il avait passé "un bon moment de lecture, sans plus". Une variante du "C’était pas mal, ils ont le mérite d’avoir essayé" de ma femme après les messes sus-dites.

Tout est là.

Nous catholiques croyons en un Dieu créateur de tout ce qui est beau et bon, un Dieu qui nous a ensuite fait à son image. Pourquoi sommes-nous incapables de partager cette beauté en laquelle nous croyons ? Pourquoi sommes-nous incapables de la rechercher, de l’approcher, de la regarder et d’essayer de la partager au monde ?

Nous catholiques sommes sensés être le sel de la terre, et nous nous contentons du "pas mal", du "sympa", du "ils auront essayé" ? À quel moment n’avons-nous pas compris la parole du Christ, qui nous prévenait qu’un affadissement de notre part nous condamnerait à être jeté dehors et foulé au pied ? Et comment osons-nous encore nous plaindre de nos églises vides si ce que nous y chantons n’est pas plus beau que ce que les municipalités diffusent par haut-parleur dans les rues ?

D’autres, qui ne croient en rien, écrivent des symphonies que les anges trompettistes eux-mêmes pourraient jouer sans rougir ; d’autres, qui font profession d’absence de foi, rédigent des poèmes que les anges messagers pourraient porter sans trembler dans des pièces où on trouverait au mur des tableaux peints par ceux qui croient uniquement peindre la beauté de la nature, mais qui nous montrent en fait la gloire de Dieu.

Cathos, sortez-vous les doigts ! Nous sommes condamnés à l’excellence, nous n’avons pas le droit de faire les choses à moitié : si nous prenons un pinceau, que ce soit pour peindre la beauté de l’Eden ! Si nous prenons la plume, que ce soit pour mettre en vers l’amour de Dieu pour l’Homme ! Si nous prenons un instrument de musique, que ce soit pour chanter la grandeur de la création !

Si ce que nous faisons est seulement "pas mal", alors ayons le courage de faire ce que Dieu a fait quand il a réalisé que sa création commençait à partir en sucette : on efface tout et on recommence.

Quant à ceux qui n’ont même pas de prétention artistique – ça arrive à des gens bien parait-il –, qu’ils aient le courage de nous dire, à nous artistes, si ce que nous faisons est bon ou mauvais.

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