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Aristote disait : «Tout finit par arriver. Sauf si ça passe par la Poste, auquel cas on n’est plus sûr de rien». Et bien il avait raison : aujourd’hui, pour fêter mon grand retour sur ce blog après quelques mois d’absence, je vais parler de cul. Oui, un plein article à parler de cul, avec des liens vers des vidéos pour ceux qui n’ont pas envie de faire l’effort de lire.

Je vais plus exactement vous parler de libération sexuelle. En gros, pour faire simple, jusqu’au milieu du siècle dernier, le sexe était caché, masqué, opprimé, et pas seulement parce qu’on portait plus volontiers des slips que des caleçons. Non, le sexe était quelque chose de tabou (alors que tout le monde, déjà, en avait un) : on ne le faisait qu’entre mari et femme, en prenant soin d’éteindre la lumière pour n’être pas envahi de mauvaises pensées ; on attendait d’être engagé pour la vie avant que de se laisser aller à pêcher, comme si c’était une excuse ; et la plupart du temps, on ne le faisait que dans le but d’avoir assez d’enfants pour assurer sa retraite. Quant à en parler, comme je le fais maintenant, c’était bien sûr inenvisageable. Heureusement, au milieu du siècle, de courageux jeunes gens ont enfin compris qu’il était plus humain de tirer dans tous les coins, dans tous les sens, avec n’importe qui, et de s’en vanter, sortant ainsi le monde de l’obscurantisme quasi moyenâgeux dans lequel il baignait. Et comme ils avaient le sens de la formule, ils ont appelé ça «libération sexuelle», sans majuscules – alors qu’ils auraient bien voulu, pour donner à la formule un air sérieux – parce que c’est rétrograde.

Cinquante ans plus tard, le sexe est vachement bien libéré, puisqu’on le trouve partout : dans les bouquins de barbus nous expliquant que c’est notre sexe qui nous dirige de la naissance à la mort, dans les films de gens qui nous expliquent que c’est de l’Art, quand on aurait plutôt tendance à croire que c’est des cochons, et même sur tous les murs de toutes nos rues, sur des magnifiques affiches qui nous vendent une machine à laver, une voiture ou une assurance-vie en nous laissant imaginer qu’elle transformera notre femme en poupée gonflable, ce qui est le rêve de tout homme et de toute femme normalement constitué (si si, ne niez pas).

Seulement voilà, tout ça n’est pas sans conséquences : il se trouve que des gens en meurent, de cette libération sexuelle. Comme c’est pas chouette du tout, et qu’il ne faudrait surtout pas retomber dans les heures les plus sombres de l’histoire du cul, on s’est dépêché de trouver un coupable, qu’on a appelé Sida, parce que ça sonne bien, et que c’est plus vendeur que «syndrome d’immunodéficience acquise». Et on lui a tout mis sur le dos, un peu comme on a tout mis – à tort – sur le dos du cochon pour la grippe A, pour surtout pas avoir à comprendre que tout ça est avant tout de la faute de l’homme. La Sida est donc l’ennemi numéro un, un salaud qui nous empêche de baiser tranquille, un connard rétrograde qui veut nous faire retourner au Moyen-Âge. Bouh, haro sur le Sida ! No Pasara !

Personnellement, je suis archi pour la lutte contre le Sida. Déjà parce que le Sida tue des gens, et que ça c’est franchement pas très sympa, mais aussi parce qu’elle met en évidence la vision que les gens qui la font – qui sont évidemment ceux qui prônent la baise à tout-va – ont de la sexualité. Analysons pour cela les petits films de propagande réalisés ces dernière années pour montrer à quel point le Sida c’est pas cool.

Alors bon, on tombe assez rapidement sur ce genre de clips. L’acte sexuel, rappelons-le, est censé apporter la vie. Un des premiers soins de la libération sexuelle a été de déconnecter l’acte sexuel de la procréation, avec en premier lieu la promotion du préservatif, dont c’est le but premier, et avec la promotion de pratiques rendant impossible cette procréation, homosexualité en tête. Jusque là, c’est assez compréhensible : un chiard, c’est du temps perdu, c’est un engagement à long terme, ça coûte cher, c’est que des emmerdes. On demande à jouir sans entraves, c’est pas pour se retrouver avec une grosse entrave perpétuelle, merde quoi. Mais de là à rapprocher aussi explicitement l’acte sexuel de la mort, de façon claire et directe, il y a un pas, petit pour l’homme, certes, mais immense pour l’Humanité. Un pas en arrière, j’entends.

Mais admettons qu’il ne s’agisse que d’un raccourci pris un peu rapidement par nos amis publicitaires. C’est vrai, ça arrive même aux meilleurs, il n’y a pas de quoi tirer des conclusions hâtives. Continuons…

En continuant un peu, on finira par tomber sur un clip de ce genre-ci, qu’on pourra trouver rigolo ou débile, selon qu’on est plus fan de Bedos ou de Desproges. Personnellement, j’y vois deux choses. La première, la plus anecdotique, est que le sexe y est personnalisé, ce qui lui donne une certaine indépendance : il pense par lui-même, et communique avec la personne à qui il appartient. Une relation sexuelle ne mettrait donc en relation que deux sexes, et non plus deux personnes, comme à l’époque obscure où elle était le sommet de la rencontre entre mari et femme.
La seconde est beaucoup plus gênante : ce pauvre pénis rebelle, comme l’appelle le titre de la vidéo, se révolte, geint et pleure comme une gonzesse (un comble) parce que son propriétaire veut en faire ce pourquoi il est fait. Or ce malheureux ne veut pas, non, il ne veut pas «rentrer là-dedans»… C’est vrai, quoi, c’est dégueulasse, non mais oh ! Alors couvrons-le, protégeons-le de tant de saleté.

On retrouve ces deux points, poussés à leur paroxysme, dans cette vidéo-ci, qui se veut cocasse et poétique, et dont je déconseille la vision à ceux d’entre vous qui ont encore une âme d’enfant naïf. Pour faire simple, nous y voyons un pénis solitaire faisant fuir le sexe opposé (au sens propre). Heureusement, une main secourable lui offre un préservatif ; immédiatement, il se trouve paré d’un sex-appeal incroyable, et nulle ne lui résiste plus. S’en suit une scène d’amour tout ce qu’il y a de plus poétique, qui donne follement envie d’aimer. Ou pas, d’ailleurs…

Ce qui est marquant, dans cette dernière vidéo, c’est que ces petits personnages animés sont en fait… des graffitis. Oui, ces dessins moches que la SNCF considère comme un fléau, que les collèges et lycées s’acharnent à bannir de leurs murs. Un truc qui fait chier, quoi. Quand au décor de ce charmant conte de fée, ce n’est rien d’autre que… les murs de chiottes publiques, cet endroit où toute personne dotée d’un odorat normal refuse le plus souvent d’aller tellement ça sent mauvais, le genre d’endroit où on n’ose à peine marcher par terre de peur de salir ses semelles.

Ils voulaient jouir sans entraves, ils finissent par nous obliger à nous enfermer dans un bout de plastique, comme un vulgaire sandwich sous cellophane ; ils disaient vouloir sortir la sexualité des tabous qui l’entouraient, ils l’ont reléguée aux chiottes…

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