Mots-clefs

, , , , , , , ,

Depuis un mois, je vis en province, loin de Paris, du métro, de la pollution, du chômage… Bon, aussi loin des amis, des concerts, du temps libre. Mais bon, dans l’ensemble, c’est quand même plutôt chouette.

Je travaille dans un hebdo régional, comme secrétaire de rédaction. Ce qui me vaut de voir passer la quasi-totalité des articles du-dit journal. Passent donc devant mes yeux, outre un tas de fautes d’orthographe et de syntaxe (les virgules, bon sang, apprenez à utiliser les virgules !), quelques petits trucs comiques, ou étonnant, ou agaçant.

Florilège.

(Et merde, je commence à écrire comme un journaleux…)

– En ce moment, en Basse-Normandie, c’est la guerre autour des éoliennes. Certains veulent en poser partout, pendant que d’autres font remarquer que le Mont-Saint-Michel ou la Pointe du Hoc risqueraient de perdre de leur superbe – et de leur potentiel touristique – si on les entoure de ces trucs hideux. D’autant qu’une centrale nucléaire est en cours de construction dans la région, et que les éoliennes risquent donc de ne rien faire d’autre que brasser du vent. [Note pour le correcteur : penser à changer l’expression, là ça marche pas…]. Parlant de ces éoliennes, dont on nous annonçait qu’elles allaient culminer à 150 mètres, un des opposants au projet déclarait ne pas vouloir

« de ces éoliennes au pied de ma maison »

On le comprend : un truc posé au pied de sa maison, comme ça, c’est un coup à se prendre les pieds dedans en sortant, mal réveillé, le matin, ou le soir, en rentrant un peu alcoolisé… Mettons dont les maisons au pied des éoliennes, ça sera moins risqué.

Dans le même article, on apprenait qu’un de ces parcs éoliens allait vraiment pourrir le paysage, puisqu’il va

« s’étendre sur 180°C »

Inutile de dire que c’est un sujet brulant.

– Le Mediator a aussi été prescrit en Basse-Normandie. Des associations de défenses se créent donc, comme partout. Dans le compte-rendu d’une assemblée générale de l’une de ces associations, on apprend que les membres se réunissent régulièrement

« pour dialoguer, et échanger leurs pathologies »

C’est un peu comme un club de collectionneurs, quoi.

– Le grand truc en ce moment, dans la région, c’est de pénétrer chez les vieilles gens, en se faisant passer pour un réparateur de ce qu’on veut, repérer les objets de valeurs et repartir avec, ou revenir plus tard. Classique, mais ça marche toujours aussi bien, les vieilles gens ayant plus confiance en leurs bas de laine qu’en leur banque. On les comprend, soit dit en passant. Des municipalités organisent donc des réunions où ils mettent en garde leurs vieux administrés contre ces méthodes de voyou. Non sans insister sur

« la nécessité d’être vigilant quand on ouvre la porte
à des individus mal intentionnés »

Ah oui, parce qu’ici les gens mal-intentionnés se signalent avant d’entrer. Que voulez-vous, c’est la province…

– Jackim Lebreton, 22 ans, a disparu mystérieusement à Caen. L’occasion d’écrire plein d’articles larmoyants, où l’on suit ses parents désespérés. Je ricane, mais c’est vraiment une triste affaire. Sauf quand on lit des choses comme ça :

« Les recherches se poursuivent pour retrouver Joackim Lebreton.
Sa mère, madame Lebreton, […] »

Ah, cette chère madame Lebreton. Et son mari. Mais si, vous savez : monsieur Lebreton.

– Au détour d’un article people, on tombe sur une photo du couple Karembeu, qui divorce. La légende annonce :

« Adriana Karembeu et Christian dans les allées de R. Garros. »

Non seulement le pauvre Christian a perdu sa femme, mais en plus elle semble prête à se barrer avec son nom de famille, le laissant seul et abandonné…

– Les journalistes sont des gens assoiffés de justice sociale. Si si, je vous jure. J’en ai même vu un qui militait, dans un article magnifique, pour

« la même égalité des chances »

C’est dire.

——-

Parfois, dans ma position, on est tenté de rajouter des choses. De changer les titres. De glisser des insinuations. De faire une blagounette.

– C’est ainsi que j’ai longtemps hésité à modifier le titre d’un article sur Annie Girardot, qui avait des attaches en Basse-Normandie, intitulé « La Normandie se souvient d’Annie Girardot ». J’aurais volontiers rajouté juste

« Elle non. »

– De même, dans un article assommant dans lequel l’expression « Développement durable » était utilisée deux fois par ligne, j’ai hésité à faire dire à un des protagonistes :

« De toute façon, le développement durable,
ça n’a de sens que pour un lapin culturiste. »

Juste pour vérifier si les gens lisent vraiment les articles…

——-

Enfin, une petite blague, bien réelle elle, et méchamment ironique : en Normandie, région productrice de lait s’il en est, la marque Carrefour vend des briques de lait sur lesquelles sont imprimés, en gros, en gras, en fier, en triomphant, les trois mots suivants :

« Lait de montagne »

Y’a du four qui se perd, non ?

Publicités