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Imaginez…

Un homme seul, dans une petite pièce close. Il ne voit personne, mais tout le monde le voit, tout le monde le guette, guette la moindre de ses apparitions. Il ne s’est pas rasé depuis plusieurs jours, il se sent mal, il se sent seul, il se sent sale. Physiquement, d’abord, bien sûr, mais surtout moralement.

Il avait un rêve, un rêve d’un monde meilleur, d’un monde plus beau, d’un monde où il ferait bon vivre, enfin. Bien sûr, il a dû faire, laisser faire ou faire faire des choses terribles ; mais si on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, on ne fait pas non plus un monde plus beau sans casser le vieux monde, celui d’avant. Sa conscience est tranquille, et il sait qu’on l’aurait remercié, si ce monde était arrivé. Mais ils n’en ont pas voulu, et ont essayé de l’empêcher, lui, de créer ce monde parfait. Et ils vont réussir. A détruire ce monde qu’il a commencé à construire, et à le détruire, lui.

Tous ses amis l’ont quitté. Certains sont morts. Beaucoup sont morts. Certains se sont même donné la mort, emportant leur famille avec eux, pour ne pas avoir à voir le monde redevenir comme avant, comme avant ce rêve qu’ils ont partagé. Et ceux qui ne sont pas morts sont déjà en train de vendre ce rêve, de le démonter, de le piétiner, pour faire croire au vainqueur qu’ils n’y avaient jamais cru, et qu’ils étaient de leur côté, à eux, les vainqueurs. Et ils négocient ce rêve, contre leur vie. Cette vie qui ne vaut plus rien, puisque le rêve ne deviendra jamais réalité.

C’est d’ailleurs pour ça, plus que pour échapper à ce que les vainqueurs vont appeler « la justice », qu’il a décidé lui aussi d’en finir. Après s’être marié avec la seule femme qui l’aura jamais aimé, il va mourir, et elle avec lui. Dire adieu à ce monde qui n’a pas voulu de son rêve.

Vous avez imaginé ? Vous avez tremblé pour cet homme ?

Alors vous êtes une ordure.

C’est pas moi qui le dis, c’est ceux qui condamnent Lars Von Triers. Parce que lui aussi a « compris » Hitler.

Imaginez…

Un homme seul, dans une petite pièce close. Il ne voit personne, mais tout le monde le voit, tout le monde le guette, guette la moindre de ses apparitions. Il ne s’est pas rasé depuis plusieurs jours, il se sent mal, il se sent seul, il se sent sale. Physiquement, d’abord, bien sûr, mais surtout moralement.

Et pourtant, il y a quelques jours, il était un des hommes les plus puissants du monde, et il avait un rêve : faire un monde meilleur, lui aussi. Il s’apprêtait d’ailleurs à aller sauver un pays en crise quand ils l’ont arrêté. Pour une bêtise, une erreur. Qui ne fait pas d’erreur ?

Ses amis, eux, le soutiennent, presque tous. Ils racontent un homme gentil, doux, disent « ne pas le reconnaître » dans la description qui est faite de lui par ceux qui l’ont arrêté, lui reconnaissent « un certain penchant », mais y voient au contraire une preuve qu’il n’a pas pu faire ce dont on l’accuse. Le mot « amour » – et son camarade « ami » – est souvent prononcé. Il n’a donc rien pu faire de mal.

Mais eux, ils l’ont enfermé, l’ont menotté, et – outrage ultime – l’ont photographié avec ses menottes. Et le gardent dans des circonstances qui l’empêchent de choisir la solution qu’a choisi le premier. Ses chaussures n’ont même plus de lacets. Et un gardien passe le voir toutes les 10 minutes.

Vous avez imaginé ? Vous avez tremblé pour cet homme ?

Alors vous êtes un type bien, un de ces Voltaire des temps modernes, un de ces Badinter qui s’ignore, un BHL aux cheveux courts, peut-être ? Parce que vous présumez DSK innocent, et réprouvez le lynchage dont il fait l’objet.

Imaginez…

Une femme seule, dans une petite pièce close. Elle ne voit personne, mais tout le monde la guette, guette la moindre de ses apparitions. Elle se sent mal, elle se sent seule, elle se sent sale. Physiquement, d’abord, bien sûr, mais surtout moralement.

Il y a quelques jours, elle n’était rien, et ça lui allait très bien. Elle ne rêvait probablement pas d’un monde meilleur, tout occupée qu’elle devait être à penser à joindre les deux bouts, et à faire son boulot correctement, pour ne pas être virée.

Peut-être a-t-elle fait une erreur, peut-être n’aurait-elle pas dû rentrer seule dans une chambre. La voilà lancée aux premières loges de l’histoire du monde ; ce qu’elle, contrairement aux deux autres, n’avait jamais demandé. Ses amis la soutiennent comme ils peuvent, mais que peuvent-ils face au monde entier ?

Si elle lit encore la presse, des chambres d’hôtel où elle dort, parce qu’elle n’ose pas rentrer chez elle, elle a pu lire qu’elle n’était pas « spécialement séduisante », voire qu’elle avait « une grosse poitrine et des grosses fesses » (en substance, dans le Figaro). Et voilà qu’elle devient suspecte de tout : d’erreur professionnelle, de provocation, voire de complot. Et peut-être l’idée de passer par sa fenêtre la titille-t-elle, parfois. Et là, ceux qui en empêchent DSK ne seront pas là pour l’en empêcher, elle.

Vous avez imaginé ? Vous avez tremblé pour cette femme ?

Alors vous êtes une exception. Parce que personne ne pense à elle…

Et voilà que moi, soudainement, par un de ces miracles que nous réserve parfois l’actualité, je me trouve être à la fois, outre une exception (mais je le savais déjà), une ordure et un BHL à cheveux courts.

Je n’ose conclure…

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