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Parfois, en rangeant son ordinateur, on retrouve des trucs rigolos, absurdes, inutiles. Et parfois, on retrouve un texte qu’on avait rangé au placard ; et on le trouve finalement tout-à-fait diffusable. Voici un de ces textes, écrit il y a quelques mois. Si l’événement qui a motivé sa rédaction est datée, la réflexion qui suit, elle, est toujours d’actualité.

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C’est une simple vidéo qui a lancé un de ces vent de folie qu’on ne trouve que sur internet. Moins d’une minute qui a fait user beaucoup de claviers un peu partout dans le monde. Une jeune fille, dissimulée dans un de ces monstrueux sweat à capuche qui font presque passer la burqa pour un vêtement tendance, pioche tour à tour cinq petites boules de poil dans un carton, et les lance devant elle, dans les eaux agitées d’une rivière. Le tout avec une joie non dissimulée.

Si l’acte en lui-même, bien que peu glorieux, me laisse relativement froid, le fait d’y prendre du plaisir me semble légèrement déplacé. Quant à l’idée de le filmer et de le diffuser sur Internet, elle est au moins vicieuse, sinon malsaine. Mais rien ne peut justifier la violence des réactions que cette vidéo a provoquées.

Très vite, une armée de défenseurs des animaux s’est mobilisée pour s’indigner de cette exécution publique. Avec des méthodes légèrement douteuses : un certain nombre de forum ou de groupes facebook demandait à quiconque aurait des informations sur la demoiselle de la vidéo de se manifester. Le but ? Trouver son nom, son adresse, son école, son profil Facebook. Ce qui fut rapidement fait.

Bientôt, certains s’enorgueillissaient d’avoir piraté son compte Facebook, et d’avoir mis « son adresse, l’adresse email de ses amis, de son frère sont en pleines circulation sur le net ».

Ce qui ne pourrait être après tout qu’une flagrante violation de la vie privée d’une mineure devient légèrement plus inquiétant quand on lit le ton général des commentaires. Les menaces de mort sont légions, certains allant même jusqu’à détailler la chose avec force détails.

En voici un exemple tout plein de poésie et de douceur : « One day, when she is walking home from school, I will fucking smash her over the back of the head with a brick. Whilst she is out, I am going to put cement blocks on the bottom of her feet. Im going to fucking throw her off the nearest bridge, and fucking record her drowining. Im going to post the video on YouTube, and let everyone enjoy watching her die » (« Un jour, quand elle reviendra à la maison après l’école, j’exploserai par derrière sa putain de tête avec une brique. Pendant qu’elle sera évanouie, je vais lui attacher des blocs de ciment aux pieds. Et je la jetterai par dessus le putain de parapet du pont le plus proche, et filmer cette pute en train de se noyer. Je posterai la vidéo sur Youtube pour que tout le monde puisse la regarder crever »).

Même s’il est probable que personne n’aille jamais jusque là, Internet favorisant l’ouverture de grandes gueules et ne posant aucune limite, on peut supposer que la pauvre gamine aura reçu quelques messages du même tonneau. Ce qui n’est guère rassurant pour son état psychologique.

Le plus grave dans cette histoire n’est pas tellement l’état de santé mentale du bourreau d’un jour devenu victime d’une haine mondialisée. Pour voir ce qu’il y a des plus grave ici, faites l’essai suivant : ouvrez youtube, et tapez les mots « violence, animal, cruauté », ou autres du même genre. Sélectionnez quelques vidéos, et lisez les commentaires. Petit pot-pourri, sur une page de commentaire d’une seule vidéo :

Le prochain qui joue au pyromane sur un chien, promis, je le poursuit, le traque et il paieras…

si il y en as un qui ose faire sa a un de mes chiens ou a un autres , je le promet, je lui pourirais la vie

si je voi un mec faire sa je brule sa maison!!!

😦 les gens non rien dans la tete ma parole on devrai leur faire la meme chose au personne ki on fe sa pffff povre ti chien

5 LITRES D ESSENCE ET UNE ALLUMETTE SUR CES BATARDS!!

Je prie les les témoins de cet acte odieux de communiquer sur le net les noms et adresses de ces ordures……………

Tout y est : demande d’informations sur les coupables, menaces de mort, détails sur l’exécution.

L’idée est très simple : quiconque s’en prend à un animal mérite le même traitement. « Œil pour œil dent pour dent », en quelque sorte. L’égalité parfaite entre la faute et la peine (ce qui était, rappelons-le, un progrès, puisque la loi précédente demandait que la punition soit le double du préjudice : deux yeux pour un oeil). Ce qui sous-entend tacitement que la victime et le coupable sont égaux en valeurs. Que l’homme et l’animal sont parfaitement égaux. Que l’animal, érigé en victime pure et innocente, devient même plus digne de vivre que celui qui porte atteinte à son intégrité physique. Que l’homme n’est finalement qu’un animal comme un autre. En pire, car capable de cruauté.

Et c’est ainsi que noyer des chiots semblent finalement – et le plus naturellement du monde – plus inhumain que de jeter, avant sa naissance, un enfant dans une poubelle.

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Sur le même thème : une pub vue dans le métro :

Et celle qu’on n’y verra jamais :

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