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Mon dernier article a provoqué une vague de commentaires indignés, moins ici-même (quoique : 12 commentaires en moins de 24h, dont à peine la moitié de moi, c’est presque un record) que sur Facebook. On m’a reproché pas mal de choses, qui se résument toutes en une seule : j’aurais manqué de nuance. « Tout n’est pas tout noir », quoi.

Et ça tombe bien, car en effet ça n’était pas mon objectif, de faire dans la nuance. J’ai même fait en sorte d’extraire toute nuance de cet article, notamment en omettant volontairement de montrer les photos des émeutiers pâlichons.

Car oui, il y a aussi des émeutiers blancs. Ils sont minoritaires, mais il y en a. Ce qui semble donc invalider ma thèse des émeutes raciales, ou en tout cas permettre de dire que ce n’est pas que ça.

Mais alors, puisque je le sais, pourquoi donc ai-je pondu ce joli article incriminé ? Si je vous dis que c’était pour tester la fonction d’insertion d’images et de vidéos, vous me croyez ? Non ? Je ne vous en blâme pas.

J’ai pondu cette chose parce qu’on nous interdit de la pondre, parce qu’on nous interdit de dire qu’il y a beaucoup de personnes de couleur dans les rangs des émeutiers, et qu’il y a beaucoup de blancs dans les victimes. On nous l’interdit parce qu’on essaie encore une fois de nous bourrer le mou avec « C’est des pauvres qui se révoltent contre des riches ». Ce qui est assez rigolo, puisqu’on constate que ce sont des pauvres qui mettent à sac… une banlieue pauvre. Puis s’exportent vers une autre ville pauvre. C’est sûr que ça doit sûrement faire chier les riches, de voir les maisons de leurs pauvres cramer. De plus, j’aimerais bien savoir quel est le salaire moyen d’un flic en grande-britonnie, mais je doute que ce soit assez pour en faire des riches. Donc encore une fois – c’est un classique -, ce sont des pauvres qui bousillent les magasins d’autres pauvres, sous les yeux impuissants – ils n’ont pas le droit d’agir – d’autres pauvres. A mon avis, les riches tremblent violemment dans leurs caleçons en soie.

Bon, je rigole, je rigole, mais évidemment, c’est des pauvres, c’est pas les riches traders de la City qui se déguisent en pseudo-gangstas la nuit pour aller faire des réserves en vue des mauvais jours, qui apparemment ne vont pas tarder à arriver pour eux, d’ailleurs.

Mais le fait que ces pauvres sont en majorité colorés, c’est ça qu’on ne veut pas voir. Parce qu’à force il va finir par devenir évident que, partout où ils sont en majorités, ils sont forcément pauvres, ils sont forcément au chômage, ils sont forcément discriminés. Et ça, ça remet juste en cause la possibilité de réussir l’intégration d’un si grand nombre de personnes. Parce qu’en Angleterre, quand les pauvres manifestaient, jusqu’à maintenant, c’était de jour, et encadrés par un cordon de policiers, devant, derrière, sur les côtés. Et ça voulait quand même dire « On en a marre d’être traités comme des merdes juste parce qu’on est pauvres, aidez-nous à ne plus être pauvres », de façon très clair. S’ils étaient donc si bien intégrés, ces émeutiers, ils feraient pareil : ils manifesteraient au milieu d’un cordon de policiers, et on comprendrait la même chose.

Mais là, ils ne manifestent pas leur colère comme le font les Anglais depuis un bon moment. Ils le font de la même façon que le font d’autres pauvres de l’autre côté de la Manche, en cassant tout, et en repartant les mains pleines. Et parfois, ils bousillent un policier (un pauvre, probablement, lui aussi, ou en tout cas certainement pas un riche) à coups de machettes. Toute ressemblance avec quoi que ce soit est fortuite.

Oui, ils sont pauvres, et en effet c’est pas rigolo d’être pauvre. C’est même pas rigolo du tout. Mais ça ne suffit pas, il faut aller voir plus loin. Et voir plus loin, ça ferait mal. Alors autant en rester là.

Enfin, la justification la plus absurde que j’ai vue vient, une fois n’est pas coutume, de Rue89, qui expliquait avec des trémolos dans la voix que ces émeutiers n’avaient en fait qu’un seul but : faire tomber le système. En citant une émeutière qui, les bras plein, expliquait qu’elle ne faisait que « récupérer ses impôts ».

Et alors là, je pouffe : il suffit de voir quels étaient les objets les plus volés par les émeutiers. On a ainsi eu droit dans 20minutes à un article d’un « spécialiste » qui expliquait que « s’ils volent avant tout de la hi-fi, c’est parce que ça se revend bien, et cher ». Mon cul. S’ils volent de la hi-fi, c’est parce qu’ils sont complètement dans le système, ce même système qui nous dit qu’il faut avoir un écran plat, une Rolex ou une Porsche pour être quelqu’un, pour avoir « réussi sa vie ». Et que tous les moyens sont bons pour ça, même vendre de la merde toute sa vie à des pauvres gens, même défendre des gens indéfendables, voire devenir président de Français dont on n’a rien à foutre.

Des gens qui organisent, via Blackberry, des attaques contre des magasins de hi-fi sont complètement dans le système. Et d’ailleurs, il suffit de voir quelle va être la réaction du gouvernement anglais face à ces émeutes. A coups sûr, ils vont rebalancer des millions dans ces banlieues, baisser les impôts, augmenter les aides… et permettre à tous ces braves gens de s’acheter plus de Blackberry. Les émeutes vont se calmer un temps, preuve évidente que les émeutiers ne voulaient pas faire tomber le système, mais au contraire voulaient entrer plus profond dans le système.

Et là, en effet, les riches ont de quoi trembler dans leurs smokings en alpaga. Parce que c’est eux qui vont payer pour permettre à ces braves gens d’entrer dans le système. Ou plutôt de profiter du système.

Parce que franchement, s’il suffit d’aller casser trois vitrines sous les yeux de policiers qui n’ont que le droit de vous arroser avec de l’eau pour se faire entendre, pourquoi se casser le cul à se lever tous les matins pour aller bosser ?

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