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Les JMJ à Madrid ont été l’occasion d’une avalanche de commentaires hostiles, voire carrément haineux. Nous avons déjà montré qu’ils étaient pour la plupart infondés, et surtout plein d’une mauvaise foi incroyable, qui ne pouvait qu’empêcher le moindre débat intelligent et objectif. Mais pourquoi cet événement a-t-il provoqué cette vague d’hostilité ?

N’importe quel skyblog vous l’apprendra : quand on critique quelque chose, c’est qu’on est qu’un sale jaloux qui sait rien faire de sa vie et qui critique quiconque arrive un tant soit peu à aller vers quelque chose. En général, ça s’applique à Justin Bieber ou à Lady Gaga. Eh bien j’ose, moi, aujourd’hui, l’appliquer à notre Sainte Mère l’Eglise, et à son pape Benoît. Oui, ces braves gens sont jaloux. Il faut avouer qu’il y a de quoi : entre 1 million et 2 millions de jeunes rassemblés en un même endroit, c’est pas rien. Pour mémoire, les Indignés de Madrid étaient quelques milliers ; la fête de l’Huma réuni environ 600 000 personnes par édition ; le forum économique de Davos réuni annuellement 2 200 personnes du monde entier pour 5 jours ; en novembre 2002, au premier Forum social européen à Florence, 450 000 à 1 million de personnes ont défilé contre la guerre en Irak et « pour un autre monde » (Sources Wiki, oui je sais). Boum, enfoncés…

Je n’ai pas choisi ces exemples par hasard : ce sont des événements auxquels mes opposants sur Rue89 ou les manifestants anti-JMJ de Madrid ont pu ou pourraient vouloir participer. Et qui n’ont jamais rassemblé autant de monde que les JMJ le font à chaque édition.

Mais ce n’est pas que ça qui a motivé mon choix. Ceux qui me connaissent savent que je n’aime pas tellement jouer à qui a la plus grosse. Non, ce qui a motivé mon choix, c’est que les 4 événements cités plus haut ont un objectif commun : participer à l’avènement d’un autre monde. Leurs participants ont tous, quelque part au fond de leur cœur, une envie d’autre chose, d’un monde meilleur, d’un avenir moins sombre. Bien sûr, il est probable qu’un certain nombre des personnes qui se déplacent à ces événements y aillent plus pour picoler, fumer, se faire des potes ou des gonzesses, écouter de la musique, découvrir du pays… que pour réellement changer le monde. Et qu’un certain nombre ne changent finalement pas durablement leur façon de vivre au retour de ces belles journées.

Et c’est aussi le cas des JMJ. On l’entend d’ailleurs assez souvent : ces jeunes qui sont allés à Madrid ont assez été accusés de s’offrir des vacances à peu de frais et d’être plus motivés par la cerveza et le jamon que par le pape et la prière. Et pour certains, peut-être pour beaucoup, c’est sûrement vrai. Et il est probable aussi que parmi ces jeunes que j’ai vu pour la première fois à la messe dimanche dernier, tous vibrants encore de ces quelques jours à Madrid, un certain nombre redisparaissent de nos bancs dans quelques semaines. L’homme est ainsi fait.

Mais eux aussi sont allés à Madrid parce que quelque part, au fond d’eux, ils rêvent d’autre chose, d’un autre monde, d’un avenir moins sombre.

Mais alors, me direz-vous pourvu que vous soyez en possession de plus de deux neurones connectés, comment se fait-il que ces gens aient tapé à bras raccourci sur des jeunes qui avaient finalement exactement le même objectif qu’eux ? Certes, on a vu à Madrid plus de cols romains et moins de dreadlocks qu’à Porto Alegre, mais ça ne saurait suffire à expliquer un tel déferlement…

La vraie raison de leur colère, c’est qu’ils ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas ces JMJ, et ça leur fait peur. Et ils ne comprennent pas parce que c’est incompréhensible pour eux.

Les Indignés sont des jeunes qui suivent des leaders jeunes et charismatiques, qui se prennent très au sérieux ; les JMJistes sont des jeunes qui suivent un vieil homme réputé excessivement peu jovial, qui sourit pourtant calmement quand le vent fait voler ses habits, et lui fait perdre son couvre-chef.

L’alter-mondialisme est jeune et dynamique ; l’Église est vieille et en perte de vitesse.

L’alter-mondialisme fait rêver – on y est traité d’utopiste, de naïf, de doux rêveur – ; l’Église fait peur – on y est traité de réactionnaire, de conservateur, de rétrograde.

L’Huma rassemble autour de concerts d’artistes en vogue ; l’Église rassemble dans un silence palpable autour d’un morceau de pain.

Ils veulent un monde qui n’a jamais existé, et n’existera probablement pas tant que l’Homme sera l’Homme ; nous attendons un monde qui existe déjà, dans lequel nous avons déjà part, depuis que Dieu s’est fait Homme.

Ils ne comprennent pas, parce que cette sérénité affichée par plus d’un million de personnes face à la violence soudaine des événements est infiniment plus impressionnante que n’importe quel slogan scandé par n’importe quelle foule.

Enfin, il ne comprennent pas parce que s’ils veulent effectivement changer le monde, ils en sont de purs produits. Alors que nous sommes « dans le monde, mais pas du monde ». Et ça fait 2000 ans que ça dure.

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