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Voilà 3 mois que je ne me suis pas moqué de mes collègues journalistes… Il faut dire que pendant ces 3 mois, j’ai eu des choses à dire, ce qui rendait superflus ces articles de remplissages. Mais comme je sens que ça vous manque, et surtout que j’ai un paquet de petits papiers qui s’accumulent dans un tiroir de mon bureau, revoilà donc un petit florilège des perles de mes chers collègues.

Pour leur défense, je me dois de préciser que les journalistes avec qui je travaille pondent chaque semaine paquet d’articles assez impressionnant, ce qui rend excusable certaines erreurs d’inattention, du genre de celle-ci :

« L’hôtel de la Plage, a ouvert, en juillet 1900 »,

celle-ci :

« C’est l’idée originale de ce producteur qui est ouvert »,

ou encore celle-ci :

« Plus d’enfants à faire travailler mais aussi à manger ».

Il arrive parfois qu’un certain nombre des articles d’un même numéro traitent plus ou moins d’un même sujet. Ainsi de ce numéro sur la rentrée, à la fois scolaire et associative. Compter le nombre de fois où le mot « enfant » était écrit dans ce numéro relève de la gageure. Et dans ce cas, le journaliste doit essayer d’éviter d’utiliser toujours le même mot, et fait donc appel à des expressions… toujours très agaçantes parce qu’elles aussi ont été trop utilisées, et sont ainsi vidées de leur originalité. Et parfois, surtout, ça donne des choses comme :

« Les parents seront bien inspirés de se rendre à ce salon
afin de trouver chaussure au pied de leurs têtes blondes »

Essayez de visualiser la chose, c’est assez amusant. Essayez aussi avec cette phrase, dans un article sur la buvette d’une foire :

« Ces estomacs affamés trouveront tout ce qu’il faut
pour flatter leurs papilles »

Ou celle-ci, à propos d’un match de foot, où l’équipe locale se fait complètement laminer :

« Les locaux ne baissent pas le pied »

Ou encore celle-là, où l’on apprend que des initiatives d’un genre nouveau

« se reproduisent comme des petits pains »

Outre ces mélanges d’expressions, on a aussi parfois des phrases qui deviennent un peu confuses, ou qui semblent avoir été écrites uniquement dans le but de paumer le lecteur, ou de le faire se tordre de rire. La plus belle de ce genre est celle-ci, à propos d’un trail nature, où les participants

« ont pu profiter des paysages de la Corse du sud,
puisque le parcours était situé au nord d’Ajaccio, sur la côte ouest »

Inutile de dire que tout ça se passait à l’Est de l’Espagne.

Et dans le genre plus rigolo, nous avons ainsi invité nos lecteurs à se rendre à

« Une compétition de tricot en 3 manches »,

ou à l’exposition d’une artiste qui

« travaille à l’instinct, au couteau ou à la brosse ».

Nous leurs avons aussi parlé de

« l’Association des sourds et malentendants, inscription par téléphone ».

J’ai enfin annoncé, en légende d’une photo, que

« Cette rentrée s’est déroulée dans la matinée et le calme »

Celui-ci au moins était volontaire. Je n’ai pas non plus pu retenir un fou rire à la lecture de celle-ci, qui est drôle, mais aussi un peu triste. Enfin, elle est driste, quoi… (Copyright KDO)

« Pour des raisons de santé, M. X., boulanger à S., est décédé le 19 avril »

Je vous ai déjà parlé de cet étrange rapport au temps qu’ont les gens ici… Et bien ça se confirme : le temps en Normandie ne coule pas pareil qu’ailleurs. C’est ainsi qu’un grand événement culturel local était annoncé en ces termes dans l’Agenda de la semaine :

« La nuit des soudeurs, de 9h à 16h. »

Et ce n’était pas une erreur du journaliste… Je suis moins sûr en revanche pour cette annonce de la piscine municipale d’une des villes que nous couvrons :

« Les séances, de 45 minutes à 1h selon le niveau de l’enfant,
auront lieu de 12h30 à 13h15 »

Je devrais peut-être leur demander comment ils font ; ça me permettrait peut-être de faire des nuits de 10 heures entre minuit et 7h30… Pour les jours aussi, ils se passent des choses bizarres. Ainsi ce magasin qui était

« Ouvert du mardi au samedi de 9h30 à 18h30, et le dimanche de 10h à 13h.
Fermé le lundi et le 15 août. »

Rappelons que le 15 août était cette année… un lundi. Ce qui fait donc beaucoup de mots pour dire une seule chose : préciser que le magasin était fermé le 15 août était inutile, mais préciser qu’il est fermé tous les lundis est assez superflu aussi, puisqu’on nous dit juste avant qu’il est ouvert tous les jours sauf le lundi. C’est donc que les semaines ici ne sont pas les mêmes qu’ailleurs… Non ?

Les Normands ont aussi parfois des définitions différentes de certains mots. Ainsi cette école qui incitait ses professeurs à donner

« un cours magistral, où la participation des élèves doit être privilégiée »,

Ou ces organisateurs d’expositions qui mettent en place

« un « musée nomade » qu’ils souhaitent présenter
dans un même lieu granvillais ad vitam aeternam »

Toutes ces boulettes sont plutôt sympathique, et m’ont toutes arraché au moins un sourire. Mais il y en a aussi qui m’arrachent des rictus, et me donnent envie de donner des claques. Certaines sont tellement imprégnées de politiquement correct qu’elles en deviennent insupportables. Est-il bien besoin de parler de

« chien de personne malvoyante » ?

Risque-t-on réellement de choquer les quelques aveugles qui nous lisent ? Et l’organisateur du trophée de voile Ulysse se rendait-il compte qu’il était un mouton ridicule quand, pour montrer à quel point sa course était géniale, il se sentait obligé de mettre en avant

« la diversité et la mixité des navires » ?

A sa place, j’aurais aussi parlé de la tolérance de son public, de la citoyenneté de ses équipages, et de la renouvelabilité de l’énergie utilisée pendant la course. Il ne l’a pas fait. J’espère que son événement a merdé : ce nazi l’aurait bien mérité.

Enfin, que dire de ce membre de la Ligue de l’enseignement mobile, qui déclarait la bouche en cœur (enfin, j’imagine) :

« Nous ne sommes pas partisans. Sauf en 2002, où nous avons pris parti
contre le Pen.
Nous ne sommes pas là pour orienter des élections
mais pour éduquer des électeurs »,

sinon qu’il est probable qu’il ne se soit même pas rendu compte de la totale incohérence de son discours ? Si un jour je le croise, je lui conseillerai volontiers d’attaquer monsieur Mottin, entraîneur d’un club de foot de la région, qui osait déclarer :

« C’est bien qu’il y ait des joueurs locaux, pour l’identité du club
c’est un vrai plus. »

Allons, restons calme. Pour nous quitter sur une note un peu moins polémique, je vous offre le cuistre du mois :

« Cet ouvrage est un support descriptif technique et sensible
de l’art pictural dans l’émotion qu’il porte et transporte ».

En notant, je pensais que je retrouverais de quoi ça parlait. Et en fait, non.

Et enfin, un petit jeu : sur les 14 personnes présentes sur cette photo, une risque bien de regretter d’être passée dans le journal. Laquelle ? (Cliquez sur l’image pour l’agrandir, ça sera plus simple)

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