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Révélation : les Marines sont des hommes comme les autres. En effet, ils font pipi.

Ah, en fait non, on me dit qu’ils ne sont pas comme tout le monde, les Marines. Certes, ils font pipi, mais ils le font sur des gens à qui ils viennent d’envoyer une balle dans la tête.

C’est sûr que c’est moins sympa.

Tellement moins sympa que même les chefs de ces gens se sont révoltés : « C’est pas bien de faire ça, c’est barbare, c’est ignoble ». Ignoble, un peu comme de mutiler les gens qui osent aller voter ? Barbare, un peu comme dynamiter des statues vieilles de plusieurs siècles juste parce que c’est pas hallal ? Voilà en tout cas qui prouve que les Talibans ne manquent pas d’humour et d’auto-dérision. Ce qui les rendrait presque sympathiques.

Mais revenons à nos Marines, sur qui tout le monde s’est empressé, par un juste retour de choses, de vomir des torrents d’insultes, en une version moderne et scato de l’arroseur arrosé. Figurez-vous qu’on a bien vite appris que ces hommes étaient des monstres, des hommes indignes d’être appelés des hommes.

Venant des Talibans, c’est normal : c’est la base de toute propagande en temps de guerre de dire que l’ennemi est inhumain, qu’il mange les enfants, qu’il viole les femmes, voire qu’il est excessivement peu démocrate. Venant des Américains, c’est plus con : c’est l’ennemi qu’il faut désigner comme un non-homme, pas ses propres soldats. Et surtout, il est idiot de gueuler sur ses soldats quand ils mettent en pratique de façon si éclatante cette belle propagande : pisser sur un cadavre, c’est bien lui nier de façon ultime son humanité, non ?

L’Occidental de base s’est donc indigné violemment – tout en restant bien dans les clous de la pensée unique, ce qui demande un certain contrôle -, et a décrété que ces hommes étaient des monstres.

Sauf que justement, ces hommes, c’est des gamins lambda, tirés d’une vie lambda pour être balancés dans un pays qu’ils ne connaissent pas pour tirer sur des mecs qu’ils ne connaissent pas et qui veulent eux aussi leur faire la peau. Des gamins qui, derrière chaque personne qu’ils croisent, peuvent voir le visage du type qui, demain, leur enverra une balle dans la gueule. Des gars qui à chaque pas peuvent perdre leurs jambes à cause d’une mine posée là par le paysan sympathique qu’ils viennent de croiser. Des types qui chaque jour se lèvent sans savoir s’ils se coucheront le soir dans leur couchette ou dans une boîte en bois.

Alors il me semble que, de derrière nos écrans, nous sommes bien mal placés pour dire ce qui est bien et ce qui est mal, et pour affirmer que nous, à leur place, nous aurions su rester plus humain. Parce que ce qu’ils ont fait est, justement, complètement, profondément, dramatiquement humain. Et ça, encore une fois, nous ne voulons pas le voir, parce que ça nous renvoie au monstre qui sommeille en chacun de nous.

Alors le prochain que vous attrapez à l’ouvrir sur ce sujet, dont il n’a à coup sûr aucune idée parce qu’il n’a jamais vécu ce que ces hommes vivent au quotidien, faites-lui fermer sa gueule de petit con.

Que je ferme ma gueule ? Ouais ouais, même moi…

Complètement ?

PS. Pour saisir un peu mieux ce qu’est la vie de ces Marines, je ne saurais trop vous conseiller de regarder Armadillo, où un petit blondinet sympathique en arrive, après quelques mois en Afgha, à se vanter outrageusement d’avoir vidé un chargeur de fusil-mitrailleur dans la tête d’un blessé…

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