Étiquettes

, , ,

Le drame de Toulouse a été pour les politiques une belle occasion de fermer leur gueule. Malheureusement, ils n’ont pas su la saisir. Causeur l’a déjà très bien montré, je le ferai donc plus succinctement – et sur un autre plan -, en me contentant de citer deux maires, celui de Toulouse et celui de Cherbourg.

A tout seigneur, tout honneur, celui de Toulouse, donc, a osé affirmer le lendemain du drame : « Je pense que le traumatisme peut être aussi fort que [celui causé par, ndlr] la tragédie AZF » (Oui, parce qu’en plus de dire des conneries, il ne parle pas français).

Rappelons juste que l’explosion d’AZF a tué 31 personnes et blessé des milliers d’autres, comme ça, en quelques secondes, tout juste 10 jours après l’attentat du WTC, un des plus – sinon le plus – traumatisant à l’échelle mondiale jamais commis.

Admettons. Sous le choc, parfois, on ne sait plus trop ce qu’on dit, et on bafouille. Voire on perd la mémoire. Ça arrive.

Las. Dans le même temps, à 700 kilomètres de là, un autre maire pondait une autre connerie.

Bernard Cazeneuve, maire de Cherbourg, porte-parole de François Hollande, écrivait une lettre au maire de Toulouse, pour l’assurer de son soutien (ce qui devait lui faire une belle jambe, soit dit en passant). Et d’affirmer, comme ça, pour le plaisir : « Jamais la France n’avait connu un tel acte de barbarie ».

Ce monsieur est né le 2 juin 1963. Depuis qu’il est de ce monde, la France a connu, dans le genre « acte de barbarie » :

– 14 décembre 1973 : attentat devant le consulat algérien à Marseille, 4 morts, 20 blessés.

Le petit Cazeneuve a 10 ans. Il est en âge d’entendre, de comprendre et de se souvenir.

– 15 septembre 1974 : attentat à la grenade au drugstore Saint-Germain-des-Prés à Paris, 2 morts, 34 blessés.

– 9 août 1982 : fusillade de la rue des Rosiers, 6 morts, 22 blessés.

– 15 juillet 1983 : une bombe explose à l’aéroport d’Orly, 8 morts, plus d’une cinquantaine de blessés.

– 31 décembre 1983 : deux attentats à la gare Saint-Charles de Marseille et dans le TGV Marseille-Paris, 4 morts et 45 blessés.

Bernard Cazeneuve est un jeune homme de 20 ans. Il doit s’intéresser à la politique, et s’indigner de ces attentats ignobles et barbares.

– 20 mars 1986 : une bombe explose dans la galerie Point Show des Champs-Élysées à Paris, 2 morts et 29 blessés.

– 19 août 1986 : bombe dans un marché à Toulon, 4 morts.

– 17 septembre 1986 : bombe devant le magasin Tati, rue de Rennes à Paris, 7 morts et 55 blessés.

– 1995-1996 : Vague d’attentats : RER B à la station Saint-Michel (8 morts, 117 blessés), à Villeurbanne (devant une école juive, 14 blessés), RER B à la station Port-Royal (4 morts et 170 blessés).

Bernard Cazeneuve a 32 et 33 ans. Il a un boulot, une famille. Il lit les journaux, écoute la télé, regarde la radio (ou l’inverse : ça fait tellement longtemps que je n’ai plus utilisé ni l’une ni l’autre que je ne sais plus vraiment comment ça marche, ces choses-là).

– 8 mai 2002 : Attentats à Karachi (Pakistan) : 11 employés de la Direction des chantiers navals (DCN) sont tués. L’attentat est peut-être liée à une affaire de pots-de-vins dans le cadre d’une vente de sous-marins au Pakistan.

Bernard Cazeneuve a 39 ans. Il est maire de Cherbourg, où se trouve la DCN. En 2011, il publie Karachi – L’enquête impossible, aux Éditions Calmann-Lévy.

Bernard Cazeneuve a vécu tous ces attentats comme il a vécu celui de Toulouse. Il en a entendu parler, il a été impliqué de près dans l’un d’eux. Et aujourd’hui, il déclare que « Jamais la France n’avait connu un tel acte de barbarie ».

Le mot « décence » ne fait définitivement plus partie du vocabulaire de ces gens.

Publicités