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J’aurais voulu pouvoir l’éviter, j’ai essayé de dissuader certaines de mes connaissances de  faciliter la chose, et j’ai voté Nico à contrecœur mais sans regret. Et pourtant, cette victoire de François Hollande me plonge dans un état de joie qui pourrait en surprendre certains.

Bien sûr, je suis inquiet, parce que je sais que ces cinq années nous apporteront beaucoup d’emmerdes, et des emmerdes dont il sera très dur de sortir ensuite. J’ai un peu peur aussi, surtout quand je pense aux enfants que je me prépare – si Dieu le veut – à faire venir au monde pendant ces cinq ans, et que je devrai ensuite éduquer dans une société où tout ira à l’encontre de ce que je crois bon pour eux, où tout leur dira que ce que je leur apprendrai est ridicule, passéiste, rétrograde, voire fasciste. J’ai peur enfin pour la France, qui sera de plus en plus livrée à des gens qui la détestent, et dont il sera de plus en plus dur de se dire fier sans se faire regarder de travers. Au mieux.

Et pourtant, au-dessus de tout ça flotte un sentiment de joie, de bonheur. Pas de ce bonheur qu’on essaie de nous vendre en permanence, un bonheur qui serait une absence de contrariété, une béatitude tranquille, un non-agacement mou. Non, au contraire : je suis heureux parce qu’il y a contrariété, parce que je ne suis pas tranquille et parce que la situation se durcit. Un peu comme – j’imagine – pouvait l’être un de ces gamins de 10 ans de moins que moi qui ont pris un bateau un soir pour filer en douce vers l’Angleterre, en espérant pouvoir y continuer la lutte. Comme pouvaient l’être ces autres gamins qui ont choisi un beau jour de se faire larguer au-dessus d’une cuvette pour un combat perdu d’avance, simplement pour être avec leurs camarades au moment où tout serait fini pour de bon.

Oh, bien sûr, j’ai un peu honte de ces références. Pas tant à cause du point Godwin de la première (j’assume parfaitement les points Godwin. Mieux, je les collectionne : un beau point Godwin arraché au nez et à la barbe de son adversaire, c’est quelque-chose qui s’encadre) qu’à cause du ridicule que peut avoir ma situation à côté des leurs. Flamby n’est pas Adolf, loin de là (il est même possible qu’il regrette – secrètement, sans même se l’avouer à lui-même – de n’avoir pas son charisme), et la foule de fêtards de dimanche soir n’ont rien des Bo-Doïs de Giap. Surtout parce qu’il y avait beaucoup moins de regards bridés.

Mais quand même, je les laisse. Parce que nous entrons nous aussi dans une période de résistance, contre ce « changement » que Flamby veut nous apporter, et qui n’est en fait qu’un accélération de tout ce qui mène notre pays – et notre monde, mais je n’ai pas la naïveté de croire que Flamby puisse faire quoi que ce soit au niveau mondial – à sa chute : perte de tous les repères, qu’ils soient familiaux (mariage homo, euthanasie, avortement encore facilité) ou nationaux (droit de vote des étrangers, rejet des racines chrétiennes de la France).

Et ça, ça me rend heureux. Parce qu’il est clair (et si ça ne l’est pas, je crois l’avoir déjà montré il y a longtemps) que c’est dans les situations extrêmes que l’homme se révèle tel qu’il est, et même plus : veule et méprisable s’il était lâche et mesquin, grandiose et héroïque s’il était droit et courageux. Cette défense de nos valeurs est une situation extrême, et le sera encore plus si Hollande respecte son programme et ses promesses. Alors nous nous révèlerons au monde et à nous-mêmes tels que nous sommes. Et si nous savons être héroïques, alors nous pourrons changer le monde, pour de bon, pour le meilleur.

Et puis j’avoue aussi, plus prosaïquement, que voir l’immense armée de nos artistes rebelles devenir la garde rapprochée du pouvoir en place me réjouit profondément. Les pauvres, qui n’auront plus personne sur qui taper, que va-t-il advenir d’eux ? Imaginez : Raphaël réduit à se prendre pour Michel Sardou, et Saez pour Johnny, Nicolas Bedos et Stéphane Guillon se battant pour le fauteuil de Jean-Marie Bigard… Et Jégou ne pouvant plus frissonner de délice en insultant – au risque de sa vie, voire de sa connexion Internet – le pouvoir en place… Et que dire de BHL, Isabelle Alonso, Gérard Miller, Benjamin Biolay, Renaud, les anciens membres de Noir Désir, Dominique Sopo et tant d’autres.

Ah, tous ces courageux rebelles officiels devenus organes du pouvoir, qu’ils seront malheureux ! Qui sait, peut-être se laisseront-ils dépérir, et finiront-ils par demander l’euthanasie ?

A moins qu’ils réalisent qu’ils n’ont d’autre choix pour survivre que de rester rebelles et continuer à s’opposer au pouvoir en place… Auquel cas ils n’auront d’autre choix que de devenir tout ce qu’ils ont vomi pendant toutes ces dernières années, et de hurler avec les loups fascistes, ce qui devrait également les achever à court terme.

Et s’ils décident de ne pas retourner leur veste et de néanmoins rester hargneux, ce ne sera plus que contre quelque minorité invisible, et ça, leur bonne conscience de gauche le leur interdira sans doute.

Nous pouvons donc le dire : Hollande aura libéré la France d’un bon paquet de parasites. Qu’il en soit ici, d’avance, chaleureusement remercié.

Enfin, cette élection m’aura aussi offert une bonne tranche de rigolade, quand j’ai lu les deux phrases suivantes :

« Selon une étude OpinionWay Fiducial pour Le Figaro, 34% des électeurs de François Hollande ont voté pour lui en estimant que leur situation personnelle s’améliorera contre 26% pour les électeurs de Nicolas Sarkozy. A l’inverse, 64% des électeurs du président sortant ont fait leur choix en jugeant que la situation de la France s’améliorerait, contre 54% pour le candidat socialiste. »

Ce qui tend à suggérer que ce ne sont pas les électeurs de droite qui sont les plus égoïstes, contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire en permanence…

Ce qui devient encore plus rigolo quand on sait qu’une des premières déclarations de Hollande a été qu’il allait refiscaliser les heures supplémentaires (sauf dans les entreprises de moins de 20 salariés), ce qui ne peut que nuire aux personnes ayant les revenus les plus faibles.

A peine ont-ils dit « oui » qu’ils sont déjà cocus…

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