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Ceci est une pomme de douche. Ma pomme de douche. La pomme de ma douche. Elle est magnifique. Comme ça, en photo, elle a la classe. D’ailleurs, je sais que vous êtes tous très jaloux de ma pomme de douche. C’est normal : on sent tellement bien que prendre sa douche avec est « un moment de plaisir », surtout si quand on utilise aussi le gel douche de chez Tchitchipademark, qui a tellement de vertus relaxantes.

La preuve, c’est écrit dessus… En revanche, on ne dit nulle part s’il lave bien ou s’il vaut mieux aller se rouler dans une flaque d’eau croupie.

Et pourtant… Tout n’est pas si génial : cette douche, pourtant fort bien designée, probablement issue de nombreux brain-stormings, et dont tous les problèmes semblent avoir été efficacement solutionnés, elle n’est pourtant pas complètement pratique. En effet, à l’usage, on s’aperçoit vite que l’aspect courbe de la chose, associé au coude formé par le tuyau, pose un petit problème : le-dit tuyau a vite tendance à venir heurter la partie ventrale de l’utilisateur, surtout si celle-ci est quelque peu proéminente. Ce qui n’est pas mon cas, du tout, (pas plus que celui de la toute neuve madame Fikmonskov – oui, ceci est une annonce officielle. Entre parenthèses, la classe ultime), je dis ça dans l’absolu, bien sûr. Et en plus, quand elle est placée comme sur la photo, se placer sous le jet relève de l’exercice de contorsionnisme, surtout si on mesure plus d’un mètre cinquante, ce qui est mon cas, et aussi celui de madame Fikmonskov.

Certes, ce n’est pas grand-chose, mais à force, ça finit par atténuer un peu le côté apaisant du gel douche. Et on en arrive rapidement à se dire que les types qui ont conçu la chose auraient mieux fait de moins brainstormer et de plus tester l’objet dans des conditions réelles, afin que notre douche reste ce moment de jouissance vraie et apaisante pour les sens à la fleur d’oranger…

Et que dire des architectes ? Ils ne méritent pas des claques, parfois, les architectes ? Tenez, tant qu’on en est à parler de mon chez-moi, il y a deux choses pour lesquelles j’aurais bien envie de pendre un architecte. Deux interrupteurs, que je vous présente maintenant en photo :

Mes lecteurs, les interrupteurs. Les interrupteurs, mes lecteurs.
Voilà pour les présentations…

L’interrupteur de gauche ne marche plus. Ne marche pas, en fait : quand nous sommes arrivés dans cet appartement, il était déjà cassé. Ce qui n’est guère étonnant quand on constate – comme on peut le faire sur cette photo, c’est le but – que la fenêtre de la salle de bain vient cogner dessus à chaque fois qu’elle s’ouvre. Or, comme c’est une salle de bain – qu’il convient donc d’aérer régulièrement -, elle l’est souvent, ouverte. Et comme nous vivons en Normandie, où il y a souvent du vent, elle claque régulièrement… sur l’interrupteur, qui n’aime ça que modérément. Et casse, donc.

L’interrupteur de droite marche très bien, merci. Seulement, il est judicieusement placé… derrière la porte vitrée du salon. Si bien que, pour allumer la lumière, il faut ouvrir la porte vitrée du salon, la contourner et trouver l’interrupteur. On conviendra aisément que c’est peu pratique, surtout quand il fait noir, ce qui est fréquent quand la lumière n’est pas encore allumée. Habile, Bill.

Eh ben moi, les types qui ont eu ces idées, j’ai très envie de les retrouver, de les faire vivre quelques jours chez moi – en leur faisant payer le loyer, joignons l’agréable à l’utile -, et de leur suggérer ensuite d’y réfléchir à deux fois la prochaine fois qu’ils feront des petits dessins sur un coin de nappe parce qu’ils ont oublié qu’il fallait « rendre ce projet d’appartement en Normandie ce soir, putain chier attends je vais bâcler un truc y z’y verront rien ».

Et au passage, j’obligerais les crétins qui ont conçu les-dits interrupteurs à les poser eux-même… Non mais vous avez déjà essayé de poser un interrupteur ? Ça ne nécessite jamais moins de trois tournevis, cinq grosses prises de tête et une boite de pansements… Allez hop, même motif, même punition : tu crées un truc, tu t’y colles pour de vrai, pour voir, avant de l’imposer à d’autres.

Ma méthode, pour rustique et grossière qu’elle soit, présente néanmoins un avantage, outre qu’elle est diablement efficace : elle ne s’applique pas seulement à ces petites choses pratiques, terriblement terre-à-terre, voire vulgaire diront certains. Non, elles marchent aussi très bien pour les grandes idées, les grands idéaux, les grandes théories.

Tenez, par exemple, jouons le même jeu avec monsieur Laurent Mucchielli. Laurent Mucchielli est un sociologue spécialiste des questions de délinquance, selon le site de l’Express. Ce monsieur, dans un article concernant les dernières poussées de violence à Amiens, affirme, avec l’assurance du mec qui maîtrise son sujet à fond, que tout ça n’est en rien organisé, évoquant avec lyrisme « le soulèvement spontané d’un peuple ». C’est beau, ça sent la Bastille et la place Tahrir et ça réveille en chacun le révolutionnaire qui sommeille. Las, on a beau être révolutionnaire, on lit aussi le Figaro. Et on tombe sur cet article décrivant le travail de la police après ces émeutes, où un responsable d’un syndicat policier explique : «Ces jeunes agissent en groupe et sont souvent en scooter. Si on les prend en chasse, ils nous conduisent dans les caves où ils coupent le courant. Juste après le passage des policiers, ils mettent aussi en travers de la route un véhicule volé, et c’est le guet-apens avec les micro-ondes qui tombent des fenêtres». Et voilà qu’on a très envie de proposer à Laurent Mucchielli de faire un tour avec les policiers sur le terrain, pour constater de visu à quel point ces jeunes qui se soulèvent spontanément appliquent tout aussi spontanément des techniques de guérilla urbaine éprouvées. Et quand « aux tirs de Flash-Ball des fonctionnaires, les émeutiers [auront] riposté par des tirs de chevrotine et de mortier » (des trucs qui servent à lancer des feux d’artifice, hein, pas des mortiers de 120…) qu’ils avaient là tout-à-fait par hasard, parce que tout le monde a ça dans ses cartons, n’est-ce pas, peut-être envisagera-t-il la possibilité que tout ça ne soit pas qu’un « jeu »… On peut rêver.

Des Laurent Mucchielli, il y en a beaucoup. Tous ne sont pas sociologues, loin de là. Parmi eux, il y a par exemple beaucoup d’artistes, qui du haut de leur immense talent daignent régulièrement s’abaisser jusqu’au bas peuple pour lui expliquer que le mélange c’est super cool. Et ça donne des choses hyper poétique :

Je suis l’enfant d’Adam et Eve
Je suis un rêve comme Ismaël en Israël
Renie ta haine et fais sourire les anges
Mélange le Gange et la Tamise
Métis des Indes et du Brésil
On est métis comme Sade, Bob Marley
Tu peux te marrer ou bien te barrer
On peut en parler
Multicolores, anti-connards et tous mes colocataires
Caracolent en tête pour des idées
D’un monde plus métissé

Yannick Noah, Métis(se) (Sic !)

Ou aussi :

On n’a pas les mêmes parents,
Mais on est tous encore enfant,
Et tous issus d’un métissage,
Devenus fous mais nés si sages

Grégoire, Soleil

Il y a aussi des Laurent Mucchielli blogueurs, qui postent des photos magnifiques et des textes forts :

Si je dis que je suis pas d’accord, tu trouveras aussi que ma différence est une magnifique richesse ?

Et des Laurent Mucchielli président du domaine national de Versailles, qui affirment que «La culture c’est le métissage, pas la ségrégation», en feignant de croire qu’il n’y a rien entre les deux : soit t’es métisse, soit t’es raciste. Ce que Yannick Noah disait déjà avec son « Renie ta haine », d’ailleurs.

Et aussi des Laurent Mucchielli hommes politiques, qui déclarent que «L’intégration, c’est quand des catholiques appelleront leur enfant Mohamed».

Tous ces Laurent Mucchielli sont donc absolument passionnés par le mélange, le métissage, le brassage des peuples et des cultures, et passent leur vie à le chanter, à le bloguer ou à le politiquer. C’est un combat noble, nul n’en doute. Nul ne peut en douter, en fait. C’est pourquoi on ne se demandera pas pourquoi tous ces braves gens ne mettent pas leurs idées en application pour eux-même : pourquoi Noah va-t-il vivre à New York plutôt qu’en Seine-Saint-Denis, ce département tellement riche de son métissage ? Pourquoi Grégoire est-il en couple avec une certaine Éléonore de Galard, qui ne doit pas tellement l’enrichir de ses différences, lui le « boy-scout de la chanson française » (d’après sa page Wiki) ? Pourquoi Jean-Jacques Aillagon – qui est par ailleurs très peu métissé lui-même, et doit donc, selon sa propre logique, être un peu raciste sur les bords – n’est-il pas conservateur d’un musée des arts premiers ? Et pourquoi Martin Hirsh n’a-t-il pas changé son prénom en Toufik, pour montrer à quel point il est bien intégré ?

Les amis, c’est bien beau de théoriser des trucs super sympas pour tout le monde, mais si vous tentiez un peu de vivre dans les résultats de ce que vous théorisez, pour voir si la pratique est aussi belle que la théorie ? Avec un peu de chance, vous pourriez confirmer que le métissage est vraiment l’avenir de l’homme.

C’est sûr qu’il y a aussi le risque que vous finissiez par parler comme ces gens-là :

Certes, vous resteriez profondément de gauche, mais…

Enfin, vous avez l’air si sûrs de vous, ce n’est certainement pas ce risque qui vous effraie, n’est-ce pas ?

Ah, si ma méthode pouvait être mise en application partout, tout le temps, alors nous serions vraiment relaxés, et même pas besoin de fleur d’oranger.

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