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Monsieur le Ministre

Vous étiez vendredi 12 octobre au soir dans ma riante bourgade normande, pour rencontrer les militants de l’UMP. Bien que n’étant pas militant de l’UMP – et d’aucun autre parti, d’ailleurs : je ne milite que pour des choses aussi fondamentales que l’abolition du lundi matin et l’interdiction de passer de la musique pourrie dans les bars à billard -, je suis venu vous voir. Une soirée dans une salle chauffée, par les temps qui courent, ça ne se refuse pas.

J’ai néanmoins été très intéressé par votre intervention. J’ai pourtant une question à vous poser : au moment où je suis arrivé – en retard, j’avais une partie de billard à gagner -, vous expliquiez que la crise que nous traversons est bien plus une crise d’identité qu’une crise économique, ce que j’ai trouvé très juste. Puis vous avez exposé vos réponses à la crise.

Des réponses quasi-exclusivement économiques.

J’avoue n’avoir pas bien compris. Vous avez passé près d’une heure à proposer des solutions pour « éviter la récession », pour « sauvegarder la croissance » (ce qui s’apparente d’ailleurs à de l’acharnement thérapeutique), et pour « conserver notre niveau de vie ». Non sans rappeler par ailleurs que nous serons demain sur terre plus de 9 milliards. Dont un bon paquet continuera à vivre dans la misère, ou en tout cas pas avec notre niveau de vie : c’est impossible, la Terre ne le supporterait pas. Elle a déjà d’ailleurs du mal à supporter.

Sauver notre niveau de vie, c’est continuer à narguer tous les autres, ceux qui ne pourront jamais l’avoir ; c’est continuer à leur jeter nos miettes au visage, avec d’autant plus de mépris qu’on prétendra vouloir « combler le fossé entre le Nord et le Sud » ; c’est, finalement, légitimer le fait qu’ils viennent chez nous, plus nombreux chaque année, jusqu’au jour où ils prendront leurs baluchons et leurs femmes sur leur dos pour venir s’installer chez nous en masse, pour de bon.

Ce n’est pas une solution.

Vous l’avez dit, cette crise est identitaire. Et vous aviez raison, sous cet angle déjà : quand le Tiers-Monde tout entier frappera à notre porte, que restera-t-il de nous ? Qui serons-nous alors, quand ce qu’on appellera alors « la France » ou « l’Europe » n’aura plus rien en commun avec ce qu’elles étaient depuis des siècles ?

Mais les solutions que vous proposez à cette crise ne font en fait qu’en précipiter la conclusion, et cette conclusion mettra notre identité à mal, d’autant plus qu’elle est déjà souffrante. La vraie question que pose cette crise est celle-ci : qui sommes-nous ?

Qui se cache derrière notre aisance matérielle, qui se cache derrière notre croissance artificielle, qui se cache derrière nos angoisses de gosses de riches ? Quand notre économie s’effondrera pour de bon, que restera-t-il de nous ? Et surtout : de quoi pouvons-nous nous dépouiller sans pour autant n’être plus nous-mêmes ?

Ou plutôt : de quoi devons-nous nous dépouiller pour pouvoir rester nous-mêmes ?

Nous ne sommes pas notre niveau de vie, nous ne sommes pas la Croissance, nous ne sommes pas l’économie. Nous sommes un peuple, une civilisation, une culture. Si nous voulons conserver les premiers, nous perdrons les seconds. Et finalement, nous perdrons aussi le reste.

Tout le reste.

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