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Bon, voilà, je l’ai dit : je pense que la manifestation de l’Alliance Vita est un bide. Pire, qu’elle nous dessert. On m’a lu, on me l’a reproché : « Et toi, tu t’engages comment ? »

Eh bien voilà, je m’engage en vous disant ce que je crois qu’il faudrait faire pour manifester utile. Ou au moins pour ne pas manifester contre ce qu’on croit défendre, parce que franchement, entre un bon article de Libé et tout le reste, la bataille est vite pesée : on a perdu. Peut-être avec panache – si l’on veut faire semblant de croire qu’un suicide involontaire peut être plein de panache -, mais on a perdu : tout le monde se fout de la gueule de nos oiseaux en combi moulante, de nos dingues qui voudraient « soigner les homosexuels », ou de nos gentils crétins qui disent qu’ils ont « des amis d’amis homo », ce qui nous fait une belle jambe, et finalement, personne n’a entendu le message, et tout le monde s’en fout complètement.

– On ne combat pas l’esprit du monde en usant des outils du monde. On ne se la joue pas cool et djeuns. Je l’ai déjà dit, je le redis : ça ne marche pas. Parce qu’en effet, on n’est pas cool et djeuns : on veut pas laisser les gens qui s’aiment s’aimer, c’est vraiment pas cool.

– On arrête de regarder nos petites scénettes avec le regard plein de bonté du catho de base : « Oui, c’est sûr que c’est un peu bidon, mais c’est un peu symbolique, tu vois, et puis finalement c’est mignon, cet oiseau qui titube ». NON ! On regarde ça avec le regard du type d’en face, qui est convaincu que notre visage est celui de la haine et que de toute façon on est des cons rétrogrades. Et on se dit « Putain, c’est grotesque, notre truc ». Et donc on ne le fait pas. Parce que les bonnes intentions, on s’en bat les couilles avec une pelle à tarte. Seul le résultat compte. Et ce qui compte, c’est qu’il soit au pire neutre, ce résultat. Le résultat négatif, lui, n’est pas une option : la guerre est assez dure à gagner comme ça pour épuiser nos forces dans des opérations suicide. Or, comme dans une vraie guerre, le type en face veut réduire nos actions à néant. Alors on évite de lui donner trop de munitions.

– On interdit à tout le monde de parler à la Presse, surtout s’il y a écrit « Le petit journal » sur le micro qu’un type à l’air sympathique nous tend : c’est le meilleur moyen de ne pas dire de connerie. Tout le monde ferme sa gueule, on ne parle pas, on marche. En silence, donc. L’air normal, ni excessivement jovial, ni trop triste. Histoire que si un journaliste filme, ses spectateurs ne voient rien d’autre qu’une rue piétonne parisienne banale.

– On fournit le matos à la Presse : on envoie un dossier de presse avec l’argumentaire, qu’on aura mis en ligne dans le même temps pour éviter qu’il soit tronqué habilement.

– On monte une vidéo avec : des images de la manifestation ; un résume de l’argumentaire simple et efficace lu par un type qui sait lire ; des chiffres proches de la vérité ; un lien vers l’argumentaire complet. Et on poste tout ça sur les sites de partage de vidéo. Éventuellement, on en tourne quelques autres plus simples, plus « amateurs », avec toujours un lien vers l’argumentaire, qu’on poste sur différents comptes. (Le tout bien entendu avec un travail de référencement bien foutu ; ça s’apprend, faites-le.) Et on fait pareil avec des photos, et on demande à quelques blogueurs influents d’écrire leur résumé à eux de l’argumentaire, ou leurs impressions de la manifs, ou tout ce qu’ils veulent pourvu que ça parle de la manif (et renvoie, encore une fois, à l’argumentaire). Idem avec les quelques titres de Presse qui nous soutiennent.

En un mot : on fait du volume, on pond du document positif sur notre action, on noie le Web avec des trucs consistants.

– On exige les droits de réponse dans les journaux qui éventuellement arriveraient encore à dire des conneries sur nous.

Voilà, avec tout ça, au final on a un message qui est exposé de façon claire, sans aucun parasite autre que complètement artificiel. Ceux qui voudront nous casser du sucre sur le dos le pourront toujours, mais au moins ils auront à utiliser leur neurone pour trouver des trucs à dire. Ou ils devront se contenter de ne pas parler de nous, ce qui est toujours mieux, quoi qu’on en dise, que parler de nous pour nous ridiculiser.

En attendant que vous ayez compris tout ça, chers amis, vous marcherez sans moi. Parce que je préfère encore ne rien dire et ne rien faire que dire des conneries et faire du contre-productif.

Bien à vous

Fikmonskov

PS. J’ai oublié une règle de base, évidente : on ne manifeste pas avec des gens qui sont à eux seuls une énorme balle tirée dans notre pied

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