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Une semaine. Les quatre événements dont nous allons parler ici se sont déroulés en l’espace de six jours. Une simultanéité qui exclue d’emblée l’hypothèse du banal concours de circonstances, de lapsus malheureux ou de propos un peu trop enflammés.

Les faits, donc.

– Mardi 6 novembre, à l’Assemblée nationale, un débat sur une loi concernant l’agriculture. La majorité est minoritaire dans l’hémicycle, lequel est désespérément vide, comme souvent. Le débat est fini, on va passer au vote. Le président du groupe écolo à l’Assemblée demande, accusant au passage ses opposants de l’opposition de refuser le débat, une suspension de séance, que le président de l’assemblée lui accorde. Au retour de cette suspension, les députés de la majorités qui étaient absents lors du débat reviennent en nombre, et votent.

Sans avoir donc écouté les arguments de la partie adverse, justement ce qui était reproché à l’opposition, et en bafouant une tradition de l’Assemblée qui consiste à ne pas séparer le débat du vote qui s’ensuit. Logique : on vote ainsi en ayant entendu les arguments du camp opposé, qui représente lui aussi le peuple français.

– Le même jour, Audrey Pulvar, femme de, écrit dans les Inrocks, journal dont on a abondamment rappelé lors de la nomination d’icelle qu’il était culturel et non politique, un édito édito éminemment politique, où elle accuse les opposants au mariage des homosexuels – et même ceux de son propre camp – d’être coupables d’une « hideuse curiosité », de manquer d’honnêteté, de ne pas être « à l’aise avec l’homosexualité »…

En gros, quiconque n’est que modérément pour le mariage des homosexuels serait un homophobe honteux et lâche.

– Quatre jours après, à Lille, des élus de gauche ont célébré un mariage homosexuel symbolique, en présence d’une sénatrice et de représentants de Martine Aubry, maire de Lille et figure majeure du Parti socialiste. Mariage qui va donc, pour le moment encore, à l’encontre de la loi. Certes, il n’était que « symbolique », mais un symbole n’est pas anodin, jamais. C’est d’ailleurs sa raison d’être.

– Enfin, le lendemain de cette mascarade, Olivier Picard, écrivait sur le Plus du Nouvel Obs’ un article intitulé « Mariage pour les couples homosexuels : François Hollande a trop attendu », où il explique que, même si « C’est un peu douloureux à écrire pour le démocrate absolu que je suis mais c’est une vérité: la recherche de la majorité d’opinion la plus large sur des questions de société aussi passionnelles que le mariage ou le droit de vote des immigrés est vaine, et le débat inutile, sinon contre-productif ».

Quatre événements quasi-simultanés. Que nous apprennent-ils ? Qu’à gauche, on magouille les traditions de l’Assemblée pour voter une loi sans avoir auparavant entendu ce que le peuple – via ses représentants – avait à en dire ; qu’on insulte ses opposants, qu’on réduit leurs arguments, pourtant rationnels et réfléchis, à des peurs irraisonnées ; qu’on prend de l’avance sur un débat en considérant que de toute façon sa conclusion est déjà connue, et en faisant semblant d’ignorer que, même si c’était le cas, une loi n’est pas valable avant que d’être votée ; et enfin qu’on considère très ouvertement que le débat est contre-productif, qu’il vaut bien mieux faire les choses en force, « en forçant la main, au besoin, de la représentation nationale ».

Le dictionnaire de l’Internaute.fr nous rappelle que la démocratie est le « Régime politique dans lequel le peuple exerce la souveraineté ».

Et sur Wikipédian, on peut aller plus loin et apprendre que « Claude Lefort, qui définit la démocratie par opposition au totalitarisme, défend l’idée que le régime démocratique est celui de l’incertitude et de l’indétermination, et à ce titre, le régime qui se « caractérise essentiellement par la fécondité du conflit ». »

Selon Paul Ricoeur, toujours sur Wikipédia, « Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt, et qui se fixe comme modalité d’associer à parts égales chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vu d’arriver à un arbitrage ».

J’aimerais bien avoir l’avis de ces deux hommes sur cette semaine que nous venons de vivre…

*Je parlais de « résistance » ici, avec un lyrisme un peu exagéré, certes, mais je ne retire rien sur le fond…
 
*Un autre exemple de ce si beau sens du dialogue et du respect de l’autre nous est analysé par l’ami Henry le Barde.
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