Étiquettes

, , , , ,

Chers amis, aujourd’hui je vous propose un gros coup de gueule. Parce que merde, quoi.

Hier, sur ma page d’accueil Facebook, une vidéo a été postée par plus de 30 de mes amis en l’espace de quelques heures. Et ça continue aujourd’hui. La voici. Âmes sensibles, abstenez-vous.

Et là, je hurle : BWAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRR. Ceci est un hurlement de rage et d’incompréhension mêlées, où perce néanmoins un bon gros paquet de haine. En effet, ce n’est pas très catho-style, tout ça, mais tant pis. J’ai ensuite passé la journée à tenter d’expliquer pourquoi ce hurlement, avec plus ou moins de succès. Ce qui m’importait assez peu jusqu’à ce que ma femme elle-même me dise : « Si tu ne supportes pas ça, c’est uniquement parce que tu as une tolérance à la musique de merde assez limitée ». (Elle a cependant nuancé son avis après que je lui eus exposé le mien.) Ce qui est vrai, certes, mais n’est qu’un tout petit aspect du sujet.

Parce que le problème n’est pas simplement que cette musique soit merdique. Si certains avaient besoin que je le prouve, je les renvoie à cet article, et aux commentaires qui le suivent, qui sont intéressants. Ce n’est pas non plus uniquement une question d’image : on m’a souvent rétorqué – et c’est le cas à chacune des vidéos du genre, lip-dubs et autres flashmobs – que « C’est cool, ça donne une image vivante des cathos ». Personnellement, j’en doute. Déjà parce que les cathos, ne vous en déplaise, ne sont pas tous des petits parigots qui dansent le rock sur du rap pourri en polo Vicomte Arthur et en foulard Hermes dans la cour d’un château (oui, je sais, c’est dur à imaginer, mais c’est vrai : venez à la messe chez moi, vous verrez), et ensuite parce que justement mon expérience (50% de mes 1600 amis Facebook sont des métalleux, donc pas forcément très catho-friendly) prouve que c’est souvent le contraire : ces vidéos ne font le plus souvent que confirmer que les cathos sont des coincés qui essaient de faire croire qu’ils ne le sont pas. Pas sûr que ce soit l’objectif, ni même que ce soit positif. Et puis si avoir « une image » vivante vous satisfait, c’est que vous êtes déjà mort…

csd

A moins que vous cultiviez, comme ce magasin de par chez moi, l’art d’avoir l’air, plutôt que l’art d’être… C’est un choix.

Mais il y a plus grave.

Tout d’abord, était-il nécessaire de mettre en scène la Vierge, des moines, un prêtre, dans une parodie d’un des clip les plus médiocres du moment ? Est-il judicieux de se trémousser en rythme dans le chœur d’une abbatiale ou avec un col romain, de se signer en chantant « This is catho-style », de faire le signe de croix avec un verre de Coca ou de faire chanter « A-A-Amen » à un poisson ? Sans aller jusqu’à crier au blasphème, je m’interroge assez sérieusement tout de même…

Ceci est un saut de ligne, que je ne peux pas faire autrement sur WordPress…

Je me pose ensuite la question de la pertinence du choix du morceau. Certes, c’est LE morceau de cette fin d’année, et donc celui qui est le plus à même de « créer le buzz », comme on dit. Certes, mais c’est justement exactement ce qui me gène : cette omniprésence absolue me semble complètement mortifère pour la liberté de chacun. Prenons un exemple au hasard : moi. J’ai refusé d’écouter cette chanson et de regarder ce clip pendant un long moment : c’est de la merde, tout le monde en parle, il est impossible de ne pas connaître ? Eh bien si : c’est possible, parce que je suis libre, et je ne regarderai pas ce truc simplement « parce que tout le monde en parle et qu’il faut que tu l’entendes au moins une fois tu vas voir c’est trop drôle ». Je regarde ce que je veux, j’écoute la musique que je veux, c’est mon choix. Or, même une fois ce choix ferme posé, je n’ai pas pu faire autrement que de connaître cette daube. Au hasard d’une émission un peu moins conne que les autres, elle a été choisie pour faire danser un couple, qui a repris le pas du cheval ; dans la rue, j’ai entendu une bande de gamin le chanter, l’un d’eux faisant cette danse ridicule ; au hasard d’une page d’un journal d’actualité, je suis tombé sur une vidéo où plusieurs milliers de personnes dansaient sur le Trocadéro ; et finalement, je la connais, et j’ai même fini par apercevoir le clip au détour d’un déjeuner au restaurant avec un (ex-)collègue.

Où est la liberté de chacun dans tout ça ? Pour tenir ma résolution, aurais-je dû vivre cloitré chez moi le temps que ce morceau ne soit plus sur toutes les lèvres ? Encore une fois, je me sens violé dans ma liberté. Et je regrette que ce soit en partie à cause de cathos.

Être chrétien, c’est être libre. Où est la liberté dans ce choix de reprendre ce morceau en particulier ? Et où est le respect de la liberté de chacun des destinataires éventuels de cette vidéo de ne pas écouter ce qu’on nous oblige à écouter ?

Ceci est un deuxième saut de ligne.

L’argument le plus courant en faveur de ce genre de vidéos est celui-ci : « Ça prouve que les cathos sont des gens comme tout le monde ». Je n’ai rien à redire : je suis d’accord. C’est même exactement ce qui me chagrine. Faut-il encore une fois rappeler que nous sommes censés être « dans le monde, mais pas du monde » ? Or, comment ne pas être du monde en luttant perpétuellement avec les armes du monde ? Comment prétendre proposer autre chose au monde en passant notre temps à tomber dans les travers du monde ? Cette vidéo et cette chanson sont des daubes, et en plus des daubes qui nuisent à la liberté : pourquoi précisément choisir ce que le monde propose de plus fade, alors que nous devrions être le sel de la terre ? Pourquoi vouloir en permanence prouver qu’on est « branchés », si c’est sur ce monde qui n’a plus aucun énergie ? Pourquoi vouloir avoir l’air « cool » alors que nous suivons quelqu’un qui n’a pas venu apporter la coolitude mais la guerre (« l’épée ») et la division ?

En reprenant précisément cette chanson, ces jeunes catholiques crient au monde qu’il a déjà gagné. De même que le FN, en parlant sans arrêt de « racisme anti-blanc » ou « anti-français« , crie au monde qu’il a gagné, puisqu’on ne peut plus lutter contre lui qu’en utilisant ses critères de valeur, qu’en donnant aux mots le sens – faussé – que lui leur donne. Et de même que certains manifestants, en s’acharnant à rendre leur combat « festif », crient au monde qu’ils ont déjà perdu. Muray en parle bien mieux que moi.

Ceci est un troisième saut de ligne. Et normalement c’est le dernier…

Refusons les armes du monde, refusons de placer le combat sur le terrain que le monde a choisi : c’est déjà lui donner la victoire. Refusons de faire allégeance à la médiocrité, à la laideur, à la bêtise, et préférons-leur la beauté, la vérité, la raison, la grandeur. Ce n’est qu’ainsi que nous montrerons que nous sommes vivants, d’une vie qui n’est pas que le dernier soubresaut d’un cadavre qui s’ignore.

Le moment est tout choisi, à l’approche de Noël, de célébrer la vraie vie !

* Eh non, à l’époque, c’était la construction européenne qui luttait contre l’hégémonie de la connerie. Enfin, dans le titre. Parce que dans le texte, ça parlait de tout autre chose…
Publicités