Étiquettes

, , , ,

À l’occasion des obsèques des deux policiers tués sur le périph’ par des ordures criminelles chauffards, monsieur Ayrault a déclaré aux policiers : « Ceux qui s’attaquent à vous s’attaquent à l’État ». Une déclaration forte qui rappelle celle de monsieur Valls suite à la profanation de la mosquée de Limoges : « S’attaquer à une religion, c’est s’attaquer à la République ».

Notons, rapidement parce que ce n’est pas l’objet de cet article, qu’il n’en a rien fait suite à l’action des Femen à Notre-Dame. Comme quoi, quand il dit « une religion », il pense bien « UNE religion ». Ce qui prouve qu’il connait le sens des mots.

Jouons donc un peu avec lui et avec les mots : d’un côté « l’État » ; de l’autre « la République ».

Pour mémoire :

– la république est un système politique dans lequel la souveraineté appartient au peuple qui exerce le pouvoir politique directement ou par l’intermédiaire de représentants élus.

– l’Etat désigne la personne morale de droit public qui, sur le plan juridique, représente une collectivité, un peuple ou une nation, à l’intérieur ou à l’extérieur d’un territoire déterminé sur lequel elle exerce le pouvoir suprême, la souveraineté. (Source : http://www.toupie.org)

Comme vous êtes des gens intelligents, vous avez déjà compris : l’un des deux termes est beaucoup moins fort que l’autre. L’État, ce n’est qu’une organisation pratique, un rassemblement de personnes censées être au service de la société toute entière. C’est une personne, morale certes mais une personne. Au contraire, la République est une idée, une vision. La République n’est pas une personne, ni même la somme de plusieurs personnes. Elle est au-dessus de l’État, c’est elle qui définit l’existence de l’État.

L’État n’est pas un absolu : en République, on peut s’opposer à l’État, quand on considère qu’il ne représente plus le peuple qui lui donne sa légitimité, et lui délègue une partie de son pouvoir. Par exemple, pour rebondir sur l’article précédent, on pourra décider de ne plus payer nos contraventions tant que l’État ne jouera pas son rôle de protection des citoyens, rôle que nous lui avons confié. Au contraire, la République est en elle-même son propre absolu : un système ne peut pas prévoir et encadrer sa propre fin.

Donc.

Quand un ministre dit de quelqu’un qu’il s’attaque à la République, il dit que cette attaque est gravissime puisqu’elle porte atteinte au système lui-même, à ce que régit la vie de la société. Et donc qu’elle porte atteinte à la société elle-même.

Et quand un ministre dit de quelqu’un qu’il s’attaque à l’État, il dit que cette attaque est grave, certes, mais qu’elle ne touche après tout que l’organisation de ce système, pas le système lui-même

Ce que nous disent donc nos chers ministres, c’est que s’attaquer à une mosquée est infiniment plus grave que de s’attaquer à des policiers.

Alors qu’au contraire, s’attaquer à des policiers, c’est s’attaquer au représentants de l’ordre, ordre que chacun de nous a confié à l’État et qu’il devrait donc, logiquement, s’attacher à défendre plus que tout. C’est donc s’attaquer à la société elle-même. Tandis que s’attaquer à une mosquée (ou même à une église ou à une synagogue), c’est s’attaquer aux croyances d’une partie de la société, pas à la société toute entière.

Ainsi, selon les gens qui nous gouvernent, s’attaquer aux parties est plus grave que s’attaquer au tout. Et barbouiller un mur d’excréments ou y déployer une banderole est plus grave que de rouler sur des gens en 4X4.

——

J’en conclus que, si on veut vraiment leur faire très mal, on sera bien inspiré de s’en prendre directement aux parties. Les leurs, bien entendu.

Publicités