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« Qu’est-ce que vous venez nous emmerder, de toute façon vous êtes pas concernés alors foutez-nous la paix ! » Ah, qu’est-ce qu’on a pu l’entendre, cet argument, venant de partisans du « mariage » pour tous… Et pourtant, si, nous sommes terriblement concernés. Je crois avoir déjà parlé de la difficulté que peuvent avoir un homme et une femme à s’accorder, à se comprendre. En fait je ne le crois pas, j’en suis sûr : c’était ici. Et depuis cet article, je me suis marié, et j’en ai tiré des dizaines d’autres exemples, qui prouvent à l’évidence qu’on est pas foutus pareil. Cette évidence me saute à la figure environ trois fois par jour, en même temps qu’une incompréhension totale des mécanismes qui ont pu par exemple pousser ma femme à répondre « Je suis allé chercher le courrier tout-à-l’heure » à ma question « Où sont les clés de l’appartement ? »

Et pourtant, dans sa tête, c’est logique et implacable. Mais pour moi, c’est une réponse qui n’a rien à foutre là. Et ça arrive environ deux fois par semaine, ce genre de choses. Et le plus drôle, dans l’histoire, c’est que cette scène, je l’ai vue un nombre incalculable de fois se dérouler… entre mes parents. Heureusement : ça me permet aujourd’hui de ne pas (trop) penser que ma femme est vraiment pas normale.

C’est là que nous en revenons au sujet : imaginons un instant que ma fille (que je n’ai pas encore) nous présente un jour un sémillant jeune homme, qui immédiatement, le bougre, me demande sa main, à elle, ma fille. Passé le premier choc (celui de ma main sur sa gueule : on ne touche pas à ma fille. Non mais oh !), voilà-t-y pas que la fille en question me prend à part et m’annonce, avec tact et délicatesse (ah, ça c’est bien ma fille, tiens : tout le portrait de son père), qu’il me faudra rester calme et serein au moment de rencontrer les pères de son promis…

Et là, forcément, la question que je me poserai sera la suivante : ce sémillant jeune homme sera-t-il capable d’entendre ce genre de réponses absurdes sans se dire que ma fille est définitivement une grande malade et qu’il ferait mieux d’aller voir ailleurs ? Ce qui n’est jamais bon pour le moral de la fille en question… Certes, vous me direz qu’avoir deux pères n’empêche pas de connaître des femmes. C’est sûr, mais aucune amie, tante (sans jeu de mots s’il-vous-plait), voisine, grand-mère ne peut remplacer le repère fondamental qu’est une mère. D’autant moins que le lien entre les pères et les femmes sus-dites ne sera évidemment jamais le même qu’entre un père et une mère.

Et le raisonnement est évidemment valable dans toutes les configurations : ma fille ou mon fils, et deux beaux-pères ou deux belles-mères (horreur)…

Lutter contre le « mariage » pour tous, c’est, en quelque sorte, déjà lutter pour le bonheur de nos enfants, même si ceux-ci n’existent même pas encore. Et donc si : nous sommes concernés, au moins autant que vous. Parce que qui s’attaque au bonheur de mes enfants s’attaque à moi, directement.

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C’est sûrement une question débile, mais comment se fait-il qu’à notre époque, où on supprime un enfant avant sa naissance sous le noble prétexte de « lui éviter une vie de malheur et de souffrances » dès qu’il souffre d’un doigt de pied de travers ou d’un chromosome en trop, on milite parallèlement pour en priver d’autres du plus élémentaire des bonheurs et de la plus simple des égalité, celle d’avoir un père et une mère ?

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