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Maintenant que j’ai raconté les faits, voici ce que j’ai retiré de cette manif (en plus d’une certaine aversion pour les lacrymos).

I] Bilan de la Manif pour tous

– Ce fut incontestablement un succès, un très beau succès : nous étions nombreux à craindre le flop, nous nous étions manifestement trompés. Qu’importe le vrai chiffre, qu’importe que nous ayons été plus nombreux cette fois-ci ou non : les gens se sont mobilisés une deuxième fois, malgré le coût de l’opération (argent, temps, fatigue, organisation), malgré les annonces décourageantes du camp d’en face, malgré aussi les craintes de certains de se retrouver à nouveau dans une kermesse plus que dans une manif.

– Ce fut aussi un succès justement sur ce dernier point : la manif du 24 ne ressemblait pas du tout à celle du 13 janvier. Le ton avait été donné avec les panneaux créés pour l’occasion, plus durs, plus directs, plus agressifs dans le dessin ; le reste a été du même tonneau. En organisant une manif statique, LMPT a pu réduire le temps de présence des manifestants et donc rentabiliser ce temps en proposant des interventions d’une grande qualité et d’une grande diversité. Avec une mention spéciale pour notre camarade du Front de gauche, qui n’a pas reçu les acclamations qu’il méritait. Qu’il soit ici remercié un million quatre cent mille fois !

– Quoi qu’en disent certains, cette manif était aussi bien organisée que possible. Rappelons que le lieu a été décidé moins d’une semaine avant l’événement, et que ce n’était pas complètement la faute de LMPT. Et en une semaine, ils sont parvenus à éviter les gros débordements que mon expérience sur l’avenue Charles de Gaulle laissait craindre. Et les quelques débordements qui ont eu lieu (je parle des premiers rangs de la manif officielle, pas de ce qui s’est passé sur les Champs. Ce sera un autre chapitre) n’ont eu lieu que parce que le périmètre qui nous avait été accordé était évidemment ridiculement petit. Une foule, c’est comme de l’eau : ce n’est pas compressible à volonté, et au bout d’un moment ça doit bien déborder quelque part. Dans ce cadre, le gazage était injustifié, et le ministre de l’Intérieur est responsable, directement, de ces débordements.

– Quant au chiffre annoncé par la police, il était ce qu’on savait déjà qu’il serait. Pas de grande surprise. Et en accentuant le ras-le-bol des manifestants, il a une grande part dans ce qui s’est passé ensuite, après 18 heures.

II] Bilan de l’action sur les Champs

– Précisons pour commencer que je ne tire aucune fierté d’avoir été embarqué, et que je ne me crois nullement héroïque : je savais très bien en arrivant sur les Champs, et nous le savions tous je crois, que nous ne risquions rien de plus que des lacrymos, quelques bosses et une heure ou deux au poste. J’ai trouvé cette soirée très amusante et très instructive, c’est tout.

– Rappelons ensuite que l’action sur les Champs a été, pour la majorité des gens qui s’y sont retrouvés, spontanée. Si certains avaient prévu d’y aller depuis quelques jours, peu avaient organisé quoi que ce soit, et ils ont été rejoints suite au bruit qui courrait qu’il se passait quelque chose. Prétendre que nous étions uniquement des Identitaires en mal de castagne est donc faux. Il y en avait, bien sûr, mais ils étaient loin d’être en majorité.

– Que prouve ce mouvement ? Que le ras-le-bol a franchi un cap. Ça a été très palpable dans les rangs de LMPT quand le chiffre de 300 000 a circulé : ça a été comme un grand soupir poussé par un million de personnes et deux millions de poings serrés sur rien. Et ça a été l’humiliation de trop. Se lever à 5 heures du matin, se taper des heures de bus, rester debout plusieurs heures, pour beaucoup sans rien voir ni entendre (pensons aux deux avenues ouvertes en cours de manif, qui n’ont RIEN vu), en plus pour les catholiques un dimanche des Rameaux, tout ça pour s’entendre dire que « Non non, on n’a vu personne », avant de repartir pour plusieurs heures de bus avec les enfants qui commencent à en avoir marre, c’était trop, et beaucoup me disent maintenant qu’ils viendront la prochaine fois sans femme ni enfant.

Alors peut-être serons-nous cette fois vraiment 300 000, mais 300 000 qui resterons sur place après la fin de la manif. 300 000 qui ferons ce que nous avons fait à quelques centaines, qui chanterons La Marseillaise entre La Madelon et Aux Champs-Élysées, qui nous allongerons devant les CRS, qui continuerons à chanter dans le fourgon de la police, et qui, une fois relâchés, ne rentrerons pas chez nous, cette fois.

– Entendons-nous bien : je ne me réjouis pas d’en être arrivé là. Comme quasiment tout le monde, j’aurais préféré ne pas avoir à revenir dimanche, j’aurais aimé qu’on nous entende et qu’on ouvre le débat après le 13 janvier, qu’on reconnaisse que nous aussi avons le droit de donner notre avis. Puis je suis revenu, en espérant n’avoir pas à utiliser le sac de couchage que j’avais pris avec moi. Je n’y croyais pas, mais j’espérais, quand même, qu’on nous entende, qu’on reconnaisse notre mobilisation et qu’on agisse en conséquence. Nous avons essayé de nous faire entendre de façon légale. Que dis-je ? Nous avons réussi, mieux que personne avant nous : deux manifestations pour un nombre total dépassant les 2 millions, des standards téléphoniques saturés par nos appels, des courriers envoyés par milliers, et 700 000 pétitions en quelques semaines.

Et on nous a toujours craché au visage. Alors maintenant, ce n’est plus seulement contre cette loi que je me lève, c’est contre ce gouvernement.

III] Et maintenant, que vais-je faire ?

– En effet, aller affronter les CRS à propos du mariage pour tous serait absurde et disproportionné. Mais ce n’est plus que contre ça que nous devons lutter aujourd’hui. C’est contre un gouvernement qui fait chaque jour un pas de plus vers le fascisme. Un gouvernement qui méprise son peuple, ce peuple dont il tire son pouvoir et sa légitimité. Ce peuple dont il a choisi de ne plus défendre les intérêts.

C’est pourquoi je crois qu’il va falloir retourner dans la rue, non plus uniquement contre le mariage pour tous, mais contre Hollande et son gouvernement. Il va falloir y aller, en sachant que nous nous retrouverons encore face aux CRS, et qu’à chaque fois qu’ils nous trouveront devant eux, ils seront plus violents, ils frapperont plus, ils nous garderont plus longtemps. Dimanche soir, c’était un amuse-gueule, un aperçu sans risque de ce que nous allons devoir faire maintenant.

– Ce combat, il se fera probablement sans LMPT, et c’est très bien. LMPT doit rester un mouvement légal et autorisé, qui a ses entrées (relatives, certes) dans la Presse et à la télé. Nous avons besoin de LMPT pour continuer le combat légalement, tant que c’est encore possible (parce qu’ils ne faut pas rêver : ils continueront à se prendre les portes dans la figure, quoi qu’ils fassent). Nous ne devons pas non plus oublier que sans LMPT nous serions tous restés chez nous le 13 janvier et le 24 mars.

Mais maintenant, nous devons aller plus loin. Ce qui ne nous empêche pas de continuer à participer aux événements lancés par LMPT (comme cet accueil de Hollande demain avant son intervention télévisée), parce qu’ils restent un moyen de nous montrer, de montrer que nous existons. Plus ces événements seront importants, plus le mépris de nos dirigeants sera visible, et plus nous pourrons justifier nos actions illégales par ce mépris.

– Concrètement ? Je pense qu’il faut aller occuper, régulièrement, un endroit symbolique de Paris, et n’en partir que poussés par les CRS.

Nous devons empêcher le gouvernement de noyer nos événements sous un flot d’annonces en tout genre. Si nous agissons régulièrement, dans des lieux où nous serons vus d’un maximum de gens et où la presse ne pourra pas nous ignorer, alors ils ne le pourront plus.

Nous devons apprendre les techniques qui nous permettront de résister plus longtemps, d’être plus efficaces, d’être plus insaisissables.

Nous devons apprendre à utiliser les images de ces actions de la façon la plus efficace possible, comme savent le faire les Femen, par exemple.

Nous devons prendre la rue.

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