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Ce matin, avec quelques amis, nous avons réveillé Chantal Jouanno, sénatrice centriste, pour lui proposer de discuter autour d’un petit-déjeuner de l’opportunité de changer d’avis et de finalement voter contre le projet de loi sur le « mariage » pour tous, qui est discuté au Sénat à partir d’aujourd’hui.

Une opération qui s’est déroulée sans accroc et donc vous pouvez (devez, même) lire le compte rendu en cliquant ici.
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Les faits étant maintenant connus de tous, je vais me contenter de quelques remarques.

La première est que cette opération prouve deux choses : d’abord qu’il est possible de mobiliser entre 50 et 70 personnes un jeudi matin à 5h45 (heure du RDV) pour une opération dont la plupart n’avait aucune idée du contenu, alors même que la journée est déjà bien remplie : pic-nique au Luxembourg toute la journée (qui dure d’ailleurs depuis plus d’une semaine, dans un silence assez général de la presse) puis manifestation devant le Sénat ce soir (manifestation dont la presse parle moins que de l’appel à la prière lancé par Civitas, qui réunira trois pauvres clampins… Vous savez ce que j’en pense, je n’en dis donc pas plus) ; ensuite qu’il est possible d’agir efficacement (l’action a été relayée par un paquet de journaux) sans aucune violence, et même de façon plutôt bon enfant et sympathique.

Deux constats encourageants pour la suite.

Que conclure d’autre ? Commençons par le début : à peine la table du petit-déjeuner était-elle dressée sous le porche de l’immeuble de Chantal Jouanno que les policiers arrivaient, en nombre, pour nous empêcher de repartir. Il semblerait qu’ils étaient en poste vers Nation, n’attendant que de savoir quel était le but de notre opération pour agir. De fait, ils ne savaient pas où nous allions. La plupart d’entre nous non plus, d’ailleurs. Et cette incertitude a joué en notre faveur : hier, certains commençaient à faire des suppositions diverses et variées à partir du lieu de rendez-vous. Manifestement, le pouvoir a fait pareil et a gambergé sur nos objectifs. C’est très bien, ça leur donne l’occasion de se chauffer le neurone.

Une fois sur place, les policiers nous ont bloqués sous le porche, nous empêchant d’obéir au mot d’ordre de Béatrice Bourge, présente avec nous sur place : l’action terminée (un texte a été lu devant les caméras), et sans réponse de Chantal Jouannot, nous n’avions plus qu’à rentrer chez nous, laissant les voisins finir de se réveiller en paix. Seul problème : les policiers ont affirmé à plusieurs reprises « attendre les ordres ». Ce qui signifie qu’ils n’avaient pas le droit de nous empêcher de circuler, et qu’ils le faisaient donc sur ordre, un ordre non adapté à la situation (sinon ils n’auraient pas affirmé en attendre d’autres) qui prouve là encore qu’on commence à s’inquiéter en haut lieu.

Le Rouge et le Noir omet ce « détail » : une demi-douzaine de manifestants sont parvenus à contourner le dispositif pourtant serré, sans aucune violence, sans même se confronter directement aux agents présents. Ce n’est pas anodin : ça montre assez bien je crois que si le pouvoir a peur de nous, les policiers, eux, n’imaginaient pas une seule seconde que nous chercherions à leur fausser compagnie. Je me suis même laissé dire (puisque je faisais partie des évadés, la suite des événements m’a été racontée par une personne en qui j’ai toute confiance) qu’ils ont par la suite laissé une jeune fille faire un aller-retour dans un bar situé non loin de là pour aller aux toilettes. Elle en est évidemment revenue aussitôt, alors qu’il lui aurait été facile d’en profiter pour rentrer chez elle, au chaud. Elle ne l’a pas fait, et les policiers savaient qu’elle ne le ferait pas. Il me semble qu’une telle confiance n’est pas monnaie courante dans d’autres types de manifestations…

De plus, l’ambiance a semble-t-il été très détendue tout le long. Quand j’y étais encore, je peux témoigner que la confrontation s’est limitée à quelques chansons à boire et à une tentative de passage en force à coups de bouquet de fleur (celui que Jouanno n’a pas daigné recevoir), et quand je n’y étais plus, l’ambiance a apparemment franchi un nouveau cap dans l’horreur et la haine, allant jusqu’à la discussion amicale avec les CRS. On prétend même que des blagues furent échangées.

Quelques phrases de CRS et policiers : « Votre fourgon est avancé, vous pouvez y aller », « Allez discuter avec l’autre [en désignant un CRS posté à la porte par laquelle certains c’étaient échappés], il ne sait pas trop où il en est en ce moment niveau mariage », « Faites d’autres petit-déjeuners si vous voulez, mais plutôt après huit heure : ça sera au tour de l’équipe de jour de s’occuper de vous », « Faites attention à ne pas vous faire choper à nouveau trop vite, on devra vous garder plus longtemps », « De toute façon, depuis que Hollande est là, on ne peut plus rien dire, on ne peut plus rien faire », [à Béatrice Bourges, qui avait demandé à aller aux toilettes la première en raison de son âge « avancé »] « Mais non, vous ne faites pas si vieille ! », et en réponse aux jeunes délinquants qui le charriaient : « Dans ce monde de brutes, il faut faire des compliments quand ils sont justifiés ». Venant d’un mastoc en cuirasse, l’expression « monde de brute » était savoureuse.

Nous sommes donc dans un contexte relativement détendu : les gendarmes et policiers, dans leur immense majorité, semblent se demander pourquoi on les envoie emmerder des jeunes gens sympas, polis, souriants, plutôt que de lutter contre les vrais délinquants.

En revanche, un détail qui a son importance : lors du contrôle d’identité, cette fois-ci, chacun des interpelés a dû donner non seulement ses nom, prénom et adresse, mais aussi le nom de ses parents et son numéro de téléphone… Le 24, après avoir été embarqué sur les Champs, je n’avais rien donné de plus que ce qu’il y a sur ma carte d’identité. Pourquoi ces infos supplémentaires ? Sans tomber dans la parano, on peut penser qu’ils cherchent à faire un organigramme plus précis des forces en présence. Peut-être même installer quelques écoutes sur nos portables ? Je n’en sais rien. Quoi qu’il en soit, il est évident qu’ils n’ont pas demandé ces informations de leur propre chef : ça aurait été complètement contradictoire avec leur attitude générale tout au long de la matinée. Ils ont donc, là aussi, des ordres qui vont dans le sens de plus de répression. Pour le moment, c’est encore très très très soft, mais à l’avenir, qu’en sera-t-il ? À quoi ces renseignements serviront-ils ?

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En conclusion et pour la faire courte, cette opération est un succès qui doit nous encourager à continuer dans cette voie : actions pacifiques et bon-enfant, presse informée, secret sur les détails jusqu’au dernier moment. Depuis cette action, deux sénateurs ont annoncé avoir changé d’avis en notre faveur. On ne peut affirmer que c’est directement lié, mais on aimera à penser que ce n’est pas complètement indépendant non plus.

Quant aux forces de l’ordre, elles obéissent manifestement à contrecœur à des ordres de plus en plus injustes. À nous de savoir les garder de notre côté pour que, le moment venu (s’il vient), ils puissent décider de désobéir pour nous suivre. Ce qui n’est possible qu’en demeurant clairement non-violents vis-à-vis d’eux. C’est à mon avis le point le plus important.

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Et en aparté, je signalerai aussi le fait que quelques-uns d’entre nous sont arrivés en retard au boulot ce matin, en raison de cette manifestation. Pour certains, c’était problématique, mais deux m’ont dit que leur patron leur avait donné carte blanche pour ce genre d’actions, proposant par exemple de faire passer ces retards sous d’autres motifs pour ne pas pénaliser leur employé. Il me semble que ça peut être, pour un chef d’entreprise qui aimerait s’engager dans l’action mais ne le peut pas (famille à nourrir, boite à faire tourner, réputation à conserver), une bonne façon de s’engager malgré tout dans cette lutte… Nous, jeunes, avons aussi besoin du soutien de nos aînés, sous quelque forme que ce soit.

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