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J’ai appris la nouvelle par un texto : « Tu as des nouvelles de Samuel Lafont ? Il se serait fait agresser au couteau… » Moi qui avait prévu de me déconnecter pour la journée, je file sur mon ordi, sur Facebook et Twitter. Et en effet : agression au couteau ce matin, à Odéon. Hôpital, opération prévue dans l’après-midi, grave mais pas mort d’homme, ouf.

J’avoue : moi aussi, comme beaucoup, j’ai immédiatement pensé à quelques LGBT qui lui seraient tombés dessus pour lui faire payer son engagement contre le « mariage » pour tous. Puis j’ai repensé à mon précédent texte, et je me suis dit « Prudence, ne parle pas trop vite, tu ne sais rien ». Pour le moment, il semble que j’ai eu raison : l’agression, d’après les premiers témoignages d’amis de Samuel qui étaient avec lui à ce moment-là, n’est, selon la formule désormais consacrée par nos journaleux, « qu’un racket qui a mal tourné ». Je ne sais pas si c’est mieux ou pire, mais ça nous permet d’éviter de faire monter la mayonnaise, en évitant d’imputer aux LGBT la responsabilité de l’agression.

Ainsi, nous nous montrerons plus intelligents qu’eux, qui continuent à parler de l’agression du WE dernier comme d’une « agression homophobe » alors même qu’on n’a toujours aucune preuve de rien, tout en nous accusant d’instrumentaliser la souffrance de Samuel.

homophobe ?[Edit : cette personne et moi nous sommes mal compris, et elle a apporté de nombreuses nuances au tweet que je rapporte ici, et qui n’est donc plus adapté à mon propos. Ceci dit, d’autres disaient la même chose, sans la moindre nuance apportée ensuite. Donc le fond reste juste.]

La presse elle-même continue de l’affirmer, avec pour seule preuve la déclaration de la victime. C’est léger, comme preuve. Remarquons au passage que beaucoup d’homosexuels ne semblent pas y croire : le long de la manif d’hier (vendredi) soir, on a pu voir quelques paires homosexuelles s’embrasser goulument sur les trottoirs. Et après la dispersion, ces deux jeunes hommes qui se sont mis la main aux fesses avec ostentation en nous voyant savaient clairement d’où nous venions. Sauf à considérer que ces gens aient plus le goût du martyre que les autres, on peut raisonnablement émettre l’hypothèse qu’ils savent très bien qu’ils ne risquent rien de nous.

Cependant, le fait que cette agression ne soit apparemment pas le fait des LGBT ne doit pas nous empêcher de remarquer deux choses :

1. Il semble tout d’abord qu’il soit autorisé aujourd’hui, même par nos amis gauchistes d’habitude si prompts à hurler au fascisme, de désigner des coupables présumés par leur appartenance ethnique.

dcs

sdc

cds

Celui-ci est particulièrement savoureux : ce monsieur, pour dire que ce ne sont pas des LGBT, répand ce qui n’est pour le moment rien d’autre… qu’une rumeur. Raciste, en plus. [Edit : en fait, c’étaient des Brésiliens. Pas de bol, bravo chers amis gauchistes pour l’amalgame foireux.]

2. Si les LGBT et leurs sympathisants ne sont pas les agresseurs, il s’en trouve tout de même un certain nombre pour se réjouir de cette agression, en des termes d’une violence hallucinante :

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cde

Militer politiquement mérite donc, en France, de se prendre des coups de couteau. Il n’y aurait pas comme une légère disproportion ?

cde

Celui-ci est gentil, il ne se réjouit pas. Mais il envoie quand même son mépris à la gueule d’un homme à terre. C’est noble et chevaleresque, tout ça.

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c

Voilà un sympathique défenseur de la tolérance, de la laïcité et de la lutte contre les amalgames foireux. Et tout son profil est comme ça.

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Et le « meilleur » pour la fin…

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Alors s’il convient surtout de ne pas imputer l’agression elle-même à ces gens-là, il me semble qu’en revanche leur haine et leur absence totale de compassion est elle totalement attaquable. Il est évident que je garde ces photos à disposition de Samuel, s’il décidait de porter plainte contre ces propos ignobles, et tous les autres.

Ce soir, une marche était organisée pour soutenir Samuel. Parce que pour beaucoup d’entre nous il est devenu au fil des mois un ami, et parce que pour tous les autres il est un camarade.

Cette marche ne doit pas être vue comme une étape de plus dans la radicalisation de la lutte entre pro-MPT et anti-MPT, mais au contraire un appel à rejeter toute forme de violence, quels qu’en soient les motifs. La Manif pour tous avait demandé à pouvoir se rendre à la marche contre les violences homophobes organisée suite à l’agression de Wilfried le WE dernier (et ça avait été refusé par l’Inter-LGBT, qui continuait ainsi à nous compter parmi les coupables de l’agression), j’espère que certains opposants à la Manif pour tous en auront fait autant, parce que ce combat contre la violence doit nous réunir, au-delà des très graves divergences qui nous séparent aujourd’hui contre notre gré.

Enfin, pour conclure, cette affaire doit nous inciter encore plus à la prudence, en deux choses :

1. Prudence tout d’abord envers nous-même : nous devons à tout prix lutter contre la tentation de nous réjouir des malheurs qui arrivent à nos opposants. Autant la lutte des idées est violente, et le sera de plus en plus si ça continue, autant la violence envers les personnes ne doit jamais passer par nous. De même, nous devons toujours nous garder d’utiliser les mêmes méthodes que nous critiquons chez nos adversaires ; et ce même malgré le choc : il convient de le laisser passer avant de s’exprimer.

2. Prudence ensuite vis-à-vis des autres, de ceux-là qui arrivent à se réjouir de l’agression d’un homme : nous ne devons pas offrir à d’éventuels dingues de cible facile. Déplaçons-nous en groupe relativement consistants, surtout quand nous sommes reconnaissables (par nos sweat LMPT ou nos drapeaux, par exemple). Si être trois n’empêche manifestement pas de se faire agresser, ça rend les choses plus risquées, ne serait-ce que parce qu’il y a donc des témoins. Soyons prudents, veillons les uns sur les autres. Quand l’un de nous ne répond pas sur les réseaux sociaux, demandons des infos ; et à l’inverse, évitons de nous coucher de retour d’une action sans poster un dernier message qui montrera que nous sommes bien rentrés.

Et bien entendu, j’adresse ici encore une fois tous mes encouragements à Samuel et à ses amis qui l’accompagnaient lors de l’agression, qui s’en sont pris aussi pas mal dans la figure. Remettez-vous vite et comptez sur notre amitié et notre soutien à tous !

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