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Vous avez sûrement déjà vu cette vidéo : elle est l’œuvre du journaliste Pierre Barnérias, titulaire de la carte de presse depuis 24 ans. Elle rencontre un succès énorme parce qu’elle a immédiatement tourné dans nos réseaux de manifestants : nous y voyons un signe de plus que le gouvernement a peur de nous, et qu’il manipule la vérité pour nous écraser.

Ce que cette vidéo ne montre pas, et pour cause, c’est ce qu’elle a provoqué dans la vie du journaliste. Il répond à une interview du Figaro, rubrique télévision, dont voici une sélection :

« Pour être très franc, si c’était à refaire je m’en serais dispensé quand je vois les proportions que prennent cette affaire. J’ai perdu trois semaines et je n’ai rien à gagner, tout à perdre. »

« L’idée de départ était simplement de faire une vérification. Mon intention était juste de savoir si ces clichés étaient truqués ou pas. Je me foutais de savoir combien de personnes avaient manifesté et je n’ai strictement aucun lien avec les manifestants pro ou anti. Tous les laboratoires contactés ont relevé des retouches sur ces images extraites d’une vidéo aérienne. »

« J’ai rencontré les pilotes de la sécurité civile qui m’ont donné l’impression très vite d’avoir regretté de m’avoir ouvert la porte. Quand je les ai interrogés sur la manif du 24 mars, ils m’ont bien fait comprendre que je n’étais pas le bienvenu. »

« Quand j’ai vu que l’affaire était étouffée, je me suis dit « laisse tomber, c’est trop gros ». J’ai voulu me débarrasser de ce scoop en le refilant à France Info. Le seul film que j’ai réalisé sur cette histoire dure dix minutes, ce n’est pas un documentaire. Cette initiative était une simple parenthèse pour moi et je me suis retrouvé embringué dans un truc qui me dépasse alors qu’il n’y a pas plus rigoureux et honnête que moi. »

« Finalement, le plus important est là : je détiens une preuve irréfutable et formelle de ces retouches. La preuve scientifique existe. Et je suis scandalisé par l’attitude de certains journalistes dans ce dossier. Nous ne faisons pas le même métier. »

« J’ai été reçu par le directeur de cabinet du préfet et six membres du service de la communication de la préfecture de police. Certains se sont énervés. Et j’ai senti une grosse pression. »

Un article de Rue89 nous en apprend un peu plus. Notamment que l’AFP elle-même a participé à démontrer le trucage :

« Pierre Barnérias nous affirme avoir rencontré le 26 mars Thomas Coex, rédacteur en chef du service photo de l’AFP, pour lui demander de « vérifier l’info avec leur labo et Tungstène ». (Notre e-mail à Thomas Coex est pour l’instant resté sans réponse.)

Le lendemain, Pierre Barnérias aurait tourné « de 9h30 à 11 heures » dans les bureaux du service photo, avec « l’expert du logiciel Tungstène » à l’AFP. Celui-ci aurait conclu « que les trois clichés examinés [avaient] tous été retouchés de façon certaine ». »

L’AFP a démenti, malgré ce qu’on voit sur la vidéo ci-dessus, à partir de 4.40, et attaque même Pierre Barnérias. Pourquoi ?

On apprend aussi que le journaliste a trouvé une ultime preuve du trucage : un passage piéton, déplacé en 2009 ou 2010, a retrouvé sur les photos du 24 mars la place qu’il occupait auparavant.

erf

Passage piéton 2

En haut, en 2008. En bas, photo prise par le journaliste cette semaine, en 2013.

Ces photos ont été postées sur le profil de sa société de production, puis retirées et remplacées par ce message :

facebook2tprod

Ainsi, aujourd’hui en France, l’AFP peut participer à prouver un trucage politique, ne pas diffuser l’information, puis se rétracter, se contredire et porter plainte contre la personne qui a osé la rendre complice de cette recherche de la vérité.

Mais bien entendu, il n’y a pas de magouilles politiciennes, l’information est totalement libre et quiconque ose en douter n’est qu’un sale complotiste. Voire un négationniste. [Edit : à ce propos, filez lire le commentaire de Spitoven juste ci-dessous.]

Circulez, braves gens.

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