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Il y a un certain nombre de choses à dire à propos des émeutes consécutives à la remise de la coup de champion de France au PSG sur le Trocadéro lundi soir. Je vous les livre en vrac, parce que ça part dans pas mal de sens différents, tous aussi importants à mon avis.

Et je mets des numéros devant, pas tellement pour signifier une graduation dans l’importance des réflexions mais simplement pour que chacun puisse commenter en indiquant précisément de quoi il parle. Comme souvent sur ce blog, je lance des pistes, des questions, des idées, et je compte bien sur vous pour creuser avec moi.

1. Première constatation : quand la police prévoit des dizaines de camions pour encadrer chaque petit groupe de vingt manifestants contre le « mariage » homo, elle en envoi moins sur le Trocadéro pour encadrer des milliers de supporters de football. Pas besoin d’être préfet de police pour prévoir que le deuxième événement a plus de chances d’être accompagné de troubles que le premier, il me semble. Surtout quand, la veille, les mêmes supporters ont déjà ravagé les Champs-Élysées pour montrer leur joie.

2. Un policier annonçait sur iTélé, je crois, qu’ils avaient reçu l’ordre de se faire discrets autour de l’événement pour « ne pas provoquer ». Comme d’habitude, les coupables deviennent par enchantement des victimes : on les a provoqués. Pourtant, l’un de ceux-là postait sur Twitter :

twwwwwwwAu delà de l’optimisme forcené du mec (le PSG gardera-t-il ses stars après ce qui vient de se passer ?), on constate qu’il trouve normal de descendre tout casser quand son équipe devient championne de France, et qu’il menace donc de refaire ça chaque année. Mais non, il n’est sûrement pas responsable. De même que les types chopés dans un magasin à la vitrine brisée n’étaient pas responsables, comme ils s’acharnaient à le dire aux policiers : « C’est pas moi, m’sieur, c’est un voleur qui m’a mis ce magasin de scooter dans la poche, j’te jure chef ! »

Ce « C’est pas moi », on l’entend régulièrement dans les vidéos. Jamais quand ce sont les jeunes de la Manif pour tous et autres.

Nous avons donc des coupables pris la main dans le sac, qui n’assument absolument rien de leurs actes. Mais comment les en blâmer, quand la société tout entière le fait pour eux en permanence ?

Prefpolice3. C’est même allé plus loin : certains n’ont pas hésité très longtemps à dire que ces jeunes qu’on a vu casser les vitrines, escalader les échafaudages, entourer les journalistes (qui flippaient un tout petit peu), se bastonner avec les CRS… n’étaient pas qui on avait cru qu’ils étaient.

BKLZ4_fCcAE32t-tétufachos[Edit : un tweet de plus, grandiose, posté mardi à 19 heures. Donc pas « à chaud » : il a largement eu le temps de revoir les images. Mensonge éhonté, donc.]

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Comment voudrait-on que les responsables assument quand ils savent d’office qu’on dira que c’est des fachos qui ont foutu le bordel, qu’on accusera la Manif pour tous d’être responsable du climat délétère (en 2005, c’était aussi la Manif pour tous ?), on qu’on dira qu’ils n’étaient que quelques-uns à déraper ?

delanoiBertrand, compare les coûts des dégâts sur le Champs de Mars le 13 janvier avec ceux sur les Champs hier, puis reviens nous dire qu’ils étaient « sympa », ces « jeunes » qui faisaient « la fête »…

4. Je m’interroge aussi sur la responsabilité du Qatar dans l’affaire. Je me demande si dans l’histoire on n’a pas osé envoyer autant de policiers que nécessaire pour ne pas déplaire au propriétaire du club, qui aurait pu prendre ombrage de la suspicion des autorités vis-à-vis de « ses » fans. Autant un propriétaire ayant des intérêts directs dans le coin aurait pu souhaiter les protéger ou les faire protéger, autant un investisseur étranger ne peut être ensuite sollicité pour rembourser en partie les dégâts. J’avoue n’en trop rien savoir, mais ça me titille quand même un peu : n’a-t-on pas perdu notre indépendance au-delà du foot dans cette affaire ? Sommes-nous encore libre de gérer ce genre d’événements complètement comme on veut, sachant qu’on doit ce titre au Qatar et à personne d’autre ?

5. Il est évident que cette affaire aura des répercussions autrement plus importantes que sportives :

tourisme

Comment peut-on imaginer que cette affaire, qui n’est que la suite d’une longue série (Louvre fermé une demi-journée à cause des pickpockets, pour la dernière en date), n’influe pas sur l’image de la France dans le monde, auprès des touristes d’abord, et des investisseurs ensuite ? Et comme le fric est la seule chose importante aux yeux de certains :

commerce… il faudra bien commencer à se poser des questions, quand l’argent dépensé par les touristes et mis sur la table par les investisseurs diminuera dramatiquement. On voit bien que pour le moment ce n’est pas encore le cas : tout le monde refuse encore de se poser les bonnes questions. Mais à force…

Le seul risque est qu’on se décide de plus en plus à faire appel aux investisseurs étrangers pour compenser le manque à gagner provoqué par la baisse du tourisme… ce qui nous renvoie au point précédent, en un cercle vicieux dramatique : des investisseurs qui s’en foutent et qui laissent dégénérer la situation.

6. Enfin, on ne peut que s’interroger sur l’opportunité d’organiser des événements où l’on voit des millionnaires recevoir une coupe (qui ne va pas sans une grosse prime) dans un lieu les plus friqués de la capitale, le tout devant un public majoritairement issu des couches les plus pauvres de la population. La vraie provocation n’est-elle pas là, dans ces salaires pharamineux qui ne peuvent que rappeler au public que lui n’a pas de quoi se payer cette voiture dont on lui a dit qu’elle lui apporterait le bonheur éternel pendant quelques mois, le temps que la mode change ? La vraie provocation n’est-elle pas dans cette suite que le Qatar paie quotidiennement à une de ses stars, alors que les supporters, eux, vivent majoritairement dans des HLM ?

De plus, en voyant l’équipe du PSG comme une pompe à fric, les Qataris ont coupé (ils ne sont pas les seuls, évidemment) l’équipe de ses supporters : les joueurs ne sont plus que des mercenaires, attirés en une équipe par l’argent et pas par l’histoire de l’équipe, de la ville qu’elle représente et des ses supporters (dont les plus fidèles sont virés des stades, soit légalement – parfois à raison -, soit à cause de l’augmentation des tarifs). Et l’effet est réciproque : quel vrai supporter infligerait à « ses » joueurs la honte et la peine d’une soirée comme hier ? Sauf que « ses » joueurs ne sont plus que des larbins sur-payés, dont on n’attend rien, juste qu’ils fassent leur boulot. (On imagine mal un Looking for Zlatan sur le modèle de Looking for Éric de Ken Loach.)

Voilà quelques pistes, qui montrent que le problème est plus profond et plus important que ne le serait un simple dérapage provoqué par quelques extrémistes ne cherchant qu’à taper du CRS, comme certains semblent le croire. Cet événement est beaucoup plus que ça, il creuse bien plus loin dans les racines de nos maux. Il convient de le comprendre, et de ne pas s’arrêter à une analyse rapide et simpliste de la situation (« C’est des footeux, c’est des cons », ou « C’est l’immigration, c’est la merde », ou « C’est le gouvernement qui était trop content de changer de sujet, c’est des fascistes »…) : parce que les problèmes que lève cette affaire font partie du tableau dont je parle quand je dis qu’il faut étendre la lutte pour ne pas la limiter au « mariage » pour tous.

En un sens, cet événement tombe à pic, donc.

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