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Ce matin, Gaspard Glanz, créateur de RennesTV, est venu me relancer sur mon compte Twitter, m’accusant d’avoir bidonné mon article sur son agression à Rennes lors d’une manifestation contre le « mariage » pour tous (article que vous pouvez relire en cliquant sur ce lien).

1. KlantzOn constate d’office que ce monsieur a un sens tout relatif de la liberté d’expression, ce qui est regrettable pour un journaliste. Mais admettons que je l’aie un peu énervé et qu’il ait un peu perdu les pédales – ça arrive – quatre fois de suite en moins de cinq minutes – c’est plus rare. Et oublions au passage qu’il a déjà été condamné à de la prison avec sursis pour insulte. (Je le savais quand j’ai écrit mon premier article. Pensant à une erreur de jeunesse, je n’en avais pas parlé. Gaspard m’en ayant parlé lui-même en public sur Twitter, je n’ai plus de raison de le taire.) [Edit : c’est ce qui a été requis contre lui, je ne sais s’il a finalement été condamné.] [Edit : en fait, si, il a été condamné] [Edit, le dernier, promis : je ne sais pas pourquoi le lien précédent a décidé de ne pas souligner tout le mot « condamné ». Je ne l’ai pas fait exprès, mais finalement c’est assez rigolo :D]

J’avais pensé ne pas écrire ce deuxième article, considérant que mon premier était suffisant. Mais quand on vient me casser les quenouilles jusque chez moi en m’accusant de mentir, de trafiquer et de semer le doute, j’ai tendance à le prendre pas très bien. Et à ressortir ce que j’avais prévu d’enterrer pour ne pas tirer sur une ambulance à terre.

Bien. Allons-y. Rappel des faits en quelques tweets.

2. caméraDimanche soir à neuf heures dix minutes, on apprend que Rennes TV s’est fait agresser. Ils postent une image de leur caméra, brisée. Ils ne sont pas contents, on les comprend.

3. retourA onze heures vingt-six minutes, ils précisent un peu les circonstances, suite à leur premier tweet qui était très flou sur l’identité des assaillants. Très bien. Et ils annoncent qu’ils ont les images et les publieront « demain matin ». Donc on les attend avec impatience, ces images.

4. UploadingLe lendemain matin à… une heure trente-huit de l’après-midi : ils commencent à charger la vidéo sur Dailymotion. Bon, très bien, ils ont dormi tard pour se remettre de leurs émotions, et le matin a passé sans image, pas grave. On va quand même les avoir rapidement, et on va pouvoir se faire une idée un peu claire.

Rapidement ?

5. EncodageQuatre heures et demi plus tard, la vidéo n’est pas encore finie de charger. Les Twittos s’impatientent, et s’interrogent un peu. Nous aussi.

6. vidéoEnfin, quatre heures pile après le début du chargement, la vidéo (que vous pouvez revoir en cliquant ici) est enfin visible… et ne prouve rien…

En effet, elle ne prouve absolument pas qui sont les manifestants, et elle n’éclaire pas plus les circonstances de la chose. En ce qui concerne l’origine des manifestants, il s’avère qu’ils venaient de la manifestation contre le « mariage » pour tous. Je le sais de source sûre, mais de façon indépendante de RennesTV : eux n’ont rien pu prouver. Moi non plus, du reste. Pour l’anecdote, répondons à Damien Masselot, qui, sur la photo ci-dessus, veut voir dans le drapeau « Manif pour tous » qu’on aperçoit dans la vidéo une preuve que les agresseurs sont de la Manif pour tous, avec une jolie capture d’écran de la vidéo de RennesTV, où l’on voit le-dit drapeau :

drapeauLa « manifestante anti-mariage pour tous » qui tient le drapeau à la main porte un pantalon de treillis et des rangeos, et a un chien en laisse à la main. Est-ce là l’archétype de la manifestante pour tous ? Encore une fois, on se fout de nous avec insistance.

En ce qui concerne les circonstances de l’action, elle ne prouve rien non plus. Et je le prouve. Voici une vidéo d’une agression d’une rare violence : cliquez sur le lien (je plaisante, vous pouvez cliquer, ce n’est pas violent). En voyant ceci, vous vous dites que le type de gauche est un salaud, à frapper violemment sans raison le type de droite, alors que l’arbitre a arrêté le combat. Sauf que vous aurez peut-être constaté que la vidéo commence à se lire à partir de la deuxième seconde… Ce qui se passe avant ce coup de poing changera probablement votre vision des faits : le type de droite embrasse le type de gauche, en un geste évidemment volontairement provoquant. Et donc, le type de gauche, s’il passe toujours pour un bourrin, semble moins coupable puisqu’il ne fait que riposter à une provocation débile.

Laissons ça de côté pour le moment, pour nous concentrer sur le temps de chargement de la vidéo.

Un appareil photo numérique filmant en haute définition produit des vidéos donc chaque tranche de quinze secondes pèse 20 Mo. La vidéo de RennesTV dure une minute 45 secondes. En admettant que la HD d’une caméra soit deux fois plus lourde que celle d’un appareil photo (ce que rien n’expliquerait, mais admettons, visons large), la vidéo mise en ligne par monsieur Glanz devait peser en gros 280Mo, maximum.

J’ai moi-même ce matin chargé une vidéo test de 34Mo sur Dailymotion, ce qui m’a pris moins de 10 minutes. Donc une vidéo pesant 280Mo devrait mettre 80 minutes. Arrondissons à une heure et demi.

Pourquoi Gaspard a-t-il eu besoin de quatre heures, soit plus de deux fois plus de temps, sachant que nous avons arrondi très très largement nos calculs, à son avantage ?

Soyons clairs : si je me faisais agresser demain dans le cadre d’un reportage et que j’avais les images, il me semble que je les balancerais directement, le plus vite possible, pour prouver que je n’ai rien trafiqué. Et pour prouver que je me suis bien fait agresser pour rien, gratuitement, je diffuserais une vidéo de dix minutes, dont neuf minutes AVANT l’agression. Ainsi, la gratuité de la chose et mon innocence apparaitraient clairement.

(Il est d’ailleurs assez savoureux de lire dans ce texte, dont Gaspard m’a lui-même fourni le lien, Cf. la première photo de cet article, ce paragraphe : « Il a en outre produit devant le tribunal une vidéo de 11 secondes montrant le proviseur-adjoint tirant un lycéen par les cheveux avant de lui porter un petit coup, pour dégager la grille à l’entrée du lycée. Trop court pour se faire une idée, a estimé le président Pierre Wagner« . Errare humanum est, dit le proverbe, qui continue : perseverare diabolicum.)

Au lieu de ça, on a une vidéo qui ne montre que dix secondes d’images brutes, coupées au cordeau, suivies d’un texte lançant une accusation grave sans aucune preuve (agression d’une contre-manifestante, « elle hurle, pleure », par des manifestants, ce qui à ma connaissance n’a toujours pas été prouvé, et ne l’était de toute façon pas à ce moment-là) et contenant une citation faussée (« C’est la fin des journalistes », qui va dans le sens d’une préméditation, alors que dans la vidéo on entend très bien « Y’en a marre des journalistes », qui ne va pas du tout dans ce sens… mais dans celui d’une réponse à une action du-dit journaliste). Une vidéo qui en plus prend un temps anormalement long à se charger, ce qui fait qu’on peut facilement soupçonner son auteur d’avoir menti aussi sur le moment où il avait commencé à la charger… Pour se laisser le temps de la couper proprement au bon endroit, et d’écrire un texte à charge ? Ou pour laisser au buzz le temps de monter ?

Si ce n’est pas pour ça, il faudra qu’il explique clairement :

– pourquoi il a coupé les images tournées avant ce qu’il nous montre ;
– pourquoi il a fallu une journée quasiment entière pour que cette vidéo arrive sur internet, ce qui a surpris tout le monde ?

Oui, Gaspard, je sème le doute. Mais si ton histoire n’était pas pleine de trous, de failles, d’à-peu-près, tu n’aurais rien à craindre : il glisserait dessus sans parvenir à l’entamer. Manque de pot, elle ne tient pas debout, ton histoire, ou très mal en tout cas, tellement mal que tout ce que tu prétends lui apporter comme soutiens ne fait que l’ébranler un peu plus.

Précisons enfin que, dans cet article comme dans le précédent, je ne fais qu’évoquer des faits, vérifiables et vérifiés, ou présenter des hypothèses que je juge crédibles (de nombreux témoignages de personnes ne se connaissant pas entre elles, par exemple), pour en tirer d’autres hypothèses. C’est une démarche scientifique de recherche de la vérité : prouve-moi qu’une de mes hypothèses est fausse, et j’en tirerai des conclusions. Tu m’accuses d’être un idéologue, mais un idéologue ne fait pas d’hypothèses : il a des certitudes. Je n’en ai aucune. Tu n’as fait qu’exposer les tiennes depuis le début dans cette affaire.

Je te laisse conclure.

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