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Ce soir, j’ai fait une erreur : suite à l’annulation de dernière minute d’un diner avec des amis, je suis allé au cinéma sans avoir regardé les bandes-annonce. Devant la salle, nous avons longuement hésité entre Marius, de Daniel Auteuil selon Pagnol, et Fanny, du même selon le même. Après avoir constaté qu’il était absurde de voir Fanny avant Marius, et qu’il nous fallait attendre une bonne demi-heure avant le début du film, nous avons décidé d’aller voir une comédie française qui commençait dans les cinq minutes. Un truc pas prise de tête, pour nous détendre d’avoir vu mes anciens patrons ce matin à la messe. Voilà le pitch : « Il était une fois trois frères qui vivaient heureux. Du moins le pensaient-ils. Un jour leur maman eut un accident. Alors Henri, Philippe et Louis se mirent à se questionner sur le sens de leur vie. Une grande vague de doutes pour ces quarantenaires versaillais sans histoire, qui suffit à leur faire entrouvrir la porte à l’inédit, à l’interdit, à l’aventure… au Grand Méchant Loup!

De maison de paille en maison de bois, le loup aussi sexy soit-il délogera-t-il nos trois frères ? Et l’hôtel particulier en pierre de taille de l’aîné, est-il vraiment si solide ? Et si au bout du compte la vie d’adulte n’était pas complètement un conte pour enfant ? »

Et l’affiche laissait présager quelque chose d’un peu décalé avec son petit chaperon blanc sexy. Un petit film peinard, quoi.

affiche-Le-Grand-Mechant-Loup-2013-1Et on achètera Marius et Fanny en DVD, parce que ça devrait être autrement plus intéressant.

Hélas. Nous en sommes sortis un rien agacé, tout à la fin alors qu’on a failli sortir pendant plusieurs fois. Nous aurions dû, oh la la nous aurions dû.

Pour résumer de façon un peu moins elliptique que le pitch :

– Henri, marié avec Patricia, regarde du porno en cachette et grimpe sur les échafaudages montés autour de sa maison de paille (clin d’œil) pour mater aux jumelles sa voisine salope qui fait des strip-tease devant sa fenêtre. Il finit par tromper sa femme pour de bon avec une autre femme mariée rencontrée au cours d’une thérapie de couple avec un curé vicieux qui fait une tête bizarre quand il parle d’un enfant d’un des couples, « qui est avec moi au catéchisme »… Finalement, il commence à parler d’avoir des enfants avec sa nouvelle nana, alors qu’ils vivent encore avec son ex-mari.

– Philippe, marié, deux enfants et une maison en bois, trompe sa femme dans les salons privés du château de Versailles avec la protection de son frère Henri en s’absentant de chez lui en disant à sa femme qu’il va voir sa mère mourante, et y trouve la liberté. Finalement, il va voir sa femme, conclu avec elle qu’ils ont tous les deux envie de « baiser plus », mais on comprend à la fin du film que ce n’est pas forcément ensemble qu’ils comptent baiser plus : tous les deux sont finalement « libérés ».

– Louis, marié, deux enfants, cliché absolu de Versaillais coincé : enfants bien propres et bien peignés, une belle situation, un carrelage de piscine qui coute cinq fois la voiture de son frère, « et encore, sans la pose ». Surprise, lui refuse absolument toute histoire, engueule ses frères qui font des conneries, refuse les avances d’une femme qui lui saute dessus toute poitrine dehors. Bon, c’est quand même un peu un gros con, d’ailleurs Kad a pris du poids pour ce rôle : il est tout bouffi, c’en est même triste. Mais on se dit, quand même, qu’il y a un personnage qui tient la route dans tout ça, avec ses faiblesses et ses limites, certes, mais ça ne le rend que plus réel. Sauf que dix minutes avant la fin, on le voit se faire tailler une pipe par… Jean-Loup, le gentil voisin, qui lui tape une crise de jalousie et menace de dévoiler à tout Versailles qu’il est homo s’il lui arrivait de coucher avec une autre femme que sa femme. D’ailleurs, je me demande si c’est pas un peu homophobe de suggérer comme ça que les homos ne se tiennent l’un l’autre que par la menace. J’en parlerai à mes copains de « Dérapage Incontrôlé« , tiens.

Finalement, je suis sorti de ce film avec une impression de dégoût tenace (qui m’a même gâché ma pizza savoyarde, c’est dire si je suis colère). Finalement, si Henri n’est qu’un pauvre type un peu con (d’ailleurs Fred Testot le joue très très bien ; aussi bien que son camarade Omar Sy jouait le grand noir rigolo, tiens) guidé par ses pulsions parce qu’il n’a pas assez de neurones pour les contre-balancer ; si Philippe devient finalement presque sympathique lorsqu’il reconnait qu’il a merdé, et qu’il demande pardon à sa femme, passant ainsi plus pour un type un peu paumé par le vide apparent de sa vie et par la jolie bouille (et pas que ; oui, parce qu’on voit tout le reste à plusieurs occasions. Pas désagréable, mais pas franchement utile non plus : en général on comprend assez bien ce que font un mec et une nana dès qu’ils commencent à se déshabiller dans le noir, pas la peine de nous montrer) d’une nana de passage que pour un connard égoïste ; en revanche, Louis lui est franchement détestable.

Pas parce qu’il est homo, même si franchement c’était la goutte d’eau de trop ce soir, mais à cause de ce que ça implique comme message de fond. Finalement, le mec bien du film, celui qui est fidèle à sa femme, qui éduque ses enfants (un peu bizarrement, certes, mais pourquoi pas) et qui essaie de tenir son rang dans la (bonne) société, c’est en fait un connard hypocrite qui se permet de faire la morale à tout le monde alors qu’il va trois fois par jour (c’est la fréquence qui est évoquée à un moment) se taper son voisin un peu con et jaloux dans sa serre, sous prétexte de faire courir le chien (on comprend d’ailleurs mieux à cette aune son empressement à remplacer le-dit chien, contre l’avis de sa femme et dans l’indifférence de ses enfants).

Et pire, derrière ce personnage de Louis, c’est toute cette (bonne) société Versaillaise qui est attaquée, et à travers elle la bourgeoisie qui croit encore en la famille et en la fidélité. Ou plutôt qui fait semblant, puisque justement l’idée générale est que plus personne ne le vit vraiment, tout ça, mais se contente de faire semblant pour ne surtout pas déchoir aux yeux des autres. Avec évidemment une pique, déjà évoquée (le curé plus que limite avec les enfants), vers les cathos, doublée d’une autre encore plus directe dans un dialogue entre Philippe et sa mère, où il évoque « la morale bourgeoise catho », un truc du genre.

Bref, nous étions rentrés dans cette salle pour nous détendre un bon coup, penser à autre chose et rigoler, nous n’avons que très peu rigolé, nous avons pensé aux mêmes choses que depuis six mois, et nous sommes encore tendus comme des cordes de guitare…

Et ça nous a coûté neuf euros chacun. Neuf euros pour se faire cracher dessus pendant une heure et demie de film…

Mon conseil du soir : allez plutôt voir Marius. Ça vous fendra moins le cœur…

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