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Depuis le début du mouvement contre-révolutionnaire, on parle beaucoup d’unité : unité autour de l’un ou l’autre des leaders, unité autour de l’un ou l’autre des arguments, unité autour de l’un ou l’autre des mouvements alternatifs (et non « dissidents »). C’est une très bonne chose : il est évident qu’on est plus forts unis que divisés.

Cependant, derrière cette unité de façade, les choses se sont rapidement complexifiées. En effet, si nous sommes tous d’accord pour lutter contre la loi instaurant le mariage pour tous, nous constatons aisément que c’est à peu près la seule chose qui n’est pas sujette à débat au sein du mouvement. Pour le reste… les uns veulent une union civile quand d’autres appellent à revenir sur le Pacs, les uns demandent un référendum quand les autres pensent que c’est une absurdité sans bornes, et certains n’attendent que le retour de Sarko quand d’autres aimeraient voir tomber la République.

Si certains de ces désirs peuvent se recouper entre eux (il est possible de revenir sur le mariage pour tous et de vouloir faire tomber la République tout en refusant le référendum), d’autres sont incompatibles (revenir sur le Pacs n’est pas compatible avec l’union civile).

Au cours de mes pérégrinations, j’ai croisé de nombreuses personnes qui disaient peu ou prou la chose suivante : « C’est bien gentil de se battre contre cette loi et ce gouvernement, mais il vaudrait mieux se mettre tous d’accord d’abord sur ce pour quoi on se bat ». Dans l’absolu, c’est vrai : il vaut toujours mieux se battre « pour » que « contre », ne serait-ce que parce que se battre « contre » oblige à laisser toujours à l’ennemi une longueur d’avance. « Action, réaction », certes, mais on ne gagne les batailles qu’en passant du côté de l’action, et en obligeant l’autre à tomber dans la réaction.

Certains – et parmi eux des gens d’une valeur rare – ont même fini par quitter l’un ou l’autre des mouvements à cause du flou autour des objectifs ultimes. « Le Printemps français, c’est bien, me disait l’un d’eux, mais si on ne sait pas quel sera l’été que ce printemps annonce, alors ça ne sert à rien. »

Encore une fois, c’est une position défendable : il est évident qu’il serait beaucoup plus simple et efficace de présenter un programme en 100 points et de dire « C’est ça qu’on veut », puis de s’attacher à remplir chacun des points. Seulement ce n’est pas possible. En effet, dans le mouvement de fond qui s’est levé, on trouve absolument de tout : des Républicains acharnés, des démocrates compulsifs, des Royalistes forcenés, des anarchistes déterminés… Certains sont même plusieurs choses à la fois : je fréquente des monarchistes démocrates aussi bien que des royalistes anarchistes, et j’ai même croisé un républicain fanatique prônant un retour au suffrage censitaire indirect. Il est donc impossible de tomber d’accord sur un objectif à long terme. Et alors ? Est-ce un problème ?

Je ne crois pas.

Je pense qu’il faut d’abord s’attacher à trouver le plus petit dénominateur commun qui permette de garder un nombre suffisant de personnes dans le mouvement, afin de ne pas morceler ce beau soulèvement de masse en une multitude de petits mouvements n’ayant plus aucun poids. Cette recherche pourra néanmoins mener à des divisions, qu’il ne faudra pas non plus chercher à éviter à tout prix : le plus important reste quand même de pouvoir continuer à mener des actions ensemble. Si on n’arrive même pas à se mettre d’accord sur le contenu des slogans (pourtant simplificateurs par nature), alors il est inutile d’envisager quoi que ce soit ensemble. Mais ensuite, je crois que chacun a à faire au sein même du mouvement ce que nous avons à faire à l’extérieur : un travail d’influence en faveur de sa position quant à cet « été français ». L’objectif étant de se retrouver en position de force au moment où une vraie décision sera à prendre, pour pouvoir imposer rapidement et sans trop de luttes sa propre solution. (À ce sujet, je vous conseille de relire ce petit texte, dont je peux maintenant dire qu’il a été écrit après que j’ai été témoin d’un débat entre deux royalistes sur lequel des deux prétendants était le bon. Débat absurde et contre-productif.)

Et si la rupture doit se consommer avant la fin, alors qu’elle se consomme le plus tard possible, quand on aura, ensemble, réussi à rendre la victoire plus certaine qu’on ne l’aurait jamais fait chacun de son côté.

J’ai cet été lu deux bouquins qui m’ont fait penser à ce problème : Le Roman de Charette, de Philippe de Villiers, et le fameux « Paris brûle-t-il ? » de Dominique Lapierre et Larry Collins. Dans le premier, même si c’est finalement un passage assez court, on voit les divergences stratégiques qui existaient entre les différents généraux vendéens. Un problème que nous rencontrons souvent au sein de la contre-révolution, où il est très difficile de se mettre d’accord sur des modes d’actions. On peut penser que cette incapacité à mener des actions en commun – sans pour autant forcément tomber dans l’uniformisation, chacun ayant ses qualités propres – a précipité la fin de la révolte vendéenne.

Dans le second, on observe également un antagonisme au sein même du soulèvement parisien, entre les communistes d’un côté et les gaullistes de l’autre. Un antagonisme qui va cette fois bien plus loin qu’un simple désaccord sur les méthodes, puisque après plusieurs jours de soulèvement arrive un moment où les gaullistes reçoivent l’ordre de défendre leurs positions, même si besoin est face aux communistes. Un ordre probablement dur à donner, à recevoir et à exécuter, mais justifiable dans la mesure où l’issue du soulèvement semblait à peu près certaine, les blindés de Leclerc étant déjà en route vers la capitale (ce qui était déjà une immense victoire), et également parce qu’il était impossible de concilier les projets des uns avec ceux des autres. Donné un peu plus tôt, cet ordre aurait été idiot : diviser la Résistance avant que la victoire soit visible au bout du tunnel n’aurait fait que retarder celle-ci. Donné trop tard, il aurait pu laisser le champs libre à une France communiste.

Nous n’en sommes pas encore là, et j’espère que nous n’en arriverons jamais à devoir nous combattre les uns les autres. J’espère au contraire qu’au moment où il faudra remplacer quelque-chose que nous aurons fait tomber par autre chose, cette autre chose s’imposera d’elle-même. [EDIT : parce que l’un des « partis » au sein de la contre-révolution aura fini par prendre le dessus, tellement que ça semblera naturel ou évident de le suivre, et non en raison d’un quelconque déterminisme.] Et pour ça, pour que ça puisse se passer naturellement et sans violence, il convient de le préparer dès maintenant, tout en gardant bien en tête que nous combattons un ennemi commun, et qu’entre nous il n’y a pour le moment pas de place pour les antagonismes violents.

L’unité n’existe pas, de fait, au sein du mouvement. Vouloir l’imposer, c’est s’interdire de penser plus loin que la loi Taubira, ce qui serait une erreur fatale. Ce qu’il faut avoir à cœur, c’est de conserver l’union de nos forces, tout en laissant à chacun la possibilité d’exprimer ses désirs pour ce qu’il y aura ensuite. Et après, tout n’est plus qu’un jeu d’influences.

Faisons en sorte de le faire sainement, pour que ce soit le meilleur pour la France qui s’impose finalement.

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