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C’est ce que je finis par penser en lisant les textes de Charles Vaugirard et de KozToujours sur le drame de Lampedusa. Non, pardon, pas « le drame » : j’oubliais que je suis insensible, ce n’est pas un drame, c’est bien fait pour eux, ces étrangers qui venaient nous ôter le pain de la bouche (à nous les bons Français) ou nous convertir de force à l’islam.

Bon, ça va, j’en ai fait assez ?

Alors rapidement, parce que franchement j’ai mieux à faire que de répondre à des insultes par blog interposé : oui, je regrette la mort de ces gens ; oui, je sais qu’ils n’immigraient que pour éviter de se faire zigouiller chez eux ; oui, je sais qu’ils espéraient trouver ici une vie meilleure ; oui, je sais qu’à leur place je ferais exactement la même chose ; oui, je sais que nous sommes en partie responsables de ces déplacements de population (je l’écrivais déjà il y a un moment).

Mais est-ce que pour autant ça interdit toute réflexion ? Je parlais il y a peu de cette incapacité de nos contemporains à s’extraire du cas particulier pour penser de façon globale, ce qui est la seule façon de penser des problèmes de cette envergure : vous êtes en plein dedans. Et venant de gens intelligents comme vous, c’est triste.

Que dois-je faire pour avoir le droit de poser des questions ? Me filmer en larmes et poster la vidéo sur Youtube ? Insérer une certification sur l’honneur que j’ai bien pleuré sur ces 100 morts ? Vous envoyer en recommandé une lettre d’un huissier certifiant que je souffre avec eux ?

Que dois-je faire pour ne pas me prendre dans la gueule des phrases de ce genre : « Rangez vos insinuations misérables et vos dispenses faciles », « On demande juste de se sentir concerné, autrement que par le fait que son petit confort, son petit Occident, si opulent par comparaison, soit un peu bousculé« , « il y en aura toujours d’autres – et tant d’autres ! – pour encourager l’indifférence, soutenir la fermeture et plaider l’identité menacée », « Histoire d’y aller progressivement, tu peux aussi lire le billet, ou encore tenter de le comprendre », « Excuser tous les égoïsmes par la peur ne peut pas durer », « Le pape a dénoncé une « mondialisation de l’indifférence« , et il a bien fait », « A défaut de pleurer, il faut à tout le moins prendre le temps de se laisser toucher » ?

Ça c’est seulement Koz : je serais un insinuateur misérable, adepte de mon petit confort bourgeois, indifférent (deux fois), fermé, refusant de comprendre, égoïste peureux ne voulant pas me laisser toucher.

À Charles maintenant : « nous devons faire preuve de compassion et cesser toute indifférence », « Il nous appelle à vivre la charité », « Tu n’exploiteras ni n’opprimeras l’émigré », « La droite néo-païenne, notamment influencée par Dominique Venner, a cette vision figée des peuples qui doivent rester chez eux, dans un territoire qui leur serait propre. Absurde idéologie », « Comment ne pas compatir », « Peut-on rester indifférent à ces hommes qui meurent devant notre porte ? », « Comparez ce livre avec la réalité et vous verrez que ce brûlot est une caricature outrancière de l’immigration… et un livre profondément raciste ».

Selon Charles, je suis incapable de compatir (deux fois), indifférent (deux fois), manquant de charité, prêt à exploiter et opprimer l’immigré, néo-païen, idéologue et quasi-raciste, parce que j’ai cité le Camps des Saints.

Bizarrement, ça fait beaucoup d’un coup, toutes ces insultes.

Et le pire, c’est que les deux reconnaissent qu’il faut trouver des solutions à ce problème. Mais Charles passe son article à dire qu’il n’y a pas de problème (ce qui complique la tâche, non ?) quand Koz conseille de laisser ça aux autres, aux identitaires fermés et indifférents. Voilà : il y a un problème, on n’arrive absolument pas à trouver de solutions… alors on va laisser ça aux autres, nous on va se contenter de pleurer… et d’insulter ceux qui diront qu’il y a un problème. Le tout bien évidemment en rappelant que la charité c’est essentiel.

Saut de ligne

Voilà, c’est tout ça qui me dérange dans ce que dit le pape François : c’est que ça provoque ce genre d’articles faux-cul et insultants. À la longue, ça lasse, surtout quand ça vient de gens que par ailleurs on estime.

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