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Les Bretons ont hier manifesté violemment contre l’écotaxe.

Rappelons tout d’abord que cette écotaxe a été décidée lors du Grenelle de l’environnement, c’est-à-dire sous Sarko. Et qu’elle répond à une exigence de l’Europe. Si Hollande est responsable de la gestion calamiteuse de la contestation, il n’est responsable que de ça. Ceux qui gueulent contre l’écotaxe doivent donc se mettre en cohérence avec eux-mêmes et reconnaitre que le problème est bien plus large que Hollande (qui est pourtant déjà pas mal large, il faut le dire).

Voilà qui prouve à l’évidence que se contenter de gueuler contre « la gauche » est une absurdité et un manque de clairvoyance à moyen terme affligeant : la droite faisait pareil, et quiconque arrivera au pouvoir après la gauche devra faire pareil, sous la pression de l’Europe.

Ceci étant précisé, je constate surtout que cette écotaxe est un superbe exemple de Shadokerie (si vous ne voyez pas de quoi je veux parler, relisez ceci, puis ceci, puis enfin ceci : c’est un seul raisonnement en trois parties). Précisons : le but de l’écotaxe est de réduire les transports de marchandise pour favoriser les circuits courts. En clair, l’idée est d’inciter les producteur à produire au plus près du consommateur. C’est logique : il est absurde de faire faire des centaines de kilomètres à un rôti de porc pour l’emmener de la Bretagne à Bordeaux quand un porc élevé dans le Bordelais serait aussi bon. L’écotaxe poursuit donc un but sensé. Mais il y a deux problèmes ; le premier est celui de la méthode : est-il judicieux de créer une taxe supplémentaire, qui ne pourra que faire augmenter le tarifs et baisser le pouvoir d’achat des ménages ? Le second est plus vicieux : il faut pour le comprendre se demander pourquoi les producteurs font parcourir des centaines de kilomètres à leurs produits. La réponse est simple : parce que les exploitants agricoles ont été poussés à multiplier la taille de leurs exploitations pour survivre. En conséquence, le nombre de ces exploitations a baissé dramatiquement : « En 1955, la France comptait 2,3 millions d’exploitations agricoles. En 2003, elles ne sont plus que 590 000 », nous apprend l’Insee.

Logiquement, s’il y a moins d’exploitations agricoles, il n’est plus possible d’élever des porcs partout. D’autant que l’industrialisation de l’agriculture a poussé chaque exploitation à se spécialiser dans un seul domaine. Il est donc indispensable ensuite de transporter ces porcs si on veut que chaque Français puisse avoir accès au jambon, où qu’il habite.

Ce qui est intéressant là-dedans, c’est que cette évolution a été impulsée par les lois d’orientations agricoles de 1960 et 1962, elles-mêmes issues de la Politique agricole commune (Pac), « une politique mise en place à l’échelle de l’Union européenne et fondée principalement sur des mesures de contrôle des prix et de subventionnement, visant à moderniser et développer l’agriculture », d’après Wikipédia.

Voilà la Shadokerie : l’Europe impose aujourd’hui l’écotaxe à ses pays membres, écotaxe qui vise à contrer une conséquence négative des choix qu’elle a imposés il y a 50 ans à ces mêmes pays membres. Des choix qui eux-mêmes étaient très contestés dès le début, en plus.

Saut de ligne.

Récapitulons : en 1960, l’Europe impose la Pac, qui réduit le nombre d’exploitations agricoles et augmente leur taille (ce qui d’ailleurs rend le travail suffisamment difficile pour qu’un agriculteur français se suicide tous les deux jours. France Télécom est battu de très très loin…). Cette mesure rend donc obligatoire des transports de marchandise de plus en plus longs, couteux et polluants. En 2010, sous prétexte de remédier à cela, l’Europe décide de pénaliser encore les agriculteurs qu’elle n’a pas réussi à pousser au suicide.

Au final, les agriculteurs y perdent sur tous les plans, les consommateurs aussi qui n’ont plus accès qu’à de la bouffe élevée en batterie ou finie de mûrir en camion frigorifique, et l’Europe a réussi à équiper tous les camions d’un boitier GPS, qui égratigne sérieusement la « liberté d’aller et venir » qu’on nous avait promise.

Et ça, ça devrait être amplement suffisant comme raison de soutenir les agriculteurs bretons, de quel bord qu’on soit.

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