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Ils sont très forts, très très forts. Ou alors ils ont un bol de cocus. Pensez donc : les Champs-Élysées, c’est grand. Tout le long, il y avait suffisamment de mécontents pour fournir 70 pensionnaires au commissariat de la rue de l’Évangile, ce qui fait un peu de monde quand même. La majorité des embarqués étaient des jeunes gens. Ils n’ont pas sifflé bien longtemps, ces mécontents, puisque la cérémonie en elle-même n’a pas été perturbée.

Quelle probabilité y avait-il qu’un petit professeur à lunettes, remontant les Champs-Élysées après avoir assisté à la cérémonie, passe devant 1. le groupe le plus caricatural de ces mécontents (une blondasse lifté de partout avec un vison sur les épaules en première ligne) 2. juste au moment où il manifestait, ce groupe, son mécontentement 3. et alors que toutes les caméras de France étaient là, prêtes à tendre leur micro pour enregistrer son speech ?

Bien évidemment, la chance sur je ne sais pas combien a été la bonne, et le petit professeur à lunettes, qui ressemble à la fois

1. à Gérard Languedepute

hqdefault2. à Adolfo Ramirez

3. et à Robert Brasillach

Brasillach_portrait… s’est retrouvé le soir même sur le Petit Journal.

Aaaah, quelle belle prestation ! Il a été parfait, le petit professeur : à la fois humble, tout conscient qu’il était du ridicule de son intervention, et arrogant, méprisant les manifestants et mentant sans vergogne pour bien montrer à quel point ils étaient méchants. Imaginez : ce pauvre petit bonhomme a entendu des choses comme « Un enfant c’est un papa et une maman ». Voilà qui a de quoi choquer, non ? Et comme il a bien résisté aux questions pressantes de Yann Barthès, qui n’a pas une seule seconde hésité à lui servir la soupe, alors que si ça se trouve il aimait pas ça…

Et puis là, coup de bol, un méchant facho a fait des quenelles derrière le gentil professeur. L’occasion de le réinviter, en compagnie de Christophe Barbier, qui en profita pour rappeler à quel point « le bras vers le bas et la main sur la clavicule » était un « geste ambigu » (donc en fait lever le bras on ne peut plus, mais le baisser non plus. On en fait quoi, alors, de nos bras ?). Et encore une fois, performance impeccable de l’ami Thibault, qui commence en précisant bien qu’il sera « plus nuancé » que Barbier (soit dit en passant, c’est une très jolie quenelle, ça), mais qui tout de suite après affirme que les manifestants du 11 novembre ne savait pas à quoi correspond le bonnet rouge, mais que les pauvres ils sont instrumentalisés, ils n’ont pas compris ce qu’ils faisaient. Encore une fois, humilité et douceur en même temps qu’arrogance et mépris : le petit peuple ne sait pas, le pauvre.

La méthode de la vache qui vole

C’est un cas d’école. Je le dis très sérieusement : dans 10 ans, dans 20 ans, s’il y a encore des écoles de journalisme, on étudiera cette affaire pendant un trimestre. Elle est un exemple parfait de la méthode que j’ai déjà évoquée, à l’occasion de mon petit conflit avec RennesTV il me semble, qui consiste, quand on ne peut plus cacher une vérité qui nous déplait, à hurler « Oh regardez, une vache qui vole », puis à l’inviter sur tous les plateaux télé pour raconter comment elle fait. Et bien entendu, cette brave bête s’arrange toujours pour expliquer que si elle volait, c’était parce que la réalité qu’on veut cacher était trop horrible pour qu’elle reste là sur ses quatre pattes : il s’agissait probablement d’une manifestation de vachophobes.

Ainsi, le journaliste peut s’endormir tranquille en se persuadant qu’il a fait à la fois son devoir de journaliste, qui est d’informer les gens, et son devoir de gestapiste citoyen, qui est de ne pas laisser la peste brune s’installer. En revanche, la bouse marron de la vache, là ça va, y’a le droit.

Rappelez-vous à la toute première manif contre le « mariage » pour tous, une photo a fait le tour d’Internet : deux jeunes filles s’embrassant devant les manifestations. Immédiatement, elles ont été retrouvées, et on les a entendu raconter sur toutes les fréquences qu’elles avaient fait ça pour lutter contre l’homophobie, et que d’ailleurs la foule les avait huées, ce que les vidéo contredisaient clairement. Bien entendu, on n’a plus entendu parler de la manifestation que par ces deux gamines, qui en parlaient bien entendu avec l’intelligence et la finesse qu’on devine. Et d’ailleurs, ça a quand même moins bien marché que nos Brasillach du pauvre, qui a l’avantage justement de paraître nuancé.

Bon, sinon ils ont aussi une autre technique : inviter un militant d’un des mouvements concernés pour lui sauter dessus courageusement à six contre un, le faisant irrémédiablement passer pour un abruti incapable de se défendre. Ils l’avaient fait avec Frigide, ils l’ont refait il y a peu avec David Van H, fondateur de « Hollande Démission« .

Ceci est un message subliminal : envoyez-moi vos sous !

Bien. Vous allez maintenant me demander : « Qu’est-ce qu’on fait contre ça ? » Ma réponse est simple : rien. On ne peut rien faire, et on ne peut même pas retourner l’arme contre nos ennemis : elle ne fonctionne qu’à la condition d’être à la tête d’une force de frappe équivalente à celles cumulées de l’URSS et des USA au plus fort de la guerre froide. Ce qu’ils ont eux, Petit Journal en tête (ce qui prouve que des petites frappes peuvent posséder une grosse force de frappe), et que nous n’avons pas. Il faut donc travailler à la reconquérir, cette force de frappe, et ça sera long et douloureux.

Finissons sur une note positive : nos ennemis, en faisant usage de ces méthodes, prouvent de façon éclatante qu’ils n’ont rien de clair contre nous. Depuis un an qu’ils nous traitent de racistes, homophobes et fascistes, ils n’ont eu à se mettre sous la dent qu’une affaire, celle de la banane. C’est la seule : s’il y en avait eu d’autres avant, ils n’auraient pas manqué de faire le même tapage sur chacune d’entre elles. Ils n’en ont pas eu l’occasion.

Et ça, à mon avis, c’est un point hyper positif, parce qu’ils sont obligés de recourir à des méthodes qui certes nous font mal, mais ne les grandissent pas franchement non plus. Un jour les gens en auront assez : entre la méthode de la vache qui vole, la téléréalité qui nous montre des porcs en permanence, et leurs assauts évoquant une meute de hyènes s’en prenant à un bœuf malade, on finira vite par se croire sur une chaîne animalière entre minuit et deux heures du matin.

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