Mots-clefs

, ,

Je n’ai jamais fait, et ne ferai jamais la quenelle.

Pas parce qu’elle serait antisémite, pas parce qu’elle rappellerait les heures les plus sombres de quoi que ce soit, pas parce qu’on aimerait me l’interdire (ce qui généralement, dans un réflexe adolescent, me pousse à le faire plutôt deux fois qu’une…) Non, j’ai deux raisons, dont chaque est suffisante seule, comme disait l’autre.

La première est que c’est vulgaire. La quenelle, rappelons-le une bonne fois pour toute, c’est une évocation imagée du fist-fucking, cette pratique qui consiste à se mettre le poing voire plus à un endroit où on ne met normalement que des suppositoires.

En clair, faire une quenelle, c’est « la mettre profond » à quelqu’un. Comme vous voyez, c’est très classe, et ça me suffit pour ne pas avoir envie de la faire.

aut de ligne

Ensuite parce que le profil de nombreux quenelliers me dérange. Si on exclut ceux qui ont découvert ce geste à la fin de l’année dernière, et qui le font sans bien savoir ce que c’est, on constate rapidement que le quenellier moyen est un jeune « de type non-gaulois vachement prononcé », comme disait Desproges, habillé à la mode des banlieues. Jeunes dont on peut se demander légitimement s’ils se sentent très Français, ou s’ils ne sont pas plutôt les camarades de ces deux jeunes qui sont partis mourir en Syrie au nom d’Allah.

La quenelle est un geste de rejet du système, c’est pour ça qu’elle s’est soudainement répandue l’an dernier, dans un contexte de ras-le-bol généralisé ; elle n’est pas et ne sera jamais ni nazie, ni antisémite, ni rien d’autre. C’est un doigt d’honneur « amélioré », y voir autre chose est ridicule.

Cependant, il convient de s’interroger sur le « système » qu’elle attaque. Je passerai rapidement sur la nuance antisémite/antisioniste, puisque de toute façon ceux qui ont décidé que Dieudo était antisémite ne voient dans son explication d’antisionisme qu’une feinte, qu’une hypocrisie et/ou qu’une lâcheté… Quand on veut noyer son chien, on prétend que non, ce n’est pas juste parce qu’il vient de se laver les crocs qu’il a de la mousse partout sur la gueule. Dieudo est antisioniste, c’est certain car assumé. Est-il antisémite, je n’en sais rien, pas plus qu’aucun de ceux qui dissertent sur la question. Seul lui-même le sait peut-être, et encore.

Je porterai plutôt ma réflexion sur cette photo :

POITIERSElle montre que ce système comprend, pour certains des quenelliers, la France et son histoire. Précisons que ces braves gens ne sont pas des dissidents, mais qu’ils suivent au contraire la ligne de Dieudonné, qui déclarait régulièrement, quand il était encore invité sur les plateaux télé, être favorable au grand mélange. Peut-être est-il un peu gêné par l’accoutrement du personnage de gauche : il professait également à ces occasions son attachement à la laïcité, dans l’acception courante du terme (= les religions, c’est chez soi, en privé).

Évidemment, je sais bien qu’un geste peut être détourné, qu’on peut y rajouter des arrières-pensées qu’il ne contenait pas au départ. Je sais qu’il convient avant tout de regarder ce qu’il voulait dire dans l’esprit de son créateur au moment de la création : je l’ai fait ci-dessus. Je ne dirai donc jamais que la quenelle est un geste antisémite, ni qu’elle est un geste anti-français. Mais j’inviterai seulement mes camarades Français et heureux de l’être, et qui souhaiteraient que leurs enfants puissent eux aussi être Français et heureux de l’être, à se demander s’il est cohérent de reprendre un geste utilisé fréquemment, et depuis longtemps, par des gens qui les incluent dans ce « système à abattre ».

(Un peu comme je crevais de rire à chaque fois que j’entendais, dans une soirée versaillaise où je m’étais égaré, les invités reprendre en chœur « C’est pour la petite bourgeoisie qui boit du champagne », en somme.)

Saut de ligne

Pour finir, j’évoquerai un troisième raison, moins importante mais non négligeable. J’en ai déjà parlé ici, donc je fais vite : encore une fois, nous ne sommes bons qu’à reprendre un symbole créé par d’autres, dont j’ai montré je crois qu’ils ne sont pas du tout sur la même ligne que nous, et s’opposent même à nous sur de nombreux points fondamentaux. Les symboles, c’est comme les immigrés : si on veut les assimiler, il faut d’abord avoir une base solide. Or, dans un cas comme dans l’autre, nous n’avons pas la base solide, si bien que, plutôt que d’assimiler les éléments extérieurs, nous allons finir par n’être plus qu’une soupe hétérogène et indigeste, un mouvement hybride et flasque. Et il est de notoriété publique qu’un mouvement hybride et flasque ne participe jamais de l’évolution intrinsèque de l’humanité. (Un bonus à qui trouve d’où cette phrase est issue.)

A vous de voir, amis. Moi, je ne dis pas « On ne lâche rien », et je ne quenelle pas.

[Ajout le 08/01 à 12:23 : cet article prend volontairement l’affaire par le petit bout. Il ne signifie pas que je suis content qu’on emmerde Dieudonné : on peut s’opposer à la fois à une chose et à son contraire, pour préférer une troisième voie. Pour savoir ce que je pense, très succinctement, du fond de cette affaire, cliquez ici.]

Publicités