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C’est un communiqué qui risque bien de faire l’effet d’une bombe que vient de publier Endémol. La célèbre agence de production pour la télévision fait en effet, dans un long texte publié sur son site, son mea culpa, ce qui est une première, mais n’est rien à côté du fond de l’affaire.

« Nous reconnaissons avoir perdu le contrôle sur une de nos émissions », annonce ainsi ce texte. « Cette émission était la plus ambitieuse jamais créée par Endémol. Peut-être avons-nous vu trop grand… »

L’émission concernée s’appelle « Moi Président… ». Vous n’en avez pas entendu parler ? C’est normal : la clé du concept est là. L’objectif d’Endémol était de proposer la première émission de télé-réalité dont tout le monde ignorerait qu’elle en était une. Le sous-titre de l’émission, « Un président normal », va d’ailleurs dans ce sens : rien ne devait permettre au public de découvrir qu’il assistait à une émission, préparée, organisée, scénarisée.

Une préparation de longue haleine

L’idée de départ était pourtant simple : que se passe-t-il si on place un homme normal dans une situation exceptionnelle ? Que peut faire un homme face à des événements auxquels il n’est pas préparé ? Tellement pas préparé qu’il n’est même pas au courant qu’il est le candidat d’une émission de télévision.

Les producteurs d’Endémol avouent s’être inspirés du film The Truman show : « Bien entendu, ce film représente le rêve absolu pour un producteur de tél-réalité. Seulement nous ne pouvions pas reprendre le même concept sans être accusés de plagiat par les auteurs du film. De plus, nous trouvions la vie de Truman beaucoup trop lisse : à notre époque où le public veut du grand spectacle, ça n’aurait pas marché. » Il a donc fallu adapter le concept : hors de question par exemple d’assister à la naissance du candidat en direct. Pour avoir de l’action, il était nécessaire que le candidat soit déjà arrivé à l’âge adulte.

Les élections présidentielles qui approchaient allaient leur donner une occasion en or. Mais il a fallu forcer un peu le destin. Les élections fourniraient la situation exceptionnelle, Endémol devait fournir l’homme normal : « C’est nous qui avons organisé l’incident du Sofitel. Nafissatou Diallo était une candidate d’un de nos anciens jeux, dont nous savions qu’elle était prête à tout pour se faire un nom. Nous l’avons recontactée et lui avons proposé le rôle. La suite, vous la connaissez ». François Hollande, « l’homme normal » espéré par Endémol, débarrassé de toute concurrence, arrivait au pouvoir le 6 mai 2012. Enfin, l’émission allait pouvoir commencer.

Du cul, du pouvoir, du normal

Chez Endémol, on voulait de l’action, et on n’a pas été déçu : « Avec son idée de mariage pour tous, Hollande s’est avéré un candidat idéal : tout le monde n’a parlé que de notre émission pendant un an, c’était merveilleux ! » Certains petits coups de pouce d’Endémol ont permis de relancer la machine quand elle semblait s’étouffer : « L’entrevue avec les représentants LGBT à l’Élysée le lendemain de la promesse aux maires de préserver leur liberté de conscience, nous avons dû l’organiser : cette annonce risquait bien de faire retomber la pression ».

C’est une fois que cette affaire a été finie que les choses ont commencé à se gâter pour les producteurs. « Le public de ces émissions attend trois choses : du pouvoir, de l’argent et du cul. Avec le mariage pour tous, nous avons eu le pouvoir. Avec l’affaire Cahuzac, nous avons eu l’argent – avec une bonne dose de trahison, ça ne gâte rien. Il nous restait à donner du cul au public. Nous avions prévu une affaire énorme, gigantesque, qui aurait été le sommet de cette émission. Un truc dont nous ne pouvons plus vous parler maintenant que tout est tombé à l’eau. »

En effet, c’est à ce moment que le candidat normal a échappé à ses créateurs. Ils voulaient pour lui un scandale somptueux, ce sera le buzz misérable et pitoyable. Ils lui destinaient une des femmes les plus belles du monde, ce sera une actrice de seconde zone. Ils imaginaient un palace en Russie, ça sera un studio, rue du Cirque. Un clin d’œil douloureux pour les producteurs, qui voient leur émission se vautrer dans le grotesque et le glauque. Au lieu d’un homme normal dans une situation extraordinaire, ils ont un homme normal dans une situation tristement banale.

Une première… et une dernière

Aujourd’hui, Endémol dévoile le pot aux roses et abandonne : « Il n’y a plus rien à faire avec un candidat pareil. Même Vendetta conviendrait mieux aujourd’hui », lancent-ils, dépités, à la fin de leur communiqué.

Une question se pose maintenant : que va-t-il se passer ? Le candidat déchu ne peut pas, comme ses prédécesseurs, « retourner à la vraie vie », puisqu’il y est déjà. Contactés, les producteurs bottent en touche : « Après tout les gens ont voté, non ? On ne les a pas forcés, même si on les a aidés. Ce n’est pas à nous d’assumer leur erreur, qu’ils se débrouillent. Nous, nous nous contenterons de ne plus intervenir, en rien. Il n’est donc pas utile de nous envoyer « Casse-toi » par SMS au 3912 : il faudra trouver autre chose ».

Pour conclure, Endémol a tenu à démentir avec force la rumeur qui commence déjà à voler de bouche en bouche : « Non, Bernard-Henry Lévy n’est pas le candidat d’une de nos émissions. « Moi Président » était notre première tentative. Et elle sera la dernière ».

Pour ma part, j’ai le plaisir de vous annoncer que cet article est ma lettre de candidature pour le Gorafi.

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