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Ils étaient venus en famille, parfois de loin, manifester une nouvelle fois leur mécontentement, de façon pacifique malgré leur colère. Deux jours auparavant, ils avaient appris que le parcours qu’ils avaient prévu leur était interdit, et qu’ils étaient repoussés loin du centre-ville, où on les verrait moins, où on pourrait soit minimiser leur mouvement, soit même l’ignorer.

Le jour venu, ils se sont retrouvés face à un gros dispositif policier ; des rues entières barrées par des barrières portées par des camions ; plus de 1000 CRS postés tout autour du centre-ville – sur leur parcours d’origine, donc… Tout ce qu’il faut pour faire monter la colère d’un cran. Certains, poussés à bout à force de n’être pas écoutés sur cette question qu’ils jugent fondamentale, se jettent contre les forces de l’ordre, dans un baroud aussi inutile que contre-productif. Ils le savent, mais n’en peuvent plus.

Le soir même, 50 000 personnes défilant pacifiquement sont assimilées dans la presse à quelques centaines de casseurs, leur cause méprisée, raillée, voire dénoncée avec force.

Ça vous rappelle quelque chose ? La manifestation contre le « mariage » pour tous sur les Champs-Élysées (ou presque) le 24 mars 2013 ? Ça pourrait. Pourtant je parle de la manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame des Landes le 22 février 2014 à Nantes.

Je sais que la plupart d’entre vous n’avez pas vu ce que je raconte : vous avez vu, dans les médias d’abord, puis sur « nos » blogs ou « nos » murs Facebook et Twitter, des dégradations, des « centre-ville de Nantes saccagé », des « plus de 1000 casseurs à la manif contre NDDL ». Vous avez vu ce qu’on vous en a montré.

Je le répète, ils étaient environ 50 000 à défiler samedi dernier à Nantes. 50 000 dont une immense majorité sont venus en famille, comme nous sommes venus en famille à Paris plusieurs fois l’an dernier, et déjà une fois cette année. Ce que tout le monde a retenu, ce sont les débordements provoqués par à peine une centaine de militants Antifas et de ce qu’on appelle les « Black Blocks », ces groupements informels de militants d’extrême-gauche qui s’attaquent à tout ce qui représente le capitalisme, l’État, l’autorité.

Et pour beaucoup d’entre vous, vous avez marché : vous avez amalgamé l’intégralité de la manifestation à ces quelques dizaines de révolutionnaires dont le seul objectif est de détruire, avec autant d’enthousiasme qu’en avaient probablement un gros pourcentage des manifestants de samedi à nous amalgamer à des fachos homophobes, qui étaient pourtant largement minoritaires dans les rangs de la Manif pour tous.

Il me semble qu’après un an à gueuler contre ce genre d’amalgames, nous devrions être vaccinés. Hélas, suis-je naïf…

Saut de ligne

Bien sûr, il convient de remarquer que cette manifestation a été infiniment plus destructrice que toutes celles que nous avons faites en 2013 et 2014 cumulées.

Évidemment, il faut dénoncer les casseurs, ceux qui ont lancé des pavés, qui ont détruit un dépôt de tram ou qui ont taggué « Un flic = une balle » et autres joyeusetés.

Bien entendu, on peut s’insurger contre le deux poids deux mesures qui permet à Valls d’arrêter 250 personnes à Jour de colère et seulement une dizaine de casseurs à Nantes.

On peut aussi y voir la preuve que les casseurs étaient organisés et habitués de ce genre de confrontation. La présidente du tribunal ayant condamné cinq personnes arrêtées pendant cette manif a même reconnu : « Nous n’avons pas les vrais coupables des dégradations ». Si ceux-là ont été condamnés, c’est parce qu’ils avaient déjà un casier. Les vrais coupables, eux, ne se sont pas faits prendre, comme les vrais responsables des rares violences contre les forces de l’ordre à la fin de nos manifs se sont barrés avant de se faire choper, laissant des gamins naïfs se faire embarquer à leur place.

Mais tout ça ne doit pas nous empêcher de cogiter sur le fond du problème, ça ne doit pas nous permettre de ranger tous les opposants à NDDL dans la case « antifas et sales gauchistes ».

Au contraire, nous devrions avoir un a priori positif pour ces 49 500 personnes environ qui ont subi samedi ce que nous avons subi plusieurs fois en un an.

Nous devons comprendre que bétonner un bassin agricole pour y construire un aéroport en période de crise, ça relève du même vice que marier deux personnes du même sexe ou autoriser les médecins à donner la mort à des enfants, avant ou après leur naissance.

Nous devons rejoindre les Zadistes comme nous avons tendu (ou essayé de tendre) des passerelles avec les Bonnets rouges ou avec les sages-femmes, parce que leur combat est juste.

Saut de ligne

Et inversement, les Zadistes doivent faire le ménage dans leurs rangs, pour en virer ces milices qui non seulement détruisent, en même temps que des vitrines, la crédibilité du mouvement, mais qui en plus refusent tout rapprochement avec quiconque n’est pas d’extrême-gauche. J’en veux pour preuve leur agression contre les Veilleurs cet été et leurs articles ultra-violents contre les rares blogueurs ou journalistes de « notre camp » ayant suivi les événements.

Le combat que nous menons aujourd’hui est global : la logique qui sous-tend NDDL est la même que derrière le mariage gay. Il s’agit de créer un nouvel homme libéré des contraintes du réel, parmi lesquelles le lien direct avec la terre qui permet la vie (via l’agriculture, mais pas seulement) ou l’altérité des sexes, qui elle aussi permet la vie.

Ce lien entre ces deux combats n’ayant apparemment rien en commun, il faut le développer, il faut cogiter dessus, et il faut que chacun le comprenne.

J’espère que ce premier article un peu brouillon, trop superficiel et mal foutu ne sera que le premier d’une longue série d’articles, certes, mais aussi de débats, de discussion, ici et ailleurs. C’est pour cette raison que je le publie alors même qu’il ne me satisfait pas. Mais quand on est face à un nœud gigantesque, il faut bien commencer par tirer quelque part.

J’ai essayé de tirer un premier fil. Maintenant, chers amis, tirons ensemble.

Pour en savoir plus sur l’affaire de Nantes, je vous conseille ceci et ceci.

Pour comprendre un peu mieux Notre-Dame des Landes, je ne saurais trop vous conseiller d’aller lire tout ce que Breizhjournal a pu écrire sur le sujet en cliquant ici.

Enfin, pour nous rassurer un peu, un article qui prouve que de l’autre côté non plus ils n’ont pas tous compris comment tout ça fonctionnait.

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