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J’imagine que vous pensez que je plaisante, ou que je provoque ? Eh bien non, je suis on ne peut plus sérieux. Et je persiste : la théorie du genre n’existe pas, Najat Vallaud-Belkacem a raison.

Vous allez me répondre : il y a des colloques sur le genre à Sciences-Po, et Najat elle-même a fait signer aux syndicats un document dont l’objectif est d’expliquer « la théorie du genre à des enfants de CP », et Papa porte une robe, et Zazie à un zizi, etc.

Je sais tout ça. Et pourtant je maintiens : la théorie du genre n’existe pas. Aurais-je changé de bord ? Suis-je devenu un suppôt de l’indifférenciation homme/femme ? Suis-je devenu – horreur ! – socialiste ??? [Ajout le 13 septembre : c’est de dont m’accuse le Salon Beige. Je lui ai répondu ici.]

Non. Je me contente de parler le français.

Je répète donc : LA théorie du genre n’existe pas. Il n’y a pas UNE théorie du genre : il y a des études sur le genre, DES théories sur le genre, mais pas UNE théorie.

« Tu chipotes, Fik, et c’est pas le moment », me répondrez-vous. Vous vous planterez. Regardez, écoutez, lisez les déclarations de nos dirigeants : tous répètent à l’envie ce que je répète depuis le début de ce texte : « La théorie du genre n’existe pas ». Pas une seule fois l’un d’eux n’a dit que le concept de genre n’existe pas, que les études de genre n’existent pas.

Ce n’est pas un détail : ces gens ne sont pas cons et leur métier consiste en partie à jouer avec les mots. Ils savent très bien que formellement ils disent la vérité, et ils savent très bien que leurs opposants ont eux aussi raison de s’opposer à leurs projets.

C’est une stratégie, très bien pensée et très efficace.

Cette stratégie a deux versants. Le premier consiste à attaquer son adversaire sur un de ses vices supposés pour l’obliger à perdre tout son temps de parole en justification ridicule. C’est ainsi que la Manif pour tous a utilisé 90% de son temps de parole à se défendre d’être homophobe. Et finalement, à force de se justifier, on finit par croire qu’on l’est : c’est ainsi que Frigide passe aujourd’hui son temps à demander pardon pour l’homophobie de LMPT. C’est ainsi aussi que l’UMP n’a cessé d’accuser Jour de colère d’être une émanation du FN, alors que c’est probablement de ça que l’UMP souffre le plus, comme je l’ai déjà expliqué.

Le second consiste, quand on est attaqué sur un point, à créer un point de fixation sur lequel l’adversaire va se focaliser, jusqu’à devenir complètement obsédé par lui. Et l’obsession, on le sait, crée un discours complètement caricatural et sans la moindre nuance.

« La théorie du genre » est devenu ce point de fixation. Ils ont tout fait pour, en utilisant d’abord cette expression exclusivement, puis en changeant d’un seul coup de discours pour nier l’existence de cette théorie (ce qui est vrai, donc, puisqu’il n’y en a pas qu’une seule). Si bien que maintenant, dès que nous voyons le mot « genre » quelque part, nous hurlons tous en cœur : « C’est la preuve que la théorie du genre existe ! », sans la moindre nuance.

Alors que si on regardait la question avec nuance, que verrait-on ?

– Que la question que posent les études de genre est celle-ci : « Quelle est la part de naturel et quelle est la part de culturel dans les comportements couramment attribués à l’un des deux sexes ? » ;

– Que cette question n’est pas injustifiée : c’est une vraie question. Nous connaissons tous des femmes qui ont certains comportements dits « masculins » et des hommes qui ont certains comportements dits « féminins ». Sont-elles pour autant moins « femme » que celles qui font du shopping le samedi avec leurs copines pour acheter des fringues roses. Sont-ils pour autant moins « homme » que ceux qui boivent des bières devant la télé en se grattant l’entre-jambe ?

– Que cette question est même fascinante ;

– Et surtout que cette question peut permettre d’éviter certaines erreurs, comme celle de forcer un fils à faire du rugby « parce que c’est un sport d’homme » quand il préfèrerait faire du violon, et d’éviter à une fille qui aimerait consacrer sa vie à la recherche scientifique de se sentir obligée de se marier, « parce qu’une femme sans enfants c’est pas normal ». Erreurs qui peuvent briser une vie, ou en tout cas la fragiliser gravement et durablement.

Si la généralisation est utile et bonne, elle est naturellement limitée, parce que chacun est unique. Cette unicité, les questions de genre peuvent aider à la comprendre et à l’approfondir.

C’est pourquoi nous devrions nous intéresser à ces questions. Au lieu de ça, nous nous sommes enfermés dans un refus catégorique, qui nous oblige à nous réjouir de ce qu’un maire offre des cartables roses aux filles et bleus aux garçons, juste parce que ça fait hurler les féministes. C’est crétin. C’est crétin et c’est du pain-béni pour nos opposants : nous sommes effectivement devenus la caricature qu’ils prétendaient que nous étions.

En bref : ne hurlons pas dès que nous entendons le mot genre. Essayons au contraire de recadrer le débat, en y faisant revenir la question du naturel. Essayons d’enrichir ce débat, de l’approfondir, de l’orienter dans le sens que nous croyons juste et bon.

C’est d’ailleurs ainsi que la caricature changera de camps : si nous sommes carrés, nous pouvons facilement montrer que nos opposants se basent quasi-exclusivement sur la théorie de Butler, féministe radicale qui a utilisé les études de genre pour dire que les comportements sexués étaient définis par les hommes depuis toujours dans le seul but d’asservir les femmes, et qu’il fallait donc supprimer toutes les différences sexuées pour enfin atteindre l’égalité.

Cette théorie là, oui : il faut la combattre. Et ce n’est globalement pas très compliqué, justement parce qu’elle est caricaturale. Mais prenons bien soin de toujours préciser que nous ne combattons pas « la théorie du genre », mais bien « la théorie de Judith Butler, extrémiste du genre ».

BONUS : je ne résiste pas au plaisir de vous partager ce tweet superbe, qui prouve que parfois nos opposants non plus n’y connaissent rien :

1604678_10152664526389729_7925919317405573361_nRaison de plus pour nous former.

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