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Je vois beaucoup de mes camarades se réjouir de ce qui arrive à Fillon. Pour eux, un duel Macron-Le Pen serait une bonne chose, quel qu’en soit le résultat.

Si Macron gagne, ça pourrait accélérer

  • d’une part l’explosion du clivage gauche-droite et de chacune de ces deux entités (de plus en plus artificielles, je les rejoins là-dessus)
  • d’autre part la chute, et donc la renaissance.

Et si le Pen gagne, ça ne saurait être pire qu’aujourd’hui. Voire tant mieux parce qu’elle sauvera la France.

Hélas, je ne partage pas leur enthousiasme, pour aucune de ces deux solutions.

Non, je n’arrive pas à me réjouir de la chute de Fillon au profit de Macron. D’abord parce que, si effectivement d’un mal peut sortir un bien, je ne peux me résoudre à accepter le mal. Je ne peux ici que vous renvoyer à ce que je disais déjà en avril 2012. Ma position reste la même : non, Fillon n’est pas le sauveur que certains croient voir. Oui, il est à peu de choses près le même que les autres : bouffé par le système, corrompu par des années de politique (ou de banque), et ayant déjà prouvé son incapacité à plusieurs reprises.

Non, je ne crois pas que Fillon va sauver la France. Je crois uniquement qu’il accélèrera moins la chute que les autres candidats en lice.

Vous le savez sans doute si vous lisez ce blog depuis un moment : je crois qu’une civilisation nait, grandit, atteint son âge mûr, puis vieillit et meurt. Et je crois que la nôtre n’en a plus pour très longtemps. Et je sais que la mort d’une civilisation ne se fait jamais dans la joie. En revanche, je suis convaincu que sur la tombe d’une civilisation morte renait toujours une autre civilisation.

Aujourd’hui, je suis convaincu qu’il n’y a que deux choses à faire : 1. construire des structures locales assez solides pour supporter la mort de notre civilisation (quelques éléments sont donnés ici) ; 2. planter les graines de ce que sera la civilisation que naitra sur les ruines de celle qu’on connait aujourd’hui. (Globalement, si on fait le 1 correctement, le 2 vient avec. C’est-à-dire qu’il faut faire le 1 en donnant à ces structures la possibilité de porter du fruit. Le survivalisme est donc exclu d’office.)

Fillon participera-t-il à l’un ou l’autre de ces points ? Je ne crois pas. En revanche, je crois qu’il nous permettra de gagner un peu de temps. Oh, pas grand-chose peut-être, mais qui pourrait cracher sur quelques années de retard dans l’installation de l’euthanasie ? Qui pourrait cracher sur quelques années de répit – relatif – accordées à l’école libre ? Qui pourrait cracher sur quelques années de ralentissement du matraquage sur le genre ?

Chaque année que nous gagnons sur chacun des axes de progression du grand n’importe quoi est une année de plus pendant laquelle nous pouvons faire grandir nos enfants un peu à l’abri du prochain délire ; apprendre à planter nos légumes ; diversifier nos sources de revenus pour ne pas être à la merci d’une crise et d’un licenciement ; consolider nos réseaux amicaux et de camaraderie ; nous rapprocher de la terre nourricière ; convaincre autour de nous de la nécessité de tout ça ; etc.

Chaque année gagnée nous permettra de mieux résister à la déflagration et de planter quelques graines de plus pour la suite. Aujourd’hui, c’est tout ce que j’attends d’un candidat à la présidentielle : qu’il nous fasse gagner un peu de temps. (Et peu importe qu’il le fasse par conviction ou par calcul : rien à faire, je ne suis pas là pour juger le fond de leurs âmes…)

Dans un deuxième article : pourquoi la solution le Pen ne me rassure pas non plus des masses.

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