À penser le monde toujours du même endroit, on se condamne à ne jamais apercevoir qu’un tout petit bout de la Vérité

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Ce sont deux micro-affaires qui ont vaguement agité le microcosme des catholiques engagés sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Sans doute n’en avez-vous même pas entendu parler. Peut-être même ne connaissez-vous pas les protagonistes de ces deux affaires. Je vous en parle quand même, parce qu’elles me semblent bien plus graves, au fond, que leur microscopisme peut bien laisser penser au premier abord.

Les faits.

Le 1er septembre, Henrik Lindell, journaliste, chef de rubrique « société » à La Vie, publie sur Facebook un statut où il s’étonne que le pape François appelle les chrétiens à se rendre dans les mosquées comme certains musulmans se rendent dans nos églises en signe d’amitié.

Les propos de Wolton aussi bien que ceux du pape me surprennent dans la mesure où ils ne prennent absolument pas en compte ce qu’est une visite à la mosquée pour un chrétien. Un chértien qui débarque à la mosquée est plus ou moins bien accueilli par des gens baraqués à l’entrée. Il doit ensuite demander « le responsable ». Puis il doit expliquer exactement pourquoi il se rend à la mosquée. […] Le chrétien n’est évidemment pas invité à rentrer dans la salle de prière.

Il précise qu’il a tenté l’expérience plusieurs fois dans plusieurs endroits différents, en France comme à l’étranger. Puis il conclu :

Je suis donc surpris de la question de Dominique Wolton et de la réponse du pape. ignorent-ils comment les non-musulmans sont reçus dans les mosquées ? Apparemment oui. Qu’ils se renseignent ! Et qu’ils évitent, au moins, de culpabiliser les chrétiens. Ce n’est pas le moment.

[Le post en entier]

Bien entendu, ce post a provoqué de nombreux commentaires, principalement de gens comme moi qui y ont trouvé une nouvelle preuve que François parle trop souvent sans savoir exactement de quoi il parle.

Quelques jours plus tard, le même publiait un nouveau post. Un long « mot d’excuses » dans lequel il écrivait :

Plusieurs personnes m’ont écrit, m’expliquant leurs inquiétudes à mon égard, notamment à cause de ma proximité, réelle ou supposée, avec telle ou telle personne associée à l’extrême-droite.

Et de se demander comment il pourrait à l’avenir exprimer ses « doutes au sujet de certains propositions du pape » sans provoquer de « polémique stérile ». Et d’affirmer :

Tout ceci m’incite évidemment à envisager une autre approche de la chose. Je dois notamment apprendre à bien insister sur le profond et vrai respect que j’ai pour le pape.

[Le post]

Bizarrement, j’ai un peu lu ça comme un aveu qu’il n’en parlerait plus, du pape, QUE pour en dire du positif, afin d’éviter de trop s’approcher à nouveau de « l’extrême-droite » en exposant ses doutes.

Deuxième « affaire ».

En début de semaine, dans les environs du 3 septembre, Paul Piccarreta, directeur de la revue Limite, publiait lui aussi un mot d’excuses. Lui n’avait pas évoqué le moindre doute concernant la moindre parole de François. Non, il avait seulement écrit un article dans le nouveau magazine L’Incorrect, mag entendant « faire la passerelle entre toutes les droites ». Dont l’extrême, évidemment, certaines de ses plumes étant proches de Marion Maréchal le Pen.

Paul, lui, ne savait pas. « Jacques de Guillebon, le directeur du journal, est un ami », mais il ne savait pas, Paul, que Jacques est très proche de Marion et a travaillé avec elle.

Je m’attendais plus à du Causeur – journal aux opinions relativement variées – qu’à quelque-chose approchant Minute.

C’est pourquoi il a accepté d’écrire ce qu’il voulait dans ce journal. Mais voilà, il se trouve que :

De nombreuses personnes m’ont demandé la raison de ma collaboration [à ce journal]. Elles ont bien raison !

Et plus loin :

Ma participation est donc bel et bien une erreur !

Voilà. Je le savais pas, je l’ai pas fait exprès, je le ferai plus.

Alors que personne n’a obligé Paul à écrire sur « la question de l’islam, des étrangers et des migrants », « obsession de cette droite » qui « a fait du pape François sa nouvelle tête de Turc ». Je ne sais même pas sur quoi Paul a écrit mais on peut supposer que c’est sur l’écologie, et c’est très bien.

[Le post de Paul.]

Voilà les faits.

Pourquoi sont-ils dramatiques ?

Parce qu’ils dévoilent l’existence chez les catholiques d’une police de la pensée qui se croit autorisée à dire avec qui on peut penser et près de qui on n’a pas le droit de penser. Pas même contre.

Il y a donc des gens qui sont capables d’écrire à quelqu’un qu’a priori ils apprécient non pas pour discuter avec eux de ce qu’ils ont dit, pour essayer de mieux le comprendre, pour éventuellement les ramener sur le droit chemin, voir pour s’engueuler un bon coup… non, juste pour leur dire que ce qu’ils disent les rapproche un peu trop de tel ou tel groupe assimilé au mal absolu.

Il y a des gens qui n’ont que ça à faire, et qui le font, et qui sans doute en sont fiers.

Et le pire, c’est que certains – dont des gens intelligents – acceptent de se laisser dicter leur conduite par cette police de la pensée, publiant moult mea culpa quand ils ont eu le malheur de penser un peu trop près des mauvaises personnes.

Quand j’ai quelque chose à dire, je me fous que ça me place aux côtés d’anarchistes athées ou d’identitaires païens. Je m’en fous. Si je crois que c’est juste, je le dis. C’est ce qui me permet de lutter à la fois contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes aux côtés d’affreux zadistes, contre la dissolution de notre civilisation aux côtés d’affreux païens, contre la culpabilisation automatique du mâle aux côtés d’un alcoolique mondain (Frédéric Beigbeder) ET d’un chroniqueur fils-à-papa (Nicolas Bedos), etc. Bon, heureusement, comme vous l’avez vu plus haut si vous cliquez sur les liens, ça m’a parfois aussi permis de penser aux côtés du Père abbé de l’abbaye de Triors, mais aussi parfois aux côtés de Bernanos, de Fabrice Hadjadj, de Chantal Delsol, etc.

Et parfois même aux côtés du Christ lui-même.

Mais dans tous les cas, si quelqu’un vient me faire remarquer que je pense trop proche de gens qu’il n’aime pas, je l’envoie paître en lui posant la seule question qui vaille : est-ce que ce que je dis est juste ?

Je ne suis pas un héros. Je ne pense pas être doté d’un courage extraordinaire. Je ne crois pas que ce que j’écris change le monde.

Mais je crois sincèrement que cette façon de faire est la seule qui vaille quand on se targue d’essayer de penser le monde tel qu’il est et non tel que les uns ou les autres voudraient qu’on le voit.

Ce qui est la seule façon d’être libre.

_____________________________________

Ce texte n’est pas libre de droit. Si vous voulez le partager à vos lecteurs, un lien suffit. Le copier/coller tue l’information (plus de détails ici) et est passible de poursuites. Je n’hésiterai pas à faire valoir mes droits, qui que soit le copieur.

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12 réflexions à propos de “ À penser le monde toujours du même endroit, on se condamne à ne jamais apercevoir qu’un tout petit bout de la Vérité ”

  1. illwieckz a dit:

    Au pire celui qui se découvre au milieu d’une troupe qu’il n’assume pas, avec un peu d’orgueil dirait qu’il faut bien quelqu’un pour relever le niveau. Ainsi, même un gamin avec sa rhétorique de bac à sable saurait se montrer plus libre que ces « penseurs » qui s’interdisent de penser dès qu’ils ne sont plus tout seul.

  2. Sur l’existence de cette police de la pensée que vous pointez chez les catholiques, ne serait elle pas une déformation de cet appel à la correction fraternelle dont nous avons entendu parler lors des textes de ce dimanche ?

  3. Elendil, c’est surtout une déformation de la notion de péché, en fait : ces gens croient vraiment que penser la même chose que certaines personnes est un péché, par principe.

    Illwieckz, oui, en effet, au pire on peut toujours s’en sortir comme ça.

    Je m’étonne aussi que des gens qui font profession de réfléchir et de faire réfléchir les autres soient si dérangés à l’idée de s’adresser à des gens qui ont des idées a priori opposées aux leurs. Je sais pas, moi je serais plutôt heureux, au contraire, de parler à des gens qui n’ont pas l’occasion d’entendre ce que j’ai à dire.

    Là aussi, je trouve que ça dénote un certain dogmatisme qui n’est pas sans m’effrayer.

  4. 1) Il n’y a pas de « s » à « Limite ».
    2) Vraies questions. Mais je trouve que tu vas un peu vite en besogne, en ne comprenant de ces publications que ce que tu veux en comprendre. Il y a en effet plusieurs façons de les lire, cela se voit dans les discussions sur ton mur Fb. Quand tu ne les supprimes pas… J’espère au moins que c’est par repentance pour tes insultes envers Paul plutôt que par dépit de voir des opinions contraires en commentaires.

  5. Co To a dit:

    « Je sais pas, moi je serais plutôt heureux, au contraire, de parler à des gens qui n’ont pas l’occasion d’entendre ce que j’ai à dire. »

    J’ai déjà vu cette phrase sur votre page FB et j’avais vraiment envie d’y réagir. Je ne l’ai pas fait, c’est vrai.
    Cependant, quelque soit la sphère où l’on évolue, il y a toujours ce problème de calque, de « moule », de « police de la pensée » comme vous l’appelez. J’ai fréquenté pas mal d’horizon politiques et spirituels comme vous ne le savez probablement pas, mais je n’ai jamais pu cadrer correctement avec les uns ou les autres, même avec mes idées personnelles pourtant très claires pour moi-même. Aucun écart n’est accepté et si vous osez formulez un semblant de phrase en rapport avec une idée extérieure contraire, c’est le drame.
    Alors le monde côté catholique (j’ai finalement plus vécu en Belgique qu’en France pour connaitre véritablement les noms que vous citez et donc me suis intéressée qu’au petit monde de là-bas finalement) est exactement mis au norme de la même manière que chez les païens, et idem dans les groupes politiques, droite, gauche,… Et quand on mélange les deux,… C’est Jackpot.
    Peut-être pas chez Mr Macron car j’ai bien suivi la campagne avec attention et il est des deux, et aucun à la fois, qu’il a dit à l’époque. Depuis, je n’ai plus vérifié.
    Trêve de plaisanteries, ce fonctionnement de pensée unique est terrifiant.

    Je vous trouve bien courageux, finalement et ça me rappelle que c’est pour cela que j’aimais vous lire. Bien que nos discussions n’ai jamais traversé cet espace (miné finalement) que sont les champs politiques ou spirituels, on en apercevait déjà des bribes. Mais justement, vous apportez un point de vue (étoffé… ! Tout le monde n’a pas cette démarche de l’argument développé). Et j’espère que rien ne vous fera changer d’avis sur ce fonctionnement. Même si en coulisse, je ne suis pas toujours totalement d’accord avec vous.

  6. @ Co To

    Je suis bien conscient que c’est partout pareil. J’allais dire « heureusement », mais le terme est mal choisi ; disons que si ce n’était que chez les cathos, ça serait gravissime. C’est d’ailleurs exactement ce qui fait que je n’ai jamais signé nulle part, dans aucun parti ni aucun mouvement : parce que je veux, j’ai besoin de rester libre, et de pouvoir dire exactement ce que je pense, même si ça va à l’encontre de ce que pensent des gens très proches de moi.

    Cette indépendance a un coût, je la paie souvent mais au bout du compte je ne regrette rien 🙂

    Merci pour vos compliments, ils me touchent d’autant plus que justement nous avons sans doute effectivement plus de désaccords que d’accords. Mais c’est aussi ça qui me rend heureux dans le fait d’avoir tenu ces blogs successifs : d’avoir réussi à accrocher des gens totalement différents de moi, et d’avoir créé un lien, même virtuel, même tenu, mais qui se base sur une estime réciproque qui me réjouit.

    Et j’espère avoir un jour l’occasion de discuter de ces désaccord 🙂

    @ Mayeul

    1. C’est corrigé. C’est étonnant, d’ailleurs, je ne vois pas pourquoi ils n’en ont pas mis. S’il y a une explication, je prends.

    2. Je comprends ce que je lis, et ce que je lis est très clair. Si un même texte peut être compris de deux façons opposées, c’est qu’il y a un problème. Dans les deux cas, ce que tu penses que les auteurs voulaient dire aurait pu être dit de façon très clair et sans la moindre équivoque. Il y a équivoque, ça me suffit pour considérer qu’il y a un problème.

    Et je supprime parce que ces conneries me bouffent le moral et la santé. Je ne laisserai plus Fb me détruire comme il l’a fait trop longtemps. Alors parfois, je regrette d’avoir lancé un débat et je supprime. Mais franchement, m’accuser de refuser les opinions discordantes est ridicule, après plus de 10 ans de blogage et de débats en tous genres. Tu verras dans 10 ans : tu seras fatigué et tu supprimeras toi aussi.

    Mais non, aucune repentance : j’assume totalement ce que j’ai dit et le maintiens. Dans ces affaires, les deux protagonistes cités ont agit comme des couilles molles. Et si ça me chagrine autant, c’est justement parce que je les estime tous les deux. Tu remarqueras que je n’ai par exemple pas évoqué l’épisode avec Koz, parce que lui je le méprise au-delà de toute expression et n’espère rien de lui.

  7. Les deux cas que vous exposez me semblent différents.
    Dans le premier, un journaliste qui émet un point de vue critique sur un propos précis et circonstancié du pape entend rappeler qu’il ne s’associe en rien, pour autant, à quelques propos délirants et systématiques concernant celui-ci (il suffit de voir les commentaires de certains lecteurs, dans le « Figaro » ou dans « Causeur » pour le comprendre).
    Dans le second, force est de reconnaître que Paul Piccareta s’est en effet pris les pieds dans le tapis : il lui était certainement possible de savoir à quoi s’attendre avec « l’Incorrect » (qu’on en pense en général ou dans les détails du bien ou du mal) et de ne pas accepter d’y écrire si cela ne lui plaisait pas. D’où, sans doute, le caractère « naïf et maladroit » de son espèce de rétractation a posteriori. Mais bon, est-ce si grave ?
    Passé ces deux réserves, oui, chacun est libre de dire ou d’écrire ce qu’il veut, que cela coïncide ou non avec les propos de gens qu’il n’apprécie pas a priori…

  8. En effet, les deux cas sont différents, et il y aurait des choses différentes à dire sur chacun.

    Le point commun entre les deux reste quand même qu’ils rendent apparent cette police de la pensée. J’ai lu depuis des commentaires sur la page d’un blogueur influent de la cathosphère qui montrent clairement qu’il y a eu une « campagne » menée auprès de Paul pour le sommer de s’expliquer, voire de se dédire. C’est ça qui est grave dans cette affaire.

    Mais il y a aussi autre chose qui me dérange dans cette affaire, qui sort un peu de l’objet de l’article mais que je tiens à écrire tout de même une fois pour toute : je suis aussi dérangé par ce refus d’écrire dans un journal dont on ne partage pas les idées. Je trouve au contraire d’autant plus intéressant d’écrire chez des gens qui ne sont pas habitués à lire ce que j’ai à dire.

    Franchement, on me propose demain d’écrire dans Golias ou Libération, je prends, à la condition expresse que je puisse écrire absolument ce que je veux et que je puisse vérifier les BAT. Finalement, on me proposerait d’écrire dans l’Incorrect, ça reviendrait à me proposer de parler à des gens qui sont déjà d’accord avec moi à 99%. C’est bien aussi, d’aider les gens à mettre des mots sur ce qu’ils pensent, c’est là aussi ce à quoi a servi ce blog dans 99% des cas. Mais quand on a l’occasion d’aller parler à des gens qui n’entendent JAMAIS ce qu’on dit, je trouve qu’il FAUT en profiter.

    En cela, Paul me semble aussi faire preuve d’une certaine frilosité, voire d’une sorte de sectarisme, qui m’inquiètent aussi. Là encore, quand bien même il aurait la nausée d’écrire aux côtés de gens qu’ils désapprouvent fortement – je n’y reviens pas -, il aurait pu simplement répondre ça à ses détracteurs et s’en serait sorti par le haut.

    Bref, voilà c’est dit.

  9. @ Fikmoskov : il est vrai que de telles occasions peuvent être à saisir, si elles se présentent dans les conditions que vous décrivez. Pour Paul Piccareta, on pourrait plutôt parler d’un accès de conformisme, ou de peur de déplaire. Quant à ses détracteurs momentanés, ont-ils lu sa contribution et le magazine ? Disons que si c’était le 892ème numéro d’un torchon avéré, on pourrait pencher dans leur sens. Mais quand il s’agit du premier…

  10. Le magazine n’était pas encore sorti, donc non, ils n’avaient rien lu 😀

    J’ai peur que beaucoup de détracteurs aient décidé que c’était un torchon, au mépris de l’évidence qui voulait au moins que ça soit d’une certains qualité.

  11. PMalo a dit:

    Il y a des torchons de très bonne qualité.

  12. @ PMalo : à condition de ne pas être des tissus de mensonges.

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