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Ce texte de Nicolas Lévine sur Causeur.fr (assez médiocre en lui-même, d’ailleurs) tombe dans le panneau lamentablement.

Quel panneau ?

Celui de focaliser sa rage contre les CRS :

– Titre :

« Les « gilets jaunes », les CRS et moi »

– Sous-titre :

« Une journée qui ne m’a pas fait changer d’avis sur les CRS »

– Chapô :

« Récit d’une journée qui ne m’a pas fait changer d’avis sur les CRS. »

– Début de l’article :

Je n’ai jamais beaucoup aimé les CRS. C’est tout de même des types dont le travail consiste à taper sur des grévistes, des étudiants, des zadistes, des cathos tradis. Drôle de vocation. C’est un peu comme vouloir être huissier ou proctologue : selon moi, ça doit attirer les vicieux.

On a déjà lu dix lignes, soit environ 10% du texte, et on n’a parlé que des CRS.

Mais bon sang ! On s’en fout, des CRS !

Certes, on peut regretter qu’ils « ne mettent crosse en l’air et ne fraternisent avec le peuple » (encore que : s’ils sont vraiment les vicieux que l’auteur pense, je ne comprends pas pourquoi celui-ci a tellement envie de fraterniser avec eux…)

Certes, on peut dénoncer leurs débordements, leurs attaques contre les petites vieilles perdues dans les fumées brûlantes, leur acceptation des ordres qu’ils reçoivent de laisser les casseurs faire leur travail de clébards du système.

Certes, on peut rêver qu’ils se révoltent enfin, eux aussi, et nous aident à renverser ceux qui les méprisent autant que nous.

Mais concentrer sa rage sur eux, comme l’auteur, c’est tomber dans le panneau du pouvoir, qui se protège derrière leurs corps comme eux, CRS, se protègent derrière leurs boucliers. Ce n’est pas que physiquement que le pouvoir se cache derrière les CRS, qui nous empêchent d’aller les chercher (hein, Manu ?!) pour leur faire payer le prix de leur ignominie. C’est aussi moralement.

Parce que le temps qu’on passe à détester les CRS, on ne le passe pas à le détester lui, le pouvoir.

Parce que la rage qu’on use contre leurs boucliers et leurs matraques n’est plus dirigée contre lui, le pouvoir.

Parce que les lignes qui sont écrites contre les CRS ne sont pas écrites contre lui, le pouvoir.

Ce temps, cette rage et ces lignes sont perdus. Ils sont gaspillés contre une cible qui n’en est pas une, contre une cible posée là exprès par des joueurs d’échecs qui sacrifient leurs pions pour préparer leurs attaques futures.

Nicolas Lévine, et avec lui tous ceux qui haïssent les CRS, sont comme le taureau qui fonce sur la cape rouge et brillante qu’on lui agite sous le nez, et comme lui finiront avec l’épée plongée dans la colonne. Et la queue coupée.

Ce n’est pas la cape qu’il faut viser, c’est celui qui l’agite !

toro

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