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C’est une affaire symptomatique de l’impossibilité de débattre sainement aujourd’hui : en Pologne, un archevêque subit une cabale médiatique l’accusant d’avoir reporté la culpabilité de la pédophilie sur l’enfant victime. Je cite l’article du Monde qui rapporte l’affaire :

« Beaucoup de ces cas de harcèlement sexuel auraient pu être évités si les relations entre parents étaient saines », a-t-il déclaré aux journalistes, en marge d’une réunion de l’épiscopat. « Combien de blessures dans les cœurs d’enfants, dans la vie d’enfants quand les parents divorcent ! Un divorce est un grand tort pour l’enfant. On ne doit pas l’oublier même si, bien sûr, le harcèlement sexuel est aussi un grand tort », a-t-il ajouté.

Mais la phrase la plus polémique prononcée par Mgr Jozef Michalik est la suivante : « Nous entendons souvent dire qu’une telle attitude inappropriée ou un abus a lieu quand l’enfant cherche l’amour. Il s’attache, il cherche. Et il se perd lui-même tout en y entraînant cet autre homme. »

Que lui reproche-t-on, à cet archevêque ?

D’innocenter d’office le coupable ? Je ne vois ça nulle part : aucune phrase ne vient même évoquer vaguement et de loin la chose. Mieux, il précise « bien sûr, le harcèlement sexuel est aussi un grand tort« .

De rendre l’enfant coupable ? C’est faux : l’attitude de l’enfant dont parle Mgr Jozef Michalik est causée selon lui par le divorce des parents. Ce sont les parents qui, ne pouvant offrir à leur enfant l’amour qu’il attend, parce qu’ils sont incapables de se le donner entre eux, poussent l’enfant à trouver cet amour auprès d’autres adultes.

De manquer de compassion ? « Combien de blessures dans les cœurs d’enfants« , « un grand tort pour l’enfant« , « Et il se perd lui-même« . Comment peut-on feindre, en lisant ça, que Mgr Jozef Michalik manque de compassion pour l’enfant ?

Saut de ligne

Ce que révèle cette affaire, c’est cette incapacité de certains de comprendre qu’on peut ne pas dire certaines choses parce qu’elles sont évidentes, et qu’elles ne feraient donc qu’alourdir le propos. Sans même préciser qu’énoncer des évidences est souvent une manière de montrer qu’elles ne sont justement pas évidentes. Quand on expose une recette de cuisine, on ne rappelle pas qu’il faut allumer le gaz. Quand on énonce une théorie mathématiques, on ne rappelle pas le principe de l’addition. Quand on parle de l’immigration, on ne rappelle pas que la mort d’un homme est toujours un drame, n’en déplaise à certains. Parce que si on rappelle tout ça, chaque recette de cuisine nécessite un bouquin entier, chaque théorie mathématique doit être exposée accompagnée de l’intégrale des manuels scolaires de maths du CP à la terminale, et chaque texte sur l’immigration ne doit se lire qu’après avoir relu la Controverse de Valladolid.

En clair, on n’en finit pas.

Un débat se base toujours sur des évidences premières, qui n’ont pas besoin d’être rappelées : pour ajouter un étage à un immeuble, on doit faire confiance aux étages précédents. Pour voir loin, le nain doit grimper sur les épaules du géant. Si plus aucune évidence ne tient, s’il faut toujours tout remettre à plat, tout redire, tout préciser, alors on ne débat plus de rien, et on ne construit plus que des caves, parce qu’une maison a besoin de fondations. Et on reste un nain.

C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui : on ne peut plus débattre de rien d’important, parce que plus rien n’est sûr, plus rien n’est solide.

Et aussi parce que parfois certains y mettent une bonne dose de mauvaise foi… Il en faut pour croire qu’un archevêque puisse décharger le pédophile de sa responsabilité, à peu près autant que pour croire que je me réjouisse de la mort de 400 personnes.

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