Le refus d’un élève musulman de s’approcher de la croix est-il « touchant » ?

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La vidéo fait le tour de la « fachosphère » [précision : ce terme n’est nullement péjoratif dans ma bouche. J’en fais partie, de la « fachosphère », et ça me va très bien…] : en voyage de classe sur un champ de bataille non-identifié [Il s’agit du Mémorial du Trou de mine, « Lochnagar Crater » pour les anglo-saxons, à Ovillers-la-Boisselle, haut lieu de la bataille de la Somme], un jeune élève musulman refuse de s’approcher d’un monument aux morts parce qu’il est surmonté d’une croix.

Interrogé par le reporter après l’événement, le jeune professeur affirme qu’il n’a pas été choqué et qu’il a même trouvé ça « touchant » de voir son élève avoir tellement à cœur d’être un bon musulman.

« Gauchiasse ! », « suppôt de Najat ! », « Dhimmi ! » et j’en passe : les insultes pleuvent sur le jeune professeur, qui devient subitement le symbole de la soumission de l’Éducation nationale.

Sauf que…

Sauf que ce prof est prof dans une école de la Fondation Espérance Banlieue. Une école hors-contrat, donc, c’est-à-dire pas tellement soumise à l’Éducation nationale, déjà.

Espérance Banlieue, c’est ce réseau d’écoles implantées dans les banlieues où l’Éducation nationale n’arrive plus à faire son boulot. Ce sont des écoles qui travaillent « à l’ancienne » (c’est même le titre du reportage) : dans les méthodes d’apprentissage en premier lieu (méthode syllabique, histoire chronologique, littérature classique, etc.) mais aussi dans la pédagogie au sens plus large.

Les élèves vouvoient tous les professeurs et inversement, ils ont un uniforme, ils lèvent les couleurs régulièrement, apprennent la Marseillaise, sont répartis en équipes de différents âges, où chacun est responsable des autres à la manière d’une patrouille scoute, ont des sorties régulières dans la nature, etc.

A l'école de la patrie

L’équipe enseignante est souvent quasi-intégralement composée de catholiques (c’est dans le reportage), et de toute façon le passé chrétien de la France n’est certainement pas occulté devant les élèves pourtant largement majoritairement musulmans. Dans le reportage, on voit le même professeur expliquer Noël à ses élèves, par exemple. Mais ça pour le savoir il faut avoir regardé un peu plus que l’extrait qu’on nous jette à la figure en boucles, évidemment.

Et ce jeune professeur, en début de reportage, lance : « Mon but est de construire une culture commune, je ne suis pas favorable au multiculturalisme ». Puis, après l’événement, convoque la mère de l’enfant… qui lui passe un savon.

Bref, de bien drôles de « gauchiasses », quand même, qui semblent les seuls encore à croire aujourd’hui à la possibilité d’une vraie assimilation.

 

Il me semble donc qu’il serait judicieux d’arrêter ce lynchage débile : il ne sera pas difficile de trouver de meilleures cibles.

D’abord parce que ce professeur a sans doute été déstabilisé par la question et a préféré donner la réponse la plus consensuelle possible devant une caméra, dans un contexte de chasse au « dérapage islamophobe » qui appelle effectivement à la prudence. La naïveté apparente de sa réponse contredisant totalement le reste de ses actes – et même de ses autres déclarations dans le documentaire –, il est absurde de généraliser à partir d’elle.

Ensuite parce qu’il y a à mon avis deux choses bien plus intéressantes dans cet extrait. La première, c’est que l’enfant en question refuse de s’approcher de la croix parce qu’elle lui fait « trop mal ». On pourrait se demander qui d’autre, d’habitude, a mal quand on approche une croix de lui, et se demander s’il n’y a pas un lien.

La seconde, c’est que effectivement c’est touchant de voir un gamin inquiet d’être fidèle à sa foi (ou à ce qu’il croit qu’elle est), et capable pour cela de s’opposer à des adultes. Dans un contexte où globalement plus grand-monde n’est capable de fidélité à rien, c’est déjà un bon point pour ce gamin. Et on pourrait se demander comment eux musulmans parviennent à donner cette crainte à leurs enfants, quand nous catholiques y avons tellement de mal… ou n’en voyons même pas l’intérêt.

En cela, oui, l’attitude de ce gamin doit nous toucher. Un peu comme est capable de nous toucher du bout du doigt, à de multiples reprises, un enfant voulant nous demander quelque chose, et le faisant jusqu’à ce qu’on s’intéresse enfin à lui.

Laissons-nous toucher par cette affaire, comme le demande ce jeune professeur.

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