Étiquettes

, ,

« Soutane blanche, le cardinal de Lyon […] s’isole, près d’un pilier. En restant debout. Tour à tour, les gens s’approchent. Rien à voir avec une confession, mais quelques minutes de tête-à-tête où on vient lui demander un conseil, lui parler d’un problème…

Encore une demi-heure et c’est à moi. Je m’approche. Il s’excuse de m’avoir fait attendre. « On se connaît ? » Le cardinal est direct, mais sympa. « Présentez-vous ! » On parle à voix basse. Je lui explique que je viens le voir pour une vieille histoire qui m’a beaucoup marquée. Il me regarde, attentif. Du coup, je me lance. Je lui précise que je m’appelle Amélie, que j’ai 25 ans et que je suis partie en week-end avec l’aumônerie de mon école et que le curé qui nous encadrait a abusé de moi, alors que j’avais 10 ans. J’évite de lui donner trop de détails. Mais je précise quand même que c’était à Strasbourg. Il commence par me demander qui est le coupable. Je lui réponds que je ne veux pas le dire pour l’instant, mais que je suis venue demander conseil parce que je suis toujours bouleversée. « J’ai cru pouvoir oublier mais je n’y arrive pas, surtout avec tout ce que je lis dans les journaux aujourd’hui. » Quelques secondes de silence, nouveau regard. Puis il lâche sans hésiter, l’air grave : « C’est horrible ! »

Je lui demande alors si je dois le dénoncer à la police ou me taire pour ne pas « faire de mal à l’Église ». Là encore, sans hésiter, il me répond : « Le plus important, c’est vous. Il ne faut pas que vous et ceux que vous aimez soient abîmés par cette horreur. Vous devez pouvoir aimer en paix. C’est votre mission. Vous ne pouvez pas rester torturée. »

Puis j’en rajoute un peu en lui expliquant que je suis à un moment clé de ma vie, que je veux m’engager avec mon copain et que c’est plus compliqué car cette histoire me hante. Très humain, d’une voix posée, il me fixe un cap : « Il ne faut pas que votre futur mari en souffre, ni vos futurs enfants ». Puis il me conseille d’aller voir un psychologue pour en parler. Et il ajoute : « L’Église est déterminée à lutter contre la pédophilie. Nous avons envoyé des circulaires à tous nos prêtres pour les sensibiliser. Même si c’est mauvais pour l’image de l’Église, c’est bien que ce problème soit aujourd’hui reconnu. Mais il n’y pas que l’Église qui est en cause, il faut que l’Éducation Nationale se mobilise, les familles… Et que tout le monde se sente concerné ».

Puis il revient à mon cas en expliquant : « Chez un prêtre, c’est pire, parce que c’est un serviteur de Dieu et il ne peut pas profiter de cette position ». Il me répète que je dois d’abord penser à moi et que “tout le reste est second”. J’insiste pour savoir si je dois alerter la police. Spontanément, il me répond : « Oui, et tant pis si c’est une honte supplémentaire pour l’Église. Car ça peut aussi rendre service à tout le monde ». Puis il précise, l’air déterminé : « Si vous portez plainte, on va interroger ce monsieur. Et c’est très bien, et même pour lui, parce qu’il faut arrêter de mentir ».

Un tête-à-tête qui a duré une dizaine de minutes. Il me serre la main en me rappelant qu’il est à Saint-Jean tous les vendredis et que je peux revenir le voir. Puis il conclut : « Mettez les choses dans l’ordre parce que c’est vraiment un cancer qu’il faut extirper ».

(Source)

C’est cet homme qu’on accuse aujourd’hui de complaisance sur ce sujet.

Fermez le ban.

Libé

Choix de photo complètement innocent, évidemment.

Publicités