Étiquettes

, ,

1462768_1403803126525707_1160114944_o

Nous sommes en colère, c’est indéniable. Nous voulons le dire, le montrer, le hurler, et c’est bien normal. Certains d’entre nous organisent en ce moment un grand « Jour de colère », le 26 janvier. Qu’ils me permettent ces quelques mots, les mots d’un ami – ce blog suffira à le prouver à quiconque en douterait -, les mots d’un camarade.

Chers amis, je partage votre colère. C’est pourquoi je crois que vous faites fausse route : vous voulez, me dit-on, organiser une grande manifestation, qui permettrait à chacun de montrer sa colère. C’est une grave erreur.

Il ne faut pas organiser de manifestation : il n’y a rien de plus simple à écraser. Nous commençons à connaitre les ingrédients :

– une semaine avant la manifestation, ils prédiront un fiasco, voire annonceront déjà des chiffres ;

– deux jours avant, la préfecture de police de Paris refusera le tracé prévu, et en proposera un bien planqué dans un coin de Paris où le moins de monde possible nous verra, et tout petit, pour être sûr que tout le monde n’y tiendra pas ;

– le jour même, sur notre petit tracé tout ridicule, ils s’étonneront qu’on ne rentre pas dedans et qu’on essaye de repousser les barrières ; ils enverront les CRS et leurs lacrymos, et diront qu’ils y ont été contraints par des casseurs qui voulaient déborder le dispositif de sécurité, par ailleurs insuffisant et mal organisé (ce qui sera normal vu le changement de programme de dernière minute – dont ils seront responsables, rappelons-le) ;

– le lendemain et dans la semaine, blackout dans les médias, sauf pour parler de « République qui tremble » et des « fachos du Printemps français ».

Résultat des courses : rien, à part une couche de rage en plus pour nous.

Chers amis, il ne faut rien demander, il ne faut rien déposer, il ne faut rien organiser. Demande-t-on la permission pour être en colère ? Annonce-t-on qu’on va être en colère tel jour à telle heure à tel endroit ? Non. Nous sommes en colère, et la rue est à nous : prenons-la.

J’évoquai déjà la chose après l’épisode des Invalides : manifester ne sert à rien. Ce qu’il faut faire, c’est prendre Paris. Pas juste une rue prêtée par le pouvoir, non : tout Paris. Voilà comment je vois les choses : aux coléreux du 26 janvier, vous ne donnez que deux choses :

– un plan de Paris sur lequel est tracé deux, trois ou quatre itinéraires touristiques reliant quelques monuments intéressants de Paris (la tour Eiffel, le palais de l’Élysée, Notre-Dame, le jardin du Luxembourg, l’Assemblée nationale, l’Opéra, la rue de Solférino…) en passant par des rues fréquentées ;

– un mot d’ordre clair : « Il faut vous faire entendre, vous faire remarquer, vous faire voir ».

L’objectif est qu’au lieu d’avoir un gros groupe de manifestants à un seul endroit bien encadré par des flics, il y ait au contraire plein de petits groupes qui se baladent au milieu des touristes, en arborant des sweat LMPT ou des bonnets rouges, en agitant des drapeaux français ou LMPT (ou PF créés pour l’occasion, au hasard), en distribuant des tracts, en discutant avec les touristes, en collant des autocollants partout, en chantant des slogans chansons…

Que pourra faire le pouvoir face à ça ? Arrêter des groupes de touristes ? Bloquer tous les monuments ?

S’ils agissent, ils se ridiculisent, voire – pire – scandalisent les touristes, qui en parleront autour d’eux. L’idée qu’on puisse parler de la France comme d’une dictature jusqu’en Chine est peut-être une des rares choses qui leur fasse encore peur. S’ils n’agissent pas, nous pouvons aller voir les gens, discuter avec eux, leur donner des infos. Et le résultat est le même. (On peut même envisager de leur distribuer, aux touristes, l’un ou l’autre des objets interdits en ce moment : sweat, bonnet, drapeau… Imaginez un touriste japonais contraint de passer une heure au poste pour port de drapeau français : le scandale…)

Ce jour de colère doit devenir un jour de pétage de plomb pour eux. Il faut les rendre fous, être partout, les obliger à sur-réagir, à traverser Paris dans tous les sens en faisant hurler leurs sirènes, à encercler des groupes de touristes sympathiques, à perdre leur sang-froid en public.

Chers amis, paraphrasant je ne sais plus qui, je vous appellerai à ne pas gaspiller notre colère : il y a bien trop de nécessiteux. Cette colère, il faut la leur faire ressentir. Mieux, il faut nous en délester pour la reporter sur eux. Et pour ça, il faut leur faire vivre une journée cauchemardesque, une journée où ils ne sauront pas comment nous gérer, toute solution envisageable était aussi mauvaise que les autres.

Ne gaspillons pas notre colère.

Publicités