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Ma femme et ma maman se liguent assez souvent pour me le rappeler : je suis un immense pessimiste. De nature, certainement, et ma raison me pousse volontiers à l’être encore plus : ainsi, je suis rarement déçu.

Et pourtant, aujourd’hui je le dis haut et fort, et sans le moindre doute : nous avons déjà gagné cet immense combat contre la modernité que nous menons depuis de longs mois. Et je le dis en ayant bien conscience que le « mariage pour tous » est passé, que la recherche sur l’embryon aussi, que la PMA ne va pas tarder et que la GPA suivra obligatoirement. Où est donc notre victoire, alors, si tout ce contre quoi nous luttons s’impose sans (gros) coups férir ?

Elle est sur le plus long terme, parce que ce combat prend place non dans l’immédiat mais dans la durée. Ce qu’il est d’ailleurs très important de bien comprendre, parce que l’accepter et agir en conséquence est déjà une victoire sur cette culture de l’immédiateté qui est une des nombreuses causes de nos ennuis. « Un enfant si je veux, quand je veux », sachant que le « quand » ne peut être qu’un « surtout pas tout de suite », ou un « tout de suite à tout prix ». Avec les résultats qu’on sait. Passons, nous en avons déjà parlé ici, et revenons à nos moutons, ou plutôt à nos Veilleurs. Oui, parce que pour moi le signe le plus évident que nous avons gagné, ce sont les Veilleurs, qu’ils soient debout ou assis.

Bernanos écrivait : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas tout d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». Quoi de plus vrai à l’heure où un grand nombre de municipalités font tourner de la musique dans leurs rues, où la télévision allumée en permanence ne sert plus qu’à « vendre du temps de cerveau disponible », où chacun se balade avec un casque sur les oreilles, où les supermarchés finiront bientôt par ouvrir le dimanche ? Comment serait-il possible de développer une vie intérieure quand tout est fait pour que la vie extérieure soit une course permanente, sans le moindre temps mort ?

Et pourtant, malgré cette conspiration universelle, des jeunes gens, issus de cette génération dont on dit qu’elle est lobotomisée par les écrans, par les jeux vidéos, par Internet, ont choisi de faire silence. Pas d’arrêter de parler ou d’éteindre la musique. Non, de faire silence.

Certains, assis par terre, pour écouter pendant plusieurs heures une voix leur lire, sans trémolos, dans effets de manche, sans pathos, simplement leur lire des textes. Issus de cette génération qui prend Koons pour un artiste, ils acceptent qu’on leur parle de Beau ; issus de cette génération qui divorce à 60%, ils acceptent qu’on leur parle d’engagement et de fidélité ; issus d’une génération qui croit que tout se vaut, ils attendent qu’on leur parle d’une Vérité.

Et d’autres, dans la position de l’homme libre, pour rester sur place au milieu de nos villes, attendant qu’un autre jeune que la plupart ne connaissent pas sorte de prison. Eux se lèvent pour la Justice, pour la liberté, pour la Vérité. Issus de cette génération qui ne tient pas en place, ils attendent, immobiles, parfois pendant plusieurs heures ; issus de cette génération individualiste, ils donnent de leur temps pour un inconnu, Nicolas, et pour des inconnus, des milliers d’enfants à naître ; issus de cette génération qui n’ose pas s’engager, ils acceptent de se mettre à nu face aux regards des gens qui passent, regards qui ne sont pas toujours amicaux et qui pèsent lourds lorsqu’on est seul debout.

Là aussi, qu’importe le résultat immédiat : si la libération de Nicolas est une petite victoire, il reste encore un très long chemin à parcourir, où d’autres iront probablement en prison pour avoir osé se lever. Peut-être, encore une fois, ne verrons-nous pas la victoire, et nos enfants ne la verront-ils pas non plus. Peu importe, la victoire est quand même certaine, parce que nous avons retrouvé le sens du silence, nous avons retrouvé la force de l’homme debout.

Et d’ailleurs, nos ennemis l’ont bien compris, probablement inconsciemment : que ce soit à Rennes, à Paris, à Montpellier, à Angers ou ailleurs, ils sont régulièrement venus nous faire face. Et toujours, à chaque fois, en faisant du bruit : instruments de musique, hurlements, sirènes, parfois même bande son de films pornos, tout était bon pour briser et salir ce silence. Et le pouvoir, qui envoie régulièrement les CRS disperser les Veilleurs Debout (après avoir essayé de faire cesser les rassemblements des Veilleurs), le sait aussi. Il a peur. Et il a raison : parce que ce silence nous permet de faire grandir notre vie intérieure, il nous permet de fortifier et d’affirmer notre engagement, pas aux yeux du monde, mais d’abord en notre for intérieur. Personne ne reste debout plusieurs heures face à un bâtiment public, aussi beau soit-il, s’il ne croit profondément au combat qu’il mène ; personne ne supporte les cris de haine de ses opposants, ou même leurs regards, s’il ne croit vraiment servir la Vérité et le Bien.

C’est vrai pour les Veilleurs, ça l’est encore plus pour les Veilleurs Debout : la solitude et le silence complet obligent beaucoup plus le Veilleur Debout, qui n’est pas tenu par l’esprit de groupe des Veilleurs.

C’est pourquoi je ne saurais trop vous conseiller d’aller veiller debout, ne serait-ce qu’une heure ou deux, sans casque sur les oreilles (certains le font, c’est pour moi un gâchis intégral) ; et si vous prenez un bouquin, accordez-vous au moins une heure sans, à simplement regarder autour de vous… et au-dedans de vous.

Vous y verrez des choses beaucoup plus belles et plus fortes que dans n’importe quel livre.

Veilleur deboutPS. Si cet éloge du silence donne des idées à l’organisation de la Manif pour tous pour les manifs de rentrée, j’en serai heureux. N’hésitez pas 😉

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