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Il est temps.

Il est temps d’attaquer cet article qui restera dans l’histoire comme le premier article de ce blog ne dénonçant absolument rien, ne critiquant rien (ni personne) et ne présentant rien sous un jour sombre et noir. On me le reprochera même peut-être : « Ouais, c’est mignon tout ça, mais tu rêves complètement ». Je le sais : c’est la réponse que je m’attire neuf fois sur dix quand j’en parle. C’est pour ça que j’en parle peu.

Tant pis.

Précisons tout de même une ou deux choses.

– Tout d’abord, je sais bien que nulle situation dans la vie n’est jamais idéale et que je ne trouverai probablement pas le bonheur parfait sur cette terre. Ce que je vais décrire ici est donc une vision un brin idéaliste de l’avenir, j’en suis plus conscient que chacun de vous.

– Ce que vous allez lire maintenant est une projection, un fantasme : c’est ce que j’aimerais que ma vie soit dans une dizaine d’années. Je sais là aussi pertinemment qu’il est probable que 90% des choses ne se déroulent pas comme ça. Disons que c’est un idéal que je décris, un idéal vers lequel toute ma vie est tournée dès aujourd’hui, un idéal que j’ai en tête à chaque fois que j’ai une décision importante à prendre. Et on verra bien ce que j’arriverai à faire. Ce que nous arriverons à faire.

– Ce texte est purement narratif ; en cela il vous paraitra peut-être frustrant (en plus d’irréaliste, cf. ci-dessus), j’en suis conscient. L’objectif est d’offrir une base à de futurs articles, plus théoriques, qui eux développeront tel ou tel point en l’expliquant. Je précise dès maintenant que certaines explications se trouvent déjà dans les articles passés de ce blog : ce fantasme que je décris ici s’appuie en partie sur la réflexion développée ici au fil des années. Qu’importe, je préciserai la plupart des points à l’avenir. Merci de ne pas lancer de débats trop précis dans les commentaires : les réponses viendront.

– Enfin, ce texte ne prétend pas apporter une solution universelle, qui s’appliquerait à tous et à chacun. C’est ma solution, celle qui me correspond. Elle est basée sur des arguments rationnels, évidemment, mais aussi sur mes désirs, ceux de ma femme et ceux des amis avec qui nous partageons ce rêve. Si j’étais célibataire sans enfants, la solution ne serait pas la même (elle serait encore plus radicale) ; si j’étais plus vieux et père de famille nombreuse, il est probable qu’elle changerait aussi… Et pour chacun de vous, elle est différente. Je ne vous propose pas une solution toute faite, je vous raconte quelle est la mienne ; à vous de voir ce qui rejoint vos envies et vos possibilités, et ce qui ne vous rejoint absolument pas.

Ceci étant dit, allons-y.

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S’il y a une chose qui n’a pas changé, c’est cette haine que je ressens tous les matins, quand mon réveille sonne. Contrairement à Bernard Campan, je ne suis pas matinal, mais j’ai mal quand même. Le lundi matin a toujours été particulièrement difficile (qui osera prétendre après ça que je cherche toujours et à tout prix l’originalité ?), et ça reste vrai, d’autant que c’est le jour de la semaine où je me lève le plus tôt. Ce matin pourtant, je me suis levé facilement, comme c’est parfois le cas après un bon week-end. Avant même que ma main ait eu le temps d’éteindre mon réveil, j’étais debout et mes pieds me portaient déjà vers la cuisine.

Si je ne suis pas du matin, j’apprécie particulièrement me lever avant tout le monde. Non, erreur : j’apprécie particulièrement être debout avant tout le monde. Dans la cuisine, je jette deux buchettes dans le poêle pour faire chauffer le café, puis j’ouvre la porte qui donne sur la cour pour regarder la vie naitre. À travers le brouillard qui noie mes yeux encore endormis, je distingue vaguement l’ambiance générale. Et si je ne suis pas encore assez réveillé, je tâte l’herbe avec un pied pour goûter la rosée du matin. Aujourd’hui, le brouillard est peu dense : la nuit fut bonne. La porte de la maison d’en face s’ouvre : Jean-Claude (les prénoms ont été modifiés), en robe de chambre et bottes, se dirige vers moi. C’est une habitude que nous avons prise dès notre installation : le lundi matin, nous prenons notre premier café ensemble. Le premier qui rallume son poêle est celui qui invite ; l’autre traverse la cour, par tous les temps.

Le café est chaud, l’atmosphère commence à tiédir. Assis autour de la table, nous sirotons en silence. De quoi parlerions-nous, nous nous sommes quittés hier soir, il y a moins de dix heures. Peu importe, nous prenons le café ensemble, c’est comme ça. À l’étage, des petits pas se dirigent vers l’escalier, qui craque un peu sous le poids de mon ainée, neuf ans, les cheveux en bataille. Elle entre dans la cuisine, embrasse son parrain. Je suis jaloux : c’est à chaque fois pareil, je passe après. J’envisage une seconde de mettre fin à cette coutume débile du café du lundi matin, comme d’habitude. Puis, comme d’habitude également, je me rappelle que ma filleule, huit ans, fait pareil quand je vais en face boire le café, et que Jean-Claude, lui aussi, est jaloux. D’ailleurs il me regarde en souriant bêtement, je feins de me vexer encore plus. « Allez, casse-toi, on t’attend sûrement chez toi. Et rira bien qui rira le dernier. » Il se lève et repart, toujours avec son sourire de sale gosse. Y’a plus d’respect, j’vous dit qu’ça. Un gamin d’à peine 35 ans… J’vous jure.

Je crois que c’est pour ça que le café partagé avec Jean-Claude me fait tant de bien : à peine est-il parti que le petit bout de femme qui me fait face, tout en sortant un pot de confiture étiqueté à la main d’un placard et un gros pain à moitié entamé qu’elle attaque au couteau en tirant la langue, se met à me raconter, en vrac, sa nuit, ses rêves, ses espoirs, ses envies, son programme de la journée, son week-end (qu’on a passé ensemble, ma grande, rappelle-toi), et en gros toute sa vie. Vous avez demandé le silence ? Rappelez ce soir, vers dix heures…

Bref, nous petit-déjeunons ensemble, bientôt rejoints par N°2, un pti gars de sept ans tout juste (faites le calcul : ceci n’est clairement pas une annonce), puis par leur maman et le reste de la marmaille : N°3 et N°4, environ quatre et deux ans, si je me souviens bien des dates, ce qui est peu probable. Le petit-déjeuner devient ce que sont tous les petits-déjeuners familiaux du monde : du bruit, de l’agitation, des tartines qui tombent du côté du beurre, du café renversé. Le bonheur, en somme. N°1 et 2 montent s’habiller dans leurs chambres, moi aussi, et tout le monde redescend. J’embrasse la mère de mes enfants en lui rappelant le programme, qu’elle connait aussi bien que moi : le grain aux poules, l’herbe aux lapins, et n’oublie pas de vérifier l’eau des moutons. Ce matin, c’est elle qui s’y colle, avec les deux nabots qui adorent ça et en foutent partout. Les deux ainés, eux, sont déjà dans la voiture, avec Jean-Claude, qui conduit, et derrière son ainée à lui. Je file ostensiblement embrasser ma filleule, déjà attachée à sa place, puis, après, sa maman, Jeannine, qui semble déjà plus penser à son boulot du matin qu’au départ de sa fille et de son mari. Je lui rappelle un argument auquel on a pensé hier soir, pendant le diner, et qu’elle devrait – à mon avis – insérer dans son article. Elle confirme.

Nous partons, direction l’école. L’école communale du village à quelques kilomètres, dont Jean-Claude est le directeur. Quand nous sommes arrivés, l’école était fermée. Les enfants du coin allaient en bus « à la ville » : dix kilomètres à vol d’oiseau, plus d’une demi-heure de trajet pour certains, le bus faisant des détours pour ramasser les enfants à droite à gauche. Ce qui n’empêchait pas certains parents de devoir prendre la voiture pour déposer leur enfant à l’arrêt de bus. Bref, quand nous avons proposé au maire de rouvrir l’école, avec une liste d’une quinzaine d’enfants pré-inscrits, il n’a pas hésité longtemps, nous a confié les locaux existants et nous a donné carte blanche. Je dis « nous », parce que nous y intervenons tous les quatre : Jean-Claude en est le directeur et le prof d’histoire pour les CM1-CM2, ma femme y travaille deux jours sur quatre (en alternance avec une autre maman du coin, instit’ elle aussi), Jeannine y donne de temps en temps des cours de littérature et de « philo », et j’y viens de temps en temps parler d’arts et donner des cours de guitare à certains élèves.

Comme nous avons carte blanche – et que ça marche, les enfants apprennent bien -, nous avons pu faire les choses comme nous l’entendions. Quelques exemples : nous avons ramassé les journées de classe sur une grosse matinée complète (avec un bon gouter au milieu pour tenir le coup). Les enfants sont tous demi-pensionnaires : deux petites vieilles du village font la tambouille pour une trentaine de personnes tous les jours et s’en portent très bien. Les enfants les adorent et elles rajeunissent à vue d’œil. Et l’après-midi, c’est activités manuelles, artistiques… ou fermières : des parents d’élèves accueillent des petits groupes régulièrement et leur apprennent qui à faire de la confiture, qui à faire des rillettes, qui à traire une vache. Ce qui donne lieu à des scènes cocasses.

Notre village, le village à quelques kilomètres duquel nous habitons, s’est construit autour d’une abbaye, qui vit encore : des moines y vivent, y travaillent, y prient. Cette abbaye attire dans le village quelques familles ayant quitté Paris ou Versailles pour trouver ici une vie plus agréable. Certains pères de famille ont trouvé un travail dans la grande ville la plus proche, et s’y rendent en voiture tous les jours. D’autres continuent à travailler à Paris, où ils se rendent en train. Finalement, tous ont divisé leur temps de trajet quotidien par deux par rapport à l’époque où ils vivaient en région parisienne, et ce trajet se fait en plus dans des conditions bien plus confortables : au lieu de se tasser dans un RER trop chaud l’été et trop froid l’hiver, et toujours plein à craquer, ils voyagent en train, assis, avec une tablette et une prise électrique. La plupart ont un boulot qui leur permet de travailler pendant le trajet. Ils y gagnent en fait sur toute la ligne.

Bref. Certaines de ces familles ont rapidement mis leurs enfants dans « notre » école. Ces enfants-là ont grandi en région parisienne, sans voir beaucoup de vaches et de champs de maïs. Aujourd’hui, ils sont les camarades de classe d’enfants de paysans – dont la plupart n’ont jamais vu Paris, et s’en portent très bien – qui eux connaissent tout ça par cœur. À chaque fois qu’une nouvelle famille BCBG arrive et nous confie ses enfants, ceux-ci commencent par avoir peur des animaux et par manipuler les outils en prenant soin de ne pas trop se salir les mains. À la fin de l’année, on ne les reconnait plus : la plupart sont devenus de vrais petits bouseux, presque plus à l’aise que les enfants du coin. Et à l’inverse, les petits paysans apprennent à chanter en chœur sur des chants qu’ils n’ont jamais entendus, aidés par leurs camarades qui les entendent régulièrement le dimanche. Des amitiés étonnantes se lient, entre le fils d’un journal national (confidentiel, mais quand même) et celui d’un gros producteur de beurre de la région.

Sur le chemin, Jean-Claude me dépose chez les parents d’un élève, qu’il récupère avant de filer pour sa journée de travail. J’embarque de mon côté avec le père, qui va prendre le train et me dépose en ville devant mon boulot. Je ne vous parlerai pas de mon travail : ça n’a que peu d’intérêt en soi. Ce qui est intéressant, c’est que j’ai trouvé un patron qui a compris mon mode de vie et a accepté de modifier un peu sa façon de travailler pour moi. Les autres employés y travaillent de façon plus conventionnelle, mais moi j’ai pu arranger un peu mon emploi du temps : j’y viens trois matinées par semaine, et j’ajoute à ça quelques heures de travail à la maison – globalement l’équivalent d’une demi-journée de plus – pour boucler certains dossiers. Quand une situation particulière l’exige, je peux compresser deux demi-journées en une journée complète, ou basculer une demi-journée de boulot à la maison. En bref, je suis globalement assez libre. Évidemment, vous aurez fait le calcul vous-même : ça ne m’occupe pas à temps plein. Le reste du temps… mais ne sautons pas les étapes.

À 13 heures, je finis ma matinée de travail. Comme il fait beau, je vais m’acheter un sandwich à la boulangerie la plus proche et vais déjeuner au bord de la rivière qui traverse la ville. À 14 heures, je rentre dans la halle couverte pour retrouver Monsieur P., producteur de yaourts dans un village entre ici et chez moi. J’ai rendez-vous avec lui parce qu’il souhaite enrichir et rafraichir le petit site internet où il présente son travail et ses produits, produits qu’il vient vendre deux fois par semaine ici. Nous embarquons dans sa camionnette et filons. Une fois arrivé chez lui, il me présente sa petite exploitation, m’explique rapidement le fonctionnement de la chose pendant que je prends des photos et des notes.

Une heure et demie plus tard, il me dépose au bout du chemin qui mène à chez moi, une petite caisse de yaourts sous le bras. Je récupèrerai la même à la livraison des photos et du texte que je dois rédiger pour présenter tout ça. Nous avons aussi convenu d’un tarif particulier pour moi pendant six mois : pour dix pots achetés, il m’en donnera douze. Ce sera mon salaire. J’écrirai ça dans la semaine, en deux versions : une pour son site, une pour le canard du coin, pour qui je pige de temps en temps.

Je l’ai beaucoup fait en arrivant dans la région : ça m’a permis de découvrir des tas de gens intéressants (c’est l’avantage de la pige : on choisi à peu près qui on va voir), qui m’ont appris plein de choses, et dont certains sont devenus des amis, d’autres des contacts intéressants. J’envoyais mes papiers au canard local mais aussi parfois à des petits journaux nationaux. Dans l’un d’eux, j’ai tenu une rubrique « Mon retour à la terre » pendant un an de façon très régulière (mes galères, mes surprises – bonnes ou mauvaises -, mes découvertes, etc), puis ensuite quelques années encore de façon plus disparate. C’est pas que ça payait beaucoup, mais ça m’a permis là aussi de rencontrer quelques personnes, de récupérer des conseils plus ou moins judicieux de certains lecteurs… et de me pousser au cul pour avoir des choses à raconter chaque semaine.

Ma chère et tendre est là, assise à la table du jardin avec notre N°3, Jeannine et son N°2. Tout ce petit monde épluche des haricots (ou essaie, au moins) ou pèle des patates. Les petits jouent à l’étage. On les entend discuter par la fenêtre ouverte. Je m’assoie un moment, prends un café en même temps qu’un économe et raconte ma matinée, le boulot, les photos, tout en épluchant des patates. Puis j’écoute les deux nains tenter de me raconter leur matinée en des phrases d’autant plus hésitantes que ces haricots sont franchement chiants à éplucher. J’apprends que les poules ont bien mangé l’herbe mais qu’une s’en est mise dans l’oreille, et les lapins ont très peu pondu. Les moutons, eux, semblent aller bien. Je suis rassuré.

Le café fini, je prends N°3 avec moi et vais nettoyer un coin dans la cour : Wolfgang vient demain après-midi. Wolfgang est retraité depuis peu. Avant, il était boucher-charcutier. Je l’ai rencontré alors qu’il était encore en exercice, sur un marché. À cette époque, on lui vendait nos moutons, dont ils nous laissait d’office une partie de la viande. On magouillait un peu, tout le monde y trouvait son compte. Puis il s’est mis à la retraite, et on a continué à magouiller : maintenant il vient chez nous de temps en temps, boit un petit coup pour se motiver, fait son boulot dans un coin propre de la cour, puis repart avec sa part de bidoche, en nous laissant le reste. On met tout ça dans le grand congélo du garage, et on tient un bon moment. Et quand on commence à voir la fin, on rappelle Wolfgang.

Un passage au jardin pour regarder le boulot fait le matin : un coin du carré des patates est retourné, les haricots ont été ramassés. J’enlève quelques mauvaises herbes autour des carottes et fais quelques aller-retour pour arroser les courgettes, en essayant de ne pas écraser N°3 qui me court dans les jambes en criant qu’il veut aller voir « tonton Raphaël ». Ah ben oui, il est là aussi, lui. Raphaël, mon petit frère. Spécialisé dans le travail du bois, il vit avec madame Raph et leur fils à quelques centaines de mètres de là, dans une bicoque à moitié en ruine qu’ils retapent tranquillement. Ils en ont déjà refait une bonne partie : cuisine, salon, sanitaires ; et pour les chambres, ils ont récupéré une caravane tout confort qu’ils ont posée en face de la porte-fenêtre du salon, à quelques mètres. Raph a construit un couloir en bois et toile pour éviter de sortir complètement dans le froid à chaque fois qu’ils ont envie d’aller aux toilettes en pleine nuit. C’est assez rustique mais ça a finalement un certain charme, et je le soupçonne de ne pas avoir la moindre intention de virer tout ça quand la maison sera finie, alors qu’il avait promis de me refiler la caravane pour que j’y installe le petit matériel de musique que j’ai récupéré au fil des années et qui traine pour l’instant dans la pièce qui me sert de bureau.

Pour le moment, il est dans mon grenier, où il retape un bout de charpente qui commençait à ressembler à n’importe quoi mais surtout pas à un truc fait pour empêcher mon toit de se péter la figure. C’est pas vraiment son métier au départ, mais c’est du bois, alors il doit savoir faire. Le reste du temps, il fabrique et répare des meubles dans l’atelier qu’il s’est aménagé dans la grange en face de chez nous. Mme Raph bosse à la ville et fait les trajets tous les jours en laissant son fils chez nous, ou chez Jean-Claude et Jeannine, selon qui est là.

Après que j’ai filé un coup de main à Raphaël, nous redescendons vers mon bureau. J’ai enregistré quelques lignes de guitare samedi, que je veux montrer à Raph pour qu’il puisse réfléchir à ce qu’il pourrait jouer à la batterie. Dans mon bureau, quelques guitares, un piano dans un coin, des percussions diverses récupérées dans des vide-grenier au fil du temps, un micro, mon ordinateur. Quand j’ai un moment de libre dans la journée, j’y passe enregistrer une idée qui me passe par la tête. Nous jouons tous au moins un peu d’un instrument, et les ainées commencent à leur tour à s’y mettre. Avec tout ça, il y a de quoi faire quelques jolies chansons, sans grande prétention mais qui rencontrent quand même un petit succès quand nous les mettons en ligne. Quand on en a eu assez pour faire un album complet, on a cassé la tirelire et payé quelque sessions d’un vrai studio, chez un ami qui nous a fait des prix cassés parce qu’on apportait toujours une caisse de légumes divers ou de confitures faites maison. On en a vendu quelques exemplaires, en mettant ce qu’on gagnait de côté, réservé exclusivement pour faire face aux frais du prochain. Le deuxième a été payé avec l’argent rapporté par le premier, et on prépare le troisième. Les enfants de l’école chanteront probablement dessus : nous les faisons travailler un chœur sur une chanson.

Quand nous sortons, Jean-Claude et les enfants sont déjà là, Mme Raph aussi. Les enfants font leurs devoirs sur un coin de table pendant que leurs parents prennent l’apéro. « Un apéro un lundi soir ? Que nous vaut ce plaisir ? » Réponse immédiate de Jeannine : « Il te faut une raison pour picoler, toi, maintenant ? Tu vieillis, Fik, tu vieillis… » En voilà une qui ne change pas, depuis qu’on s’est rencontrés. Je dois reconnaître qu’elle a raison. Et s’il fallait vraiment une justification, elle serait simple à trouver, dans les jours qui rallongent enfin, dans le temps qui s’adoucit et nous donne envie de rester dehors un peu plus longtemps, dans les enfants qui vont bien, dans les projets qui n’arrêtent pas d’affluer. Dans cette histoire qui s’écrit jour après jour, aussi folle et aussi belle que je l’avais espérée.

Bref, l’histoire n’est pas finie, elle ne fait à vrai dire que commencer : dans les lignes qui précèdent, il n’y a guère que quelques points qui sont déjà vrais pour moi aujourd’hui. Tout le reste est à construire. Des bases se posent, doucement, ici ou là, depuis quelques années déjà. Un tel projet ne peut que prendre du temps, beaucoup de temps.

En attendant, je publierai dans les jours qui viennent quelques articles, beaucoup plus courts que celui-ci rassurez-vous, qui exposeront l’un ou l’autre point développé ici de façon plus théorique.

Pour le moment, j’envisage d’aborder les thèmes suivants (les liens seront créés au fur et à mesure) :

Le retour à la terre
La vie en communauté
Le retrait partiel du système monétaire
L’ancrage local

Plus que jamais, je vous invite à lire AUSSI les commentaires : de nombreuses questions y sont posées, certaines réponses sont proposées, d’autres restent en suspend. Peu importe : la cogitation continue, et c’est intéressant.

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